Archive pour le mot-clef ‘restauration’

Peinture ou dessin?

mardi 23 juin 2015

Au moment de restaurer une œuvre, surgissent parfois des difficultés liées à l’emploi de techniques mixtes ou d’interventions postérieures. Le cas s’est présenté récemment, avec la restauration de deux œuvres de Victor Prouvé, en vue de leur présentation l’automne prochain dans l’exposition “L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps”.

Dans le premier cas, La Mort du Chemineau, est une œuvre associant la gouache, l’aquarelle, le pastel et le fusain – relevant donc du domaine des arts graphiques – marouflée sur toile tendue sur châssis – relevant donc du domaine de la peinture de chevalet…  La seconde œuvre est l’étude pour l’Ile heureuse, une esquisse réalisée à la peinture à l’huile sur papier, intégrant un passe-partout en carton. ( Voir prochain post)

Dans les deux cas, l’expertise de deux spécialistes, Armelle Poyac et Maud Zanonni, était nécessaire pour conduire la restauration.

Récit en image:

La Mort du Chemineau de Victor Prouvé, une œuvre datant de 1907, présentant des lacunes et déchirures, technique mixte.

La Mort du Chemineau de Victor Prouvé, une œuvre datant de 1907, présentant des lacunes et déchirures, technique mixte.

 

L'oeuvre, maroufflée sur toile tendue sur châssis est montée dans un cadre et munie d'un verre collé sur le châssis par un papier ancien.

L’œuvre, marouflée sur toile tendue sur châssis est montée dans un cadre et munie d’un verre collé sur le châssis par un papier ancien.

La première opération consiste à démonter le verre, tout en conservant le papier ancien pour le remontage.

La première opération consiste à démonter le verre, tout en conservant le papier ancien pour le remontage.

 

Après un dépoussiérage à la gomme en poudre, les lacunes et déchirures sont réparées, côté papier, avec du papier japon.

Après un dépoussiérage à la gomme en poudre, les lacunes et déchirures sont réparées, côté papier, avec du papier japon.

 

La déchirure à côté du visage du chemineau, disparaît pratiquement, après reprise et comblement des manques avec un mastic (blanc de Meudon mélangé à de la colle de peau) puis pose d'un "ton de fond" neutre...

La déchirure à côté du visage du chemineau, disparaît pratiquement, après reprise et comblement des manques avec un mastic (blanc de Meudon mélangé à de la colle de peau) puis pose d’un “ton de fond” neutre…

 

1 trou comblé - 2 comblement au mastic - 3 ton neutre

1 trou comblé – 2 comblement au mastic – 3 ton neutre

 

La toile est renforcée également sur l'envers de la déchirure.

La toile est renforcée également sur l’envers de la déchirure.

Une fois réalisées toutes les reprises sur la couche picturale et sur la toile, une toile de protection est appliquée à l'arrière.

Une fois réalisées toutes les reprises sur la couche picturale et sur la toile, une toile de protection est appliquée à l’arrière.

Pour éviter qu'elles ne sortent de leur emplacement, les clés du châssis sont fixées par un adhésif papier.

Pour éviter qu’elles ne sortent de leur emplacement, les clés du châssis sont fixées par un adhésif papier.

La toile est agrafée. Elle sera ensuite protégée par un carton lors du remontage du cadre.

La toile est agrafée. Elle sera ensuite protégée par un carton lors du remontage du cadre.

Un papier de protection est appliqué sur le châssis lors du remontage. Un nouveau verre, plus grand, séparé de la peinture par une baguette souple, est fixé, avant qu'on ne recolle par dessus, le papier ancien.

Un papier de protection est appliqué sur le châssis lors du remontage. Un nouveau verre, plus grand, séparé de la peinture par une baguette souple, est fixé, avant qu’on ne recolle par dessus, le papier ancien.

 

Le tableau est prêt à retrouver son cadre. Toutes les réparations sont réversibles.

Le tableau est prêt à retrouver son cadre. Toutes les réparations sont réversibles.

Et le voilà prêt à participer à l'exposition de cet automne!

Et le voilà prêt à participer à l’exposition de cet automne!

AIDEZ-NOUS!

mardi 2 septembre 2014

Pour fêter le 50ème anniversaire du musée, l’Association des Amis du musée de l’École de Nancy aimerait lui offrir un lustre à décor d’algues de Louis Majorelle …Pour cela, l’association a besoin de vous!

L’AAMEN lance un appel à contribution pour réunir la somme de 30000 € destinée à l’achat et à la restauration du lustre. Dans le cadre de la loi sur le mécénat, ces dons ouvrent droit à des réductions d’impôts allant jusqu’à 66% du montant pour les particuliers.

Les éléments de ce lustre, actuellement démonté, seront présentés au public à partir du 20 septembre prochain au musée. Outre son importance artistique, sur laquelle nous reviendrons dans un instant, ce lustre possède une histoire intéressante et bien documentée. Le catalogue de la Maison Majorelle le propose dans sa section luminaires. Depuis 1898, Majorelle collabore avec Daum Frères pour une production de lampes associant ferronnerie et verre. Le succès de leur première pièce commune, une lampe Eglantine (Nancy, musée des beaux-arts), cadeau de mariage à Antonin Daum, ouvre la voie d’un marché porteur, celui de l’éclairage électrique…

Louis Majorelle, en collaboration avec Daum Frères, lampe pissenlit. Nancy, MEN. Cliché C. Philippot

Louis Majorelle, en collaboration avec Daum Frères, lampe pissenlit. Nancy, MEN. Cliché C. Philippot

Les deux manufactures puisent à volonté dans le répertoire floral : nénuphars, pissenlits prêts à s’envoler, figuier de barbarie, chardon de Nancy… Dans cette collaboration, il semble que Majorelle ait été particulièrement actif, fournissant les modèles des piètements et des décors. Le confort électrique permet la multiplication des sources lumineuses: lampes sur pied, lampadaires, appliques murales, lustres… Si Majorelle ne va pas, comme Gallé, jusqu’à proposer des girandoles, il offre néanmoins un choix de formes et de modèles inédits, propre à satisfaire sa vaste clientèle.

Catalogue de vente de la Maison Majorelle. MEN

Catalogue de vente de la Maison Majorelle. MEN

Le lustre à décor d’algues offre la particularité d’associer à l’assemblage habituel de métal et de verre soufflé, un disque et des parties pleines des montants réalisés en vitrail. La lumière diffusée par les ampoules placées dans les corolles de verre, se trouve ainsi tamisée par l’effet coloré du vitrail, ici de couleur bleutée. Bien que ne portant pas de signature, on est tenté d’attribuer ces éléments à Jacques Gruber. Collaborateur artistique chez Daum entre 1893 et 1898, Gruber travaille à nouveau avec la verrerie pour l’Exposition Universelle de 1900. Entre temps, Gruber a pris son envol artistique, s’essayant au mobilier tout d’abord, puis trouvant dans le vitrail le domaine où démontrer l’étendue de son talent. La présence d’un plafonnier en vitrail à décor de tournesol dans le mobilier du cabinet dentaire que Gruber réalise pour le Dr Barthélémy en 1905 (conservé au MEN) confirme cet intérêt pour l’emploi de cette technique dans le luminaire, et appuie l’attribution de cette partie du lustre aux Algues à Gruber.

Jacques Gruber, plafonnier à décor de tournesols, vers 1905. Nancy, MEN. Cliché Flash Back Studio

Jacques Gruber, plafonnier à décor de tournesols, vers 1905. Nancy, MEN. Cliché Flash Back Studio

Cette collaboration, pas plus que celle de Daum, n’apparaît pas dans la correspondance entre Majorelle et son acheteur. Celui-ci passe commande de 2 lustres à Majorelle en 1904. Son choix se porte alors sur des plafonniers à décor de monnaie du pape. Majorelle avait lui-même choisi ce décor pour le lustre qui éclairait le palier du rez-de-chaussée de la villa Majorelle. Pourtant, il dissuade son client ne le trouvant “pas commode” et l’oriente vers un décor d’algues.

Vue ancienne de la cage d'escalier de la villa Majorelle. Lustre à décor de monnaie du pape. Cliché MEN

Vue ancienne de la cage d’escalier de la villa Majorelle. Lustre à décor de monnaie du pape. Cliché MEN

On apprend également à la lecture de cette correspondance, conservée par les descendants de l’acheteur, que les deux lustres commandés sont identiques et destinés à deux pièces adjacentes, une bibliothèque et une salle à manger. Le second lustre est de tonalité verte, et est toujours en place dans la maison familiale. Pour une raison qui ne nous est pas connue, le lustre bleu est démonté après la seconde guerre mondiale. Une des parties métalliques a disparu tout comme quelques éléments du disque central. C’est dans cet état qu’il se trouve aujourd’hui, nécessitant une restauration qui pourra lui redonner son aspect d’origine et permettre sa remise en fonction.

Majorelle, Lustre aux Algues, détail des montants. Cliché D. Boyer

Majorelle, Lustre aux Algues, détail des montants. Cliché D. Boyer

On ne connaît pas d’autres exemplaires de ce lustre en collection publique, à l’exception d’un lustre à décor d’hortensias, de composition similaire, conservé aux Etats-Unis, au Chrysler Museum (Virginie). Sur ce dernier, outre un motif différent, on peut aussi constater l’emploi d’une palette de couleurs plus importante.

Majorelle, lustre aux Algues. Partie centrale du plafonnier, à décor de vitrail en camaïeu de bleus. État avant restauration. Cliché D. Boyer

Majorelle, lustre aux Algues. Partie centrale du plafonnier, à décor de vitrail en camaïeu de bleus. État avant restauration. Cliché D. Boyer

Le lustre aux algues que fournit Majorelle présente un décor très abouti, avec un motif que Majorelle a employé à plusieurs reprises. Citons par exemple le buffet de salon Les Algues (Nancy, MEN) , créé vers 1905, qui présente un important décor appliqué en fer forgé ou le lampadaire Poincaré, dont un exemplaire est aussi conservé au musée, créé vers 1909-1911. La souplesse des tiges d’algues présentées en bouquets recourbés correspond bien à la recherche de mouvement constante chez Majorelle. Ses recherches aboutissent à un décor très graphique sur le lampadaire Poincaré, formant  une résille.

Majorelle, en collaboration avec Daum, lampadaire "Poincaré", Nancy, MEN. Cliché Studio Image

Majorelle, en collaboration avec Daum, lampadaire “Poincaré”, Nancy, MEN. Cliché Studio Image

L’entrée de ce lustre dans les collections du musée viendrait donc compléter de manière remarquable le corpus des luminaires Daum-Majorelle. Ce lustre trouverait aussi légitimement sa place dans la restitution programmée de l’aménagement intérieur de la villa Majorelle… Pour cela, vous savez  ce qu’il vous reste à faire!

Envoyez votre contribution à:

Association des Amis du Musée de l’Ecole de Nancy
Villa Majorelle
1, rue Louis Majorelle
54000 NANCY

et venez découvrir le lustre au musée à partir du 20 septembre!

Louis Majorelle, lustre aux Algues. Collection privée. Cliché D. Boyer

Louis Majorelle, lustre aux Algues. Collection privée. Cliché D. Boyer

Le premier comité scientifique de la Villa Majorelle

vendredi 20 septembre 2013

Ce jeudi 19 septembre, l’avenir de la Villa Majorelle était au coeur des discussions lors de la première réunion du Comité Scientifique de la Villa Majorelle, officiellement instauré.

Composé de personnalités éminentes de l’histoire de l’art et de l’architecture Art nouveau, le comité a pour missions de réfléchir à l’usage de la villa Majorelle dans les années à venir et surtout à sa restauration dans le respect des choix originels de l’architecte et de son commanditaire…

Sous la présidence de François Loyer, qui fut le commissaire général de l’Année de l’Ecole de Nancy, le Comité bénéficie de l’expertise de:

Françoise Aubry, conservateur du musée Horta, Roselyne Bouvier, spécialiste de Majorelle, Caroline Mierop, ancienne chef de la Mission de l’Ecole de Nancy, Lucile Montagne, du service des Musées de France et Philippe Thiébaut, conservateur général au département des arts décoratifs du musée d’Orsay.

Le président du comité scientifique, François Loyer, avec Valérie Thomas, conservateur de la Villa Majorelle

Le président du comité scientifique, François Loyer, avec Valérie Thomas, conservateur de la Villa Majorelle

Après la remise par l’Atelier Grégoire André, architecte du Patrimoine, d’une étude-diagnoctic sur l’état de la villa, les premières décisions concernant la rénovation de la toiture et des façades de la villa Majorelle ont été prises, et une campagne de travaux est programmée pour 2014-2015.

Caroline Mierop, venue de Bruxelles, avec Roselyne Bouvier

Caroline Mierop, venue de Bruxelles, avec Roselyne Bouvier

Encore des échafaudages à la Villa Majorelle ? et oui, mais pour retrouver la silhouette familière et unique de l’un des plus emblématiques bâtiments de Nancy!

Françoise Aubry et Philippe Thiébaut, en compagnie de Camille André, architecte du patrimoine et Jérôme Perrin, du musée de l'Ecole de Nancy

Françoise Aubry et Philippe Thiébaut, en compagnie de Camille André, architecte du patrimoine

(Dossier_de_presse_Comit__scientifique_VM.doc)

Au chevet des petits papiers…

vendredi 15 février 2013

Armelle Poyac, à l'oeuvre...

 

Profitant du passage d’Armelle Poyac, spécialiste en conservation-restauration des oeuvres graphiques, Off fait la lumière sur ce métier rare et très particulier… 

Off: Comment devient-on “spécialiste en conservation-restauration” d’œuvres graphiques?
Armelle Poyac:
Après mon bac en section scientifique, je suis entrée à l’université de Strasbourg en Histoire de l’Art. Après l’obtention de ma maîtrise , j’ai pu intégrer le Master professionnel de Conservation-restauration de l’université de Paris I  Sorbonne. J’avais cet objectif dès le lycée, car il m’orientait vers un métier alliant à la fois la science, l’histoire de l’art et  les techniques artistiques, et qui serait à la fois un travail manuel et intellectuel. Et puis surtout qui donne le plaisir de manipuler les œuvres. 

O: Pourquoi avoir choisi la restauration du papier?
AP
: C’est vrai qu’au départ, j’avais plutôt pensé à la restauration de peintures, mais progressivement, je me suis rendue compte que les arts graphiques faisaient appel à des techniques très spontanées, et par là passionnantes. 

Un métier qui entraîne au coeur de l'oeuvre...

 

Tâches d'usage, moisissures, déchirures, etc... Les papiers sont soumis à de multiples altérations

 

O: Quelles sont les grandes lignes de cet apprentissage?
AP
:Tout d’abord, bien sûr, il s’agit d’apprendre à connaître les matériaux, ainsi que les altérations et leurs causes. Par arts graphiques, on entend tout ce qui est papier, c’est à dire des œuvres d’art, mais aussi des documents, des cartes, des affiches… Pour bien connaître les matériaux, nous sommes formés en chimie générale, organique et polymère. A cela s’ajoutent des cours de déontologie de d’histoire de la restauration, des cours de technique d’analyse des œuvres, des ateliers pratiques de reconstitutions techniques, comme par exemple la dorure, et la pratique indispensable du dessin. J’ai du également obtenir un CAP de reliure pour obtenir mon diplôme. Cela ne fait de moi pour autant un relieur, mais surtout, cela m’a permis de bien connaître les techniques de la reliure pour savoir quelle attitude prendre quand je suis face à des livres.
J’ai effectué aussi de nombreux stages, et j’ai eu la chance de travailler par exemple à l’Albertina de Vienne, au Museum of Art de Philadelphie ou dans un atelier privé de restauration de livres enluminés et de parchemins en Suisse. J’ai également travaillé sur le chantiers des collections du musée Lorrain, non pas comme restauratrice, mais comme chargée du recollement. Cette expérience a été très très importante pour moi, car elle m’a permis de me former directement sur une collection très large et variée d’œuvres régionales. 

O: Aujourd’hui vous travaillez comme indépendant, au sein de votre atelier Lapage, qui sont vos clients?
AP:
Malheureusement, les musées disposant d’un atelier permanent et d’un poste de conservateur-restaurateur sont rarissimes. Pourtant, ce sont eux mes principaux clients! J’interviens le plus souvent en amont d’une exposition. Je réponds aux consultations et je travaille pour plusieurs musées de la région Est, comme ici à Nancy ou à Strasbourg. J’ai aussi une clientèle de particuliers, collectionneurs, mais pas seulement. J’ai souvent affaire à des personnes dont l’attachement affectif pour l’œuvre d’art est loin d’être proportionnel à sa valeur. Je suis amenée à opérer sur des types d’œuvres très différents, et il n’est pas toujours facile de faire comprendre que cette intervention sera parfois pratiquement invisible…! 

O: Justement, pourriez-vous décrire un petit peu le contenu de cette intervention?
AP:
Tout commence avec un constat d’état  et un diagnostic des altérations. Celles-ci sont généralement des problèmes d’empoussiérement et des salissures, dus à l’exposition prolongée à la lumière ou à des conditions climatiques nuisibles, comme par exemple les variations d’humidité qui peuvent provoquer des gondolements ou des tâches. On aura aussi souvent des causes mécaniques, comme les plis ou les déchirures. Parfois,mais plus rarement, on est confronté à des restaurations anciennes, du type Scotch ou colle.
Ensuite, on détermine le protocole de restauration: il ne s’agit pas de remettre à neuf, mais bien de prolonger la vie de l’oeuvre dans le temps, d’améliorer sa lisibilité et son aspect esthétique. Mais cette dernière partie n’est pas la priorité. Et parfois, mieux vaut même ne pas intervenir plutôt qu’aggraver la situation. Les décisions sont prises en concertation. Je propose, on discute, puis on décide. Les interventions sont documentées. Et pour chacune, j’emploie des matériaux stables, compatibles avec les œuvres et surtout réversibles. 

O: Tout commence par le dépoussiérage, pourquoi?
AP:
La poussière fixe l’humidité sur le papier, le dépoussiérage est donc indispensable. On utilise pour cela une gomme en poudre, choisie en fonction du support, que l’on passe sur l’œuvre, recto et verso, en mouvements circulaires, pour ne pas laisser de marque. On évite d’insister sur les zones de tracé. Par exemple on ne peut pas dépoussiérer le fusain ou le pastel, trop fragiles. 

O: Que faites-vous en cas de déchirure?
AP:
Je vais apposer un renfort de déchirure, constitué d’une bandelette de papier japonais défibrée. Je choisis ce papier en fonction de sa couleur, et souvent je suis amenée à le teindre moi même à l’aquarelle. La bandelette est fixée à l’aide d’une colle d’amidon de blé, soluble à l’eau, que je fabrique moi-même, car les colles du commerce présentent des ajouts de fongicides et de bactéricides dont nous ne connaissons pas les effets dans la durée… 

O: Quelle position adoptez-vous dans le cas d’une lacune?
AP: Contrairement à ce que l’on pense, on ne redessine jamais des parties lacunaires, ou à de très rares exceptions, dans le cas de bordures par exemple. La lacune sera comblée avec un morceau de papier d’un grammage proche de celui de l’œuvre, mis au ton à l’aquarelle. Il est collé au verso à la colle d’amidon. Il sera réversible, notamment si l’on s’aperçoit d’une modification chromatique due au temps. 

O: Comment opérez-vous sur des cas de gondolements ?
AP:
Selon le papier et le tracé, on choisit un mode d’humidification, suivi d’une mise sous presse. L’humidification permet de relaxer les fibres et de retrouver une certaine planéité. L’œuvre est placée entre des buvards et placée sous planches avec des poids. On change régulièrement les buvards et on surveille le séchage, dont la durée est très variable. 

O: Mais le papier n’aime pas l’humidité! N’y a-t-il pas de risque de moisissures?
AP:
C’est pour cette raison que l’on utilise les buvards, et surtout qu’on les change régulièrement pour que l’humidité s’évapore. 

O: Et quand il est trop tard et que l’œuvre à restaurer présente des traces de moisissures?
AP:
La moisissure est très embêtante. Nous n’avons aucun moyen de supprimer ou d’exterminer les moisissures sur le papier de manière définitive. Les techniques anciennes ont montré qu’elles étaient encore plus nuisibles que la non intervention. La seule possibilité va être de nettoyer, d’enlever ce qu’on peut et ensuite de gérer l’hygrométrie, seul moyen d’empêcher le développement des moisissures.
D’ailleurs en cas d’inondation, on a deux solutions: soit sécher immédiatement, soit congeler les dessins! 

O: Dans le cas de l’estampe, comment procédez-vous?
AP:
L’avantage des estampes est qu’on peut les “laver”, puisqu’elles sont généralement réalisées avec une encre non soluble à l’eau. On utilise une eau déminéralisée et surtout pas de chlore! 

O: Finalement, on se rend compte que vos interventions sont souvent dues à de mauvaises conditions de conservation des dessins. Quelles sont ces conditions idéales?
AP:
Alors, tout d’abord, on évite les pièces humides. Mais attention! les pièces trop sèches peuvent provoquer, à l’inverse,une fragilisation des fibres. L’idéal est un taux d’humidité relative de 50%. Le problème n’est pas tant le taux lui même, mais plutôt la variation de ce taux. Ensuite, on évite la lumière directe du soleil, dont les UV sont responsables des altérations de couleurs (jaunissement, effacement). Donc, il ne faut jamais exposer un dessins en face d’une fenêtre, et si possible le mettre sous un verre anti UV. Il ne faut donc pas être surpris si dans un musée, les œuvres graphiques sont souvent exposées dans la pénombre et pour un temps limité. C’est pour leur bien!
Ensuite, il faut privilégier, lors de l’encadrement, des cartons et papiers permanents, de qualité dite “archive”. Ils sont fabriqués dans des matériaux qui s’acidifient moins rapidement grâce à la présence d’une petite réserve alcaline -mais tous les papiers s’acidifient car le papier est un matériau organique! Il faut donc plutôt aller voir un encadreur sensibilisé à ces questions. Lors du montage de l’œuvre, surtout, bien sûr prohiber le Scotch! On utilise aujourd’hui la même technique qu’au 19ème siècle, avec de la bande gommée, qui ne jaunit pas et vieillit assez bien. On peut tout simplement réaliser une charnière avec du papier japonais et de la colle d’amidon, mais cette technique est délicate et revient cher. .. 

O: On réalise finalement, en vous écoutant, que le papier est comme vivant!
AP:
En tout cas, c’est un matériau organique sensible… Il vieillit et tout ce qu’on peut faire c’est ralentir le processus. Nous ne faisons pas de miracles! 

Pour en savoir plus sur le métier de conservateur-restaurateur, rendez-vous sur le site de la Fédération Française des Professionnels des la Conservation Restauration. Pour connaître le programme de formation continue spécialisée, consultez les sites de l’INP ou de l’ARSAG. Pour avoir des informations sur le master professionnel de conservateur-restaurateur d’arts graphiques, suivez ce lien.

Aux petits soins pour Gruber…

jeudi 7 avril 2011
La préparation d’une exposition donne souvent lieu à un travail important de restauration des oeuvres avant leur exposition. L’exposition consacrée à Gruber en septembre prochain ne déroge pas à cette règle. Après le vitrail, la campagne de restauration concerne aujourd’hui les documents graphiques, particulièrement fragilisés par les années.

Armelle Poyac, de l'atelier " A la page"

Armelle Poyac, restauratrice en arts graphiques, a entrepris de raffraîchir et de stabiliser plusieurs dessins et imprimés en vue de leur exposition. Cela va du petit nettoyage à la gomme, dont le résultat peut être saisissant, à des interventions plus lourdes, comme le comblement de déchirures et de lacunes.

Le gommage

Petit test "avant/après"

Il n’est pas rare de trouver sur des documents anciens des réparations antérieures: en vieillissant, les scotchs jaunissent, durcissent, se décollent, mais surtout ils marquent de manière presque indélébile le papier.

Armelle Poyac au travail

La boîte à couleur

Restaurateur = chirurgien du papier?

Sur cette affiche pour le Concours de Tir de la Ville de Nancy, outre de multiples pliures et déchirures, la lecture de l’oeuvre était fortement gènée par des manques dans la bordure. Conformément à la déontologie de la restauration, ces manques ont été comblés par un papier proche dans la tonalité, mais parfaitement visible. Si une partie du liseret vert à été reprise au pastel, la bordure jaune n’a pas été reproduite pour ne pas alourdir la restauration.

Une déchirure bien visible

et pratiquement invisible après intervention

L'affiche très abîmée avant

la réparation: un comblement et une reprise au pastel du liseret

Même réparation mais sans reprise de couleur

 Heureusement, elle garde le sourire…

La Colombe embellie

vendredi 25 mars 2011

En vue de l’exposition consacrée au maître-verrier Jacques Gruber qui sera présentée à partir de septembre 2011 aux Galeries Poirel, le Musée de l’Ecole de Nancy a lancé une campagne de restauration des vitraux qui seront exposés et qui sont pour la plupart inédits. L’intervention a été réalisée par trois restaurateurs de l’Atelier Pinto (Poitou-Charentes), diplômés d’état en conservation-restauration de biens culturels et spécialisés en vitrail. Durant trois jours de travail, huit vitraux ont pu être restaurés sur place, et deux ont été emportés pour être traités en atelier.

Vitrail La Colombe

L’essentiel de ce travail a consisté en un nettoyage en profondeur des vitraux, à l’aide d’une brosse plongée dans un mélange d’eau et d’acétone. D’autres travaux ont été réalisés, comme le remplacement de fixations et de verres manquants sur certaines œuvres, ou encore le redressage des vitraux qui étaient fortement affaissés dans leur encadrement.

Vitrail La Colombe

Toutes les mesures prises ont été faites dans le respect de la déontologie des restaurateurs-conservateurs, qui impose notamment de pratiquer une restauration qui soit visible et réversible.

Vitrail La Colombe - Avant/après le premier nettoyage

Rendez-vous à partir du 16 septembre 2011 à Poirel pour admirer ce vitrail et beaucoup d’autres oeuvres de Jacques Gruber.

La rentrée de Paul Nicolas

mardi 10 août 2010

Bien qu’il reste encore un peu plus de deux semaines pour visiter l’exposition “Camille Martin. Le sentiment de la nature“, le musée de l’Ecole de Nancy prépare activement sa prochaine exposition. Celle-ci sera consacrée au décorateur et verrier Paul Nicolas (1875-1952) qui fut l’un des principaux collaborateurs d’Emile Gallé (1846-1904) avant de fonder sa propre verrerie en 1919.

Au programme de l’exposition, de nombreuses verreries bien évidemment, mais aussi des dessins (études de fleurs, paysages, projets de vases) et des documents (notamment des diplômes) dont la restauration, menée à bien par Armelle Poyac (atelier Lapage), vient de s’achever.

Plus d’informations sur l’exposition ici mais nous ne manquerons pas de vous en reparler très vite…

Camille Martin et la reliure

lundi 30 novembre 2009

Les préparatifs de l’exposition Camille Martin vont bon train. Après les arts graphiques, c’est au tour des reliures de l’artiste de subir une rénovation. Aussi fragiles que les oeuvres sur papier, les reliures et objets en cuir ne doivent être que peu exposés à la lumière et nécessitent des conditions de conservation et de présentation très contrôlées.

Au programme de cette intervention, menée par Ségolène Walle, restauratrice en arts graphiques et reliures installée à Paris : dépoussiérage, cirage, lustrage… Il fallait bien cela pour ces rares et magnifiques objets dont l’originalité est de combiner plusieurs techniques : mosaïque de cuir repoussé, peint et patiné, pyrogravure, émaillage, gauffrage, estampage, dorure à chaud et à froid… Sans parler du décor qui recouvre, en une scène continue, les deux plats et le dos de l’ouvrage : une conception de l’art total portée à l’échelle d’un livre.

Ségolène Walle travaillant sur la reliure pour "L'Estampe originale" (1894)

Ségolène Walle travaillant sur la reliure pour "L'Estampe originale" (1894)

En collaboration avec Victor Prouvé et le relieur René Wiener, Camille Martin créa un nouveau genre de reliures “modernes, voyantes, choquantes, extravagantes, tapageuses” (selon les commentateurs de l’époque) qui rompent considérablement avec les codes de la reliure traditionnelle. En 1893, les premières reliures de ce trio artistique sont présentées au salon de la Société Nationale des Beaux-Arts à Paris. Elles créent la surprise et suscitent autant l’émerveillement que l’indignation. En tout cas, ce sont elles qui amènent à l’école lorraine d’art décoratif sa première reconnaissance sur les plans national et international.

Les sept reliures de Camille Martin, appartenant aux collections du musée de l’Ecole de Nancy, ont fait peau -presque- neuve.

Elles sont toutes là : les reliures pour Le Japon (tome 2), L’agenda du Bon Marché, Les Ronces, La Mélancolie, L’Estampe originale, La Forêt et la Vigne vierge.

Vous retrouverez ces reliures et bien d’autres -dont de nombreuses inédites- à l’exposition Camille Martin, à partir du 26 mars 2010, au musée de l’Ecole de Nancy.

LES P’TITS PAPIERS DE CAMILLE MARTIN

vendredi 30 octobre 2009
Petits dessins et grandes affiches de Camille Martin

Petits dessins et grandes affiches de Camille Martin

La préparation d’une exposition est l’occasion idéale pour un musée de procéder à la restauration des oeuvres avant leur présentation au public. L’exposition que le musée consacre au peintre et décorateur Camille Martin à partir du 26 mars 2010 va permettre la restauration de dessins, peintures, reliures et objets réalisés par l’artiste.     Armelle Poyac (atelier Lapage, Nancy) est restauratrice en arts et documents graphiques. Elle termine la restauration des dessins, gravures et affiches qui seront présentés au musée l’année prochaine. Un atelier a été provisoirement installé à la Villa Majorelle pendant plusieurs semaines pour l’accueillir.

Armelle Poyac en train de nettoyer une lithographie de Camille Martin

Armelle Poyac en train de nettoyer une lithographie de Camille Martin

Quelques instruments de travail.

Quelques instruments de travail.

La restauration peut recouvrir bien des aspects selon l’état des oeuvres : dépoussiérage, comblement des lacunes, enlèvement d’anciennes fixations qui peuvent s’avérer dangeureuses  pour le support et pour l’oeuvre, renfort des parties sensibles, humidification et mise à plat des pliures, et enfin mise en place de charnières ou de fausses marges avant encadrement.

L'incontournable avant/après restauration d'un dessin de chauve-souris de Camille Martin

L'incontournable avant/après restauration d'un dessin de chauve-souris de Camille Martin

Une fois encadré, ce dessin – et de nombreux autres – sera à voir sur les cimaises du musée, du 26 mars au 29 août 2010 à l’exposition Camille Martin. Le sentiment de la nature.