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Quand les enfants interprètent l’Art nouveau…

jeudi 16 juin 2016

Lors de la Nuit des musées, le 17 mai dernier, était présenté au musée le travail des classes ayant participé au cours de l’année à l’opération “La classe, l’œuvre!”.

Fruit d’un partenariat entre les ministères de la Culture et de la Communication et de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, « La classe, l’œuvre ! » est un dispositif d’éducation artistique et culturelle qui repose sur la collaboration étroite entre une classe et un musée de proximité.

Il invite les élèves à étudier une ou plusieurs œuvres du musée partenaire durant l’année, à imaginer des productions en lien avec l’œuvre (textes littéraires, créations sonores, visuelles, chorégraphiques, etc.) et à concevoir une médiation des œuvres étudiées, pouvant ensuite être présentée aux visiteurs lors de la Nuit des musées.

En 2016, des classes de CE2 – CM1-CM2 des écoles Charlemagne et Boudonville de Nancy ont ainsi travaillé autour d’une œuvre emblématique du musée, l‘Amphore du Roi Salomon d’Émile Gallé, réalisée pour l’exposition universelle de 1900.

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Cette pièce, de dimensions exceptionnelles, a été inspirée à Gallé par le conte “La Rêveuse” de Marcel Schwob. Elle porte d’ailleurs une citation gravée extraite du texte: ” Cette cruche habitait/ autrefois l’océan/ elle contenait un génie qui était prince/ fille sage saurait briser enchantement/ par permission du roi Salomon/ qui a donné la voix aux mandragores/ Marcel Schwob”. L’héroïne du récit, Marjolaine, convaincue qu’elle est cette jeune fille sage, laisse passer sa vie dans l’attente du prince, au lieu de saisir un bonheur plus réel. Gallé en fait une œuvre politique, dans le contexte de l’affaire Dreyfus qui divise alors la France. Il place l’amphore au centre de son four verrier, parée du sceau du roi Salomon, se plaçant ainsi de manière visible dans le camp des Dreyfusards.

Le travail des classes autour de cette œuvre les invitait dans un premier temps à découvrir un lieu, un mouvement artistique et des artistes ayant travaillé dans un environnement proche et familier. Il s’agissait ensuite d’approfondir cette rencontre avec l’objet d’art afin d’amener les enfants à l’interpréter puis à imaginer une création plastique.

Les classes de l’école Boudonville ont travaillé sur le texte du conte, dans lequel figurent en tout 7 amphores. Ils ont ensuite réalisé 7 versions ce ces amphores à partir de bouteilles en plastique recyclées, qui leur ont permis de travailler sur l’idée de la transparence / opacité et sur la notion de récupération et de recyclage. Ils ont d’ailleurs placé à l’intérieur de leurs amphores des segments de la devise de Gallé “Ma racine est au fond des bois parmi les mousses, autour des sources”.

visuel 1

L’une des 7 cruches de Marjolaine, celle “pareille à l’énorme cupule azurée d’une fleur australe”, et qui contient “tout le ciel du paradis terrestre et les fruits riches de l’arbre, et les écailles enflammées du serpent, et le glaive ardent de l’ange”…

visuel 2

Et la cruche dans laquelle “Giauharé avait enclos toutes ses robes marines, tissées d’algues et tachées de la pourpre des coquillages”…

 

Parallèlement, ils ont été invité à travailler sur la création de textes à partir de deux amorces inspirées par le conte: “Si j’avais sept amphores…” et “C’est bien d’aller au musée de l’Ecole de Nancy la nuit, à la manière de Philippe Delerme…”

En voici deux exemples:

Si j’avais sept amphores,

Je dessinerais la première avec la couleur grise de mon crayon.

La seconde serait peinte aux couleurs vives de l’arc en ciel.

Sur la troisième, je graverais un cœur dans la pierre.

Je sculpterais la quatrième avec la couleur de la brique.

La cinquième en terre cuite.

La sixième serait en verre rose fuschia.

Et la septième rassemblerait la beauté de toutes les autres.

 Marie-Lou, CM1

«  C’est bien d’aller au Musée Ecole de Nancy la nuit…  »

En principe, on y va le matin, le jour ou encore l’après-midi , mais sûrement pas la nuit…surtout que c’est interdit. Alors, un jour, un jour pas comme les autres, on se décide pour y aller la nuit, mais on a peur. On sort de la maison et on se fait le plus discret possible pour ne pas éveiller les parents. On regarde bien partout pour ne pas se faire remarquer. Après quelque temps de marche, seul dans la nuit, on aperçoit le musée au loin. Quand on arrive, c’est là, à ce moment précis, qu’on a le plus peur. On regarde si la grande porte du musée est ouverte et là, miracle, elle est ouverte. Alors on se faufile et on découvre  tous les secrets du musée. On voit des vases de plusieurs couleurs tous plus beaux les uns que les autres, quelques tableaux aussi, des meubles originaux et des vitraux multicolores. Ensuite, on monte un grand escalier et on découvre un lit qui nous intrigue.  On regarde, on déchiffre des noms qui nous paraissent inconnus. Aube et Crépuscule. Et puis on découvre une chose verte. C’est une amphore. Il y en a deux  : une assez récente d’un vert clair magnifique bien scellée et une plus ancienne qui nous intrigue davantage encore. On aimerait en percer le mystère. Juste après, on regarde notre montre. «  Minuit  » déjà. On se précipite et on rentre chez soi. On se glisse alors sous les grandes et moelleuses couvertures de notre lit….et on s’endort en rêvant à toutes ces belles choses…

 C’est bien d’aller au Musée de l’École de Nancy la nuit  .

 Camille CM1

Pour l’École Charlemagne, le conte de Marcel Schwob a lui aussi été au cœur de la réflexion des enfants autour de l’œuvre de Gallé.

Les élèves en ont sorti l’idée qu’il fallait pleinement vivre sa vie. Ils ont alors choisi un tableau qui évoquait le plaisir de vivre comme la danse, le cirque, la musique…, en lien avec ce qu’ils aiment faire de leur propre vie. Chaque élève a reproduit de manière personnelle le tableau choisi. Dans une démarche surréaliste, les élèves ont intégrés dans leur tableau, une amphore, un livre et un objet témoins des activités qu’ils aiment pratiquer. Ces compositions ont été disposées dans un mini-cabinet de curiosités.

Le cabinet de curiosités de l'école Charlemagne

Le cabinet de curiosités de l’école Charlemagne

Parallèlement, les élèves ont participé à un atelier musical dirigé par Laurie Olivier, intervenante en musique, et conçu un spectacle autour du thème de l’amphore du roi Salomon d’Emile Gallé. La représentation a eu lieu en mars 2016 au Conservatoire de Musique de Nancy. Voici le texte lu par un élève, au début du spectacle :

« Cette cruche habitait autrefois l’Océan, Elle contenait un génie qui était prince. Fille sage saurait briser l’enchantement. Avec la permission du roi Salomon Qui a donné la voix aux mandragores.” Cet extrait du conte « La rêveuse » écrit par Marcel Schwob est gravé sur l’amphore du roi Salomon, réalisée par Émile Gallé. Cette amphore évoque, à travers son camaïeu de verts,  de bleus et ses petits coquillages gravés, le monde marin.  Aussi, avons-nous choisi d’interpréter cet univers de la mer à travers une chorégraphie musicale tout en rythme,  en chant et dans une danse gestuelle poétique. Nous vous invitons dès à présent à découvrir dans ce voyage aquatique, une anémone des mers. »

Le spectacle des enfants au conservatoire

Le spectacle des enfants au conservatoire

Lors de la Nuit des musées, les élèves sont également devenus médiateurs, pour présenter et partager leur travail. Une manière de prolonger un peu l’expérience…

Un visiteur de la Nuit des musées, très attentif aux explications des enfants...

Un visiteur de la Nuit des musées, très attentif aux explications des enfants…

Bravo aux élèves pour leur implication et leur beau travail, ainsi qu’à leurs professeurs, Laetita Bessot et Véronique Pierrat de l’école de Boudonville, et Mme Iacono  de l’école Charlemagne, motivés et engagés !

Rendez-vous l’année prochaine, pour de nouvelles créations!