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Hokusai… et Nancy!

mardi 4 novembre 2014

Paris découvre actuellement l’exposition Hokusai… et mesure “l’effet Hokusai”, presque comme ont pu le ressentir les européens à la fin du XIXème siècle!

Exposition Hokusai, Paris, Grand Palais, jusqu'au 18 janvier 2015

Exposition Hokusai, Paris, Grand Palais, jusqu’au 18 janvier 2015

Le musée de l’École de Nancy a prêté pour l’occasion un vase d’Émile Gallé sur lequel le verrier reprend un motif du maître Japonnais… Voilà pour Off l’occasion de revenir sur l’influence décisive qu a exercé l’art japonais sur le mouvement nancéien…

Emile Gallé, vase octogone Grenouilles, MEN, inv. AD 31. Cliché C. Philippot

Émile Gallé, vase octogone Grenouilles, MEN, inv. AD 31. Cliché C. Philippot

 NDLR: nous reprenons ici un extrait du texte de Blandine Otter écrit à l’occasion de la présentation de l’exposition -dossier “Le Japonisme ou l’influence  de l’art japonais dans l’art français à la fin du XIXème siècle” , présentée au musée de l’école de Nancy en 2003.

Le 23 octobre 1868 l’empereur Mitsuhito (1852-1912) proclame l’ère Meiji, synonyme d’ouverture du Japon à l’Occident. En effet, jusqu’ici, ce pays vit replié sur lui-même. Fermeture instaurée en 1639 par la politique des Tokugawa (shôguns : chefs militaires qui exercent le pouvoir véritable jusqu’en 1867). Seul un îlot artificiel dans le port de Nagasaki permet des liens commerciaux avec l’Europe (les Hollandais sont les seuls Occidentaux autorisés).

Mais l’art du Japon n’est pas inconnu puisqu’en 1867, à Paris, le «Pays du Soleil Levant» participe officiellement pour la première fois à une Exposition Universelle, par l’envoi de sabres, de porcelaines, de peintures, de laques, par la reconstitution d’une ferme japonaise…

E. Gallé, Petit vase Bambou, MEN. Cliché C. Philippot

E. Gallé, Petit vase Bambou, MEN. Cliché C. Philippot

Une véritable vogue pour l’esthétique japonaise des couleurs et du raffinement se révèle tout particulièrement en France, notamment par des influences sur la création picturale contemporaine et par l’éclosion d’un réseau actif d’amateurs, artistes, marchands ou collectionneurs. En effet, on peut citer le rôle non moins important de Siegfried Bing, marchand d’art et collectionneur d’objets orientaux, dont l’intérêt personnel pour la céramique fine et son sens des affaires l’ont conduit naturellement en direction de la mode pour les curiosités japonaises. En 1888, il initie une revue dédié à l’art japonais, intitulée Le Japon Artistique (éditée en Français, Anglais et Allemand), qui présente des articles illustrés par sa propre collection.

A cette même époque, a lieu l’ouverture du premier musée Guimet, en 1879 à Lyon, conçu comme un musée des religions, qui est transféré en 1889 à Paris. En 1892 le Louvre voit entrer des œuvres japonaises dans ses collections orientales qui seront complétées plus tard par plusieurs donations, dont celles d’une partie des collections de Siegfried Bing ou Louis Gonse (auteur d’une première histoire de l’art japonais publiée en 1883).

Victor Prouvé, reliure sur l'Art japonais de Louis Gonse, MEN. Cliché P. Buren

Victor Prouvé, reliure sur l’Art japonais de Louis Gonse, MEN. Cliché P. Buren

Dans le domaine de la création artistique, la passion pour l’art japonais a vite dépassé le stade de l’exotisme et se trouve lié au mouvement des artistes dits “d’avant-garde”. En effet, le Japonisme se répand surtout chez les artistes qui cherchent à trouver des expressions nouvelles. C’est la nouveauté de la mise en page, l’habileté du dessin, l’éclat des couleurs, la simplification des moyens picturaux, toute une esthétique qui va transformer l’art pictural occidental. Mais chaque artiste (Manet, Whistler, Degas, Monet…) tire parti de cette séduction de l’art japonais, à sa façon, afin de mieux s’exprimer. En effet, après la découverte et l’adoption d’une nouvelle forme d’art, a lieu ensuite son assimilation et enfin son interprétation, soit la création véritable.

Autre point important, celui de la place de l’art dans la vie quotidienne des Japonais. En effet, un objet utilitaire tend toujours à devenir une œuvre d’art, et une œuvre d’art a toujours une fonction. Cette revalorisation des arts appliqués, de l’alliance du beau et de l’utile trouve un écho dans les divers mouvements modernes voulant rétablir l’artisanat d’art comme celui des Arts and Crafts jusqu’aux tentatives de rénovation artistique de l’Art nouveau.

Les Européens sont également amenés à changer leur vision de la nature. Et grâce à l’art japonais, ils ont découvert un nouveau système de valeur comme l’amour du matériau employé, la manière de traiter un sujet, le plaisir que procure le rythme propre au trait…

Un Japonais à Nancy : Hokkaï Takashima (Haghi, Japon, 1850-1931)

Auteur de plusieurs traités sur la flore et l’agriculture japonaises, Hokkai Takashima arrive en France, en 1885, sur ordre et aux frais du Ministère de l’agriculture du Japon, comme élève étranger à l’École forestière de Nancy (alors unique en France).

Takashima, cascade, MEN; Cliché O. Dancy

Takashima, cascade, MEN; Cliché O. Dancy

Homme d’une grande culture et doué d’une vive sensibilité artistique, il noue des liens d’amitié avec les artistes nancéiens qui s’intéressent à l’art japonais, tels Camille Martin, Émile Gallé, Victor Prouvé… et, grâce à son talent pour le dessin, les aide à mieux cerner la façon dont les Japonais représentent le monde végétal ou ressentent la nature et plus particulièrement le rythme cyclique des saisons. C’est d’ailleurs la maîtrise avec laquelle il manie le pinceau qui est soulignée dans la presse nancéienne. Une exposition lui est notamment consacrée en 1886 dans la vitrine de René Wiener, l’un des animateurs de la vie artistique nancéienne.

Cette amitié avec les artistes nancéiens se retrouve par la dédicace à Camille Martin, Victor Prouvé et Louis Hestaux de quelques-uns des dessins actuellement exposés.

Après un dernier séjour à Nancy en 1889, et de retour au Japon, il abandonne ses fonctions officielles pour se consacrer pleinement à l’art.

Aujourd’hui, le musée municipal des Beaux-Arts de Shimonoseki possède un fonds important d’œuvres de Hokkai Takashima.

Un cas d’École : Gallé et les autres

 Hokkai Takashima ne peut être considéré comme l’initiateur du Japonisme à Nancy. En effet, l’art du Japon est déjà connu, et notamment chez Gallé. Représentant son père à l’Exposition Universelle de Paris de 1867, il a pu visiter à loisir la section du Japon. C’est d’ailleurs peut-être à cette époque qu’il constitue sa collection d’œuvres japonaises composée de céramiques, de bambous, de laques et d’estampes.

D’autre part, Nancy possède son magasin japonais et chinois au 13 rue Gambetta, dont le propriétaire, Armand Logé, fait imprimer sa publicité sur du papier japon.

Mais il faut noter que la plupart des créations de caractère “exotique” voyant le jour dans le Nancy du Second Empire est dans la lignée directe des “chinoiseries” rococo héritées du XVIIIe siècle. Inspiration que l’on retrouve d’ailleurs dans le piano d’Auguste Majorelle présenté à l’Exposition Universelle de Paris de 1878 avec un décor imitant les laques orientales (technique du vernis Martin), ou encore dans le décor Imari des lions héraldiques formant bougeoir ou chandelier de Gallé.

Bien entendu, les artistes nancéiens, dont Émile Gallé et Camille Martin (René Wiener, Intérieur d’atelier (Atelier Camille Martin), 1880), entre autres, sont attirés par la vogue de l’art du Japon, tout comme les artistes européens. Mais il ne s’agit pas là non plus d’une copie servile de cet art. En effet, Henri Frantz écrit à propos d’Emile Gallé : «Il puise dans l’art japonais la conception globale et les principes fondamentaux de son style. Mais nous ne devons pas en conclure qu’il le copie humblement. Rien n’est plus éloigné de l’art japonais que les travaux de Gallé […] Il ne fait qu’emprunter l’expression des artistes nippons et la remanie avec habileté et goût.» (The Magazine of Art, mars 1897).

E. Gallé, assiette japonaise, MEN. Cliché C. Philippot

E. Gallé, assiette japonaise, MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé emprunte quelques éléments de l’art japonais comme par exemple les motifs zoomorphes que l’on peut retrouver sur l’arrosoir dont l’anse est une trompe d’éléphant, ou encore les humanisations d’insectes qui rappellent le sujet de quelques estampes japonaises mais qui sont aussi à rapprocher de la connaissance de la production du dessinateur nancéien Granville (1803-1847) (Jardinière Grandville, 1885-1889). Emprunt également de la composition chère aux artisans japonais comme l’imbrication de cartels de formes et de dimensions différentes. Le décor ainsi contenu dans des vignettes délimitées associe des herbages et des insectes (Jardinière Anthurium et libellule, vers 1882). L’asymétrie est également présente dans les compositions japonaises et se retrouve chez Gallé avec l’étagère Bambou (1894).

E. Gallé, étagère Bambou, MEN. Cliché Studio Image

E. Gallé, étagère Bambou, MEN. Cliché Studio Image

On peut également retrouver des motifs de décor typiquement japonais : le chrysanthème (Gallé, Vase Chrysanthème,), la carpe Koï et le bambou (Gallé, Jardinière Bambous, carpe et goujons, ), le papillon (Gallé, La Nuit japonaise, 1900), l’évocation des fonds sous-marins (Daum, Coupe Algues et poisson, ), ou encore celui très célèbre du Fuji-Yama dont l’évocation s’est multipliée par le commerce des estampes et leurs imitations parisiennes (Gallé, Eventail Ushiwa ou vue du mont Fuji-Yama).

E. Gallé, éventail japonais, MEN. Cliché Studio Image

E. Gallé, Éventail, MEN. Cliché Studio Image

L’art du Japon permet également un renouvellement des formes des objets et notamment un intérêt pour la section carrée que l’on retrouve dans le dessin préparatoire des ateliers Gallé (MOD 17) et la boîte à thé triple éditée par Saint-Clément dont le modèle est attribué à Émile Gallé.

NB: On sait également qu’Émile Gallé possédait dans sa bibliothèque un grand nombre de livres japonais. Parmi ceux-ci, essentiellement des albums de plantes et de dessins, il faut citer la présence de la Manga d’Hokusai, éditée en 15 volumes et probablement aussi celle de ses Cents vues du Mont Fuji. (Voir à ce sujet l’article de Ikonobu Yamane, La collection d’œuvres japonaises de Gallé et amitié avec Tokusô Takashima, dans le catalogue de l’exposition Émile Gallé, Nature et symbolisme, l’influence du Japon, Vic sur Seille, 2009)

En outre, le musée possède aujourd’hui dans le fonds Victor Prouvé, un grand nombre d’estampes japonaises originales collectionnées par le peintre, dont des œuvres de Hokusai, mais aussi d’autres peintres japonais bien connus en Europe à la même époque, comme Hiroshige ou Utamaro.

Le mont Fuji, estampe japonaise. Fonds Prouvé, MEN.

Le mont Fuji, estampe japonaise. Fonds Prouvé, MEN.

On tourne…!

vendredi 30 novembre 2012

Le musée de l’Ecole de Nancy rencontre toujours un succès important auprès des télévisions japonaises… En novembre, c’est NIPPON TV qui est venu tourner des images…L’équipe en a profité pour filmer aussi des exemples d’architecture, avant de se consacrer… aux macarons! Un mélange qui ne peut que donner envie de venir à nos amis du Japon!

Emile Gallé au coeur du sujet de Nippon TV

La céramique: des inspirations variées... parmi elles, le Japon !

Du musée au manga

lundi 16 août 2010

On sait l’intérêt que le Japon porte à l’Art nouveau. Celui-ci est aussi grand, semble-t-il, que celui que les artistes Art nouveau portaient au Japon au XIXe siècle. Les expositions et les collections japonaises consacrées à Emile Gallé y sont très nombreuses, telles celle  du Hida Takayama Museum of Art ou encore celle du Kitazawa Museum of Art.

Il n’est donc pas surprenant de retrouver dans certains films d’animation japonais des oeuvres Art nouveau, voire plus particulièrement Ecole de Nancy.

L'affiche de The Sky Crawlers, 2008

Ainsi on peut apercevoir furtivement dans le film The Sky Crawlers une reproduction du célèbre lit d’Emile Gallé “Aube et crépuscule” dont l’original se trouve au musée de l’Ecole de Nancy.

Image tirée du film "The Sky Crawlers"


(Pour une meilleure lisibilité, vous pouvez agrandir les images en cliquant dessus)

Emile Gallé, lit "Aube et crépuscule", 1904, musée de l'Ecole de Nancy

Non loin de ce lit aux chevets marquetés, est-ce le profil de libellules qui silhouette cette table sur laquelle sont posés plusieurs vases orientaux? Difficile d’en être sûr…

Image tirée du film "The Sky Crawlers"

Emile Gallé, table aux libellules, musée de l'Ecole de Nancy

Le film témoigne de l’intérêt que le réalisateur porte au décor intérieur et à l’art décoratif : vaisselle, mobilier, vases, lampes, papier peint concourent à créer des atmosphères bien particulières. Ainsi c’est plutôt dans le style Art nouveau qu’est décorée la maison close qui apparaît dans le film et dans laquelle figure le lit Aube et Crépuscule (qui fut à l’origine un lit nuptial, commandé à Gallé par son ami et magistrat Henry Hirsch.)

D’autres détails Art nouveau.

Une lampe en verre gravé à l’acide, tardive dans la production du maître verrier nancéien mais qui provient sans aucun doute de la collection du Kitazawa Museum of Art.

Quelques vases Art nouveau juchés sur une armoire, difficilement attribuables à un maître verrier en particulier.

The Sky Crawlers (Sukai Kurora, en V.O.) est réalisé par Mamuro Oshii en 2008, auteur entre autres de Ghost in the shell et d’Avalon.

Merci à Ghislaine pour nous avoir signalé ce très intéressant détail.

Et si la présence de l’Art nouveau au cinéma vous intéresse, n’hésitez pas à consulter les articles de Philippe Thiébaut (conservateur en chef au musée d’Orsay et commissaire de la récente exposition Art nouveau Revival) :

  • “L’Art nouveau Revival : le décor de cinéma et de théâtre”. 48/14, La revue du musée d’Orsay, n°26, printemps 2008.
  • “Cinématographiques”, dans le catalogue de l’exposition Art nouveau Revival, 2009