Archive pour le mot-clef ‘Gallé’

Ne les oubliez pas…

vendredi 19 décembre 2014

… non, non, je ne parle de pas de vos petits chaussons sous le sapin… mais des derniers jours consacrés aux 50 ans du musée!

Profitez de la fin d’année pour rendre une visite au musée et découvrir:

–  l’exposition – dossier  « Petite et grande histoire du musée de l’École de Nancy (jusqu’au 4 janvier)

– le lustre Les Algues de Louis Majorelle (jusqu’au 25 janvier), et  participer à l’appel aux dons lancé par l’Association des Amis

– participer à la visite proposée le 28 décembre à 10h30: Les oubliés. Œuvres méconnues du musée - visite sans réservation, dans la limite des places disponibles. Tarif: entrée du musée + 1.60 €

Emile Gallé, porte pinceaux au chasseur oriental, Nancy, musée de l’École de Nancy. Cliché D. Boyer... L'un des ces "oubliés" qu'on voit sans les voir!

Émile Gallé, porte pinceaux au chasseur oriental, Nancy, musée de l’École de Nancy. Cliché D. Boyer… L’un des ces « oubliés » qu’on voit sans les voir!

N’oubliez pas, comme « Off », de vous reposer un peu, pour recommencer une année 2015 pleine de surprises et d’événements au musée de l’École de Nancy!

JOYEUSES FÊTES A TOUS!

Gallé au musée de l’Ecole de Nancy

vendredi 12 décembre 2014

cataloguegallé

Le musée de l’École de Nancy est fier de vous présenter son dernier ouvrage:

Gallé au musée de l’École de Nancy

paru aux éditions Snoeck

 

Hokusai… et Nancy!

mardi 4 novembre 2014

Paris découvre actuellement l’exposition Hokusai… et mesure « l’effet Hokusai », presque comme ont pu le ressentir les européens à la fin du XIXème siècle!

Exposition Hokusai, Paris, Grand Palais, jusqu'au 18 janvier 2015

Exposition Hokusai, Paris, Grand Palais, jusqu’au 18 janvier 2015

Le musée de l’École de Nancy a prêté pour l’occasion un vase d’Émile Gallé sur lequel le verrier reprend un motif du maître Japonnais… Voilà pour Off l’occasion de revenir sur l’influence décisive qu a exercé l’art japonais sur le mouvement nancéien…

Emile Gallé, vase octogone Grenouilles, MEN, inv. AD 31. Cliché C. Philippot

Émile Gallé, vase octogone Grenouilles, MEN, inv. AD 31. Cliché C. Philippot

 NDLR: nous reprenons ici un extrait du texte de Blandine Otter écrit à l’occasion de la présentation de l’exposition -dossier « Le Japonisme ou l’influence  de l’art japonais dans l’art français à la fin du XIXème siècle » , présentée au musée de l’école de Nancy en 2003.

Le 23 octobre 1868 l’empereur Mitsuhito (1852-1912) proclame l’ère Meiji, synonyme d’ouverture du Japon à l’Occident. En effet, jusqu’ici, ce pays vit replié sur lui-même. Fermeture instaurée en 1639 par la politique des Tokugawa (shôguns : chefs militaires qui exercent le pouvoir véritable jusqu’en 1867). Seul un îlot artificiel dans le port de Nagasaki permet des liens commerciaux avec l’Europe (les Hollandais sont les seuls Occidentaux autorisés).

Mais l’art du Japon n’est pas inconnu puisqu’en 1867, à Paris, le «Pays du Soleil Levant» participe officiellement pour la première fois à une Exposition Universelle, par l’envoi de sabres, de porcelaines, de peintures, de laques, par la reconstitution d’une ferme japonaise…

E. Gallé, Petit vase Bambou, MEN. Cliché C. Philippot

E. Gallé, Petit vase Bambou, MEN. Cliché C. Philippot

Une véritable vogue pour l’esthétique japonaise des couleurs et du raffinement se révèle tout particulièrement en France, notamment par des influences sur la création picturale contemporaine et par l’éclosion d’un réseau actif d’amateurs, artistes, marchands ou collectionneurs. En effet, on peut citer le rôle non moins important de Siegfried Bing, marchand d’art et collectionneur d’objets orientaux, dont l’intérêt personnel pour la céramique fine et son sens des affaires l’ont conduit naturellement en direction de la mode pour les curiosités japonaises. En 1888, il initie une revue dédié à l’art japonais, intitulée Le Japon Artistique (éditée en Français, Anglais et Allemand), qui présente des articles illustrés par sa propre collection.

A cette même époque, a lieu l’ouverture du premier musée Guimet, en 1879 à Lyon, conçu comme un musée des religions, qui est transféré en 1889 à Paris. En 1892 le Louvre voit entrer des œuvres japonaises dans ses collections orientales qui seront complétées plus tard par plusieurs donations, dont celles d’une partie des collections de Siegfried Bing ou Louis Gonse (auteur d’une première histoire de l’art japonais publiée en 1883).

Victor Prouvé, reliure sur l'Art japonais de Louis Gonse, MEN. Cliché P. Buren

Victor Prouvé, reliure sur l’Art japonais de Louis Gonse, MEN. Cliché P. Buren

Dans le domaine de la création artistique, la passion pour l’art japonais a vite dépassé le stade de l’exotisme et se trouve lié au mouvement des artistes dits “d’avant-garde”. En effet, le Japonisme se répand surtout chez les artistes qui cherchent à trouver des expressions nouvelles. C’est la nouveauté de la mise en page, l’habileté du dessin, l’éclat des couleurs, la simplification des moyens picturaux, toute une esthétique qui va transformer l’art pictural occidental. Mais chaque artiste (Manet, Whistler, Degas, Monet…) tire parti de cette séduction de l’art japonais, à sa façon, afin de mieux s’exprimer. En effet, après la découverte et l’adoption d’une nouvelle forme d’art, a lieu ensuite son assimilation et enfin son interprétation, soit la création véritable.

Autre point important, celui de la place de l’art dans la vie quotidienne des Japonais. En effet, un objet utilitaire tend toujours à devenir une œuvre d’art, et une œuvre d’art a toujours une fonction. Cette revalorisation des arts appliqués, de l’alliance du beau et de l’utile trouve un écho dans les divers mouvements modernes voulant rétablir l’artisanat d’art comme celui des Arts and Crafts jusqu’aux tentatives de rénovation artistique de l’Art nouveau.

Les Européens sont également amenés à changer leur vision de la nature. Et grâce à l’art japonais, ils ont découvert un nouveau système de valeur comme l’amour du matériau employé, la manière de traiter un sujet, le plaisir que procure le rythme propre au trait…

Un Japonais à Nancy : Hokkaï Takashima (Haghi, Japon, 1850-1931)

Auteur de plusieurs traités sur la flore et l’agriculture japonaises, Hokkai Takashima arrive en France, en 1885, sur ordre et aux frais du Ministère de l’agriculture du Japon, comme élève étranger à l’École forestière de Nancy (alors unique en France).

Takashima, cascade, MEN; Cliché O. Dancy

Takashima, cascade, MEN; Cliché O. Dancy

Homme d’une grande culture et doué d’une vive sensibilité artistique, il noue des liens d’amitié avec les artistes nancéiens qui s’intéressent à l’art japonais, tels Camille Martin, Émile Gallé, Victor Prouvé… et, grâce à son talent pour le dessin, les aide à mieux cerner la façon dont les Japonais représentent le monde végétal ou ressentent la nature et plus particulièrement le rythme cyclique des saisons. C’est d’ailleurs la maîtrise avec laquelle il manie le pinceau qui est soulignée dans la presse nancéienne. Une exposition lui est notamment consacrée en 1886 dans la vitrine de René Wiener, l’un des animateurs de la vie artistique nancéienne.

Cette amitié avec les artistes nancéiens se retrouve par la dédicace à Camille Martin, Victor Prouvé et Louis Hestaux de quelques-uns des dessins actuellement exposés.

Après un dernier séjour à Nancy en 1889, et de retour au Japon, il abandonne ses fonctions officielles pour se consacrer pleinement à l’art.

Aujourd’hui, le musée municipal des Beaux-Arts de Shimonoseki possède un fonds important d’œuvres de Hokkai Takashima.

Un cas d’École : Gallé et les autres

 Hokkai Takashima ne peut être considéré comme l’initiateur du Japonisme à Nancy. En effet, l’art du Japon est déjà connu, et notamment chez Gallé. Représentant son père à l’Exposition Universelle de Paris de 1867, il a pu visiter à loisir la section du Japon. C’est d’ailleurs peut-être à cette époque qu’il constitue sa collection d’œuvres japonaises composée de céramiques, de bambous, de laques et d’estampes.

D’autre part, Nancy possède son magasin japonais et chinois au 13 rue Gambetta, dont le propriétaire, Armand Logé, fait imprimer sa publicité sur du papier japon.

Mais il faut noter que la plupart des créations de caractère “exotique” voyant le jour dans le Nancy du Second Empire est dans la lignée directe des “chinoiseries” rococo héritées du XVIIIe siècle. Inspiration que l’on retrouve d’ailleurs dans le piano d’Auguste Majorelle présenté à l’Exposition Universelle de Paris de 1878 avec un décor imitant les laques orientales (technique du vernis Martin), ou encore dans le décor Imari des lions héraldiques formant bougeoir ou chandelier de Gallé.

Bien entendu, les artistes nancéiens, dont Émile Gallé et Camille Martin (René Wiener, Intérieur d’atelier (Atelier Camille Martin), 1880), entre autres, sont attirés par la vogue de l’art du Japon, tout comme les artistes européens. Mais il ne s’agit pas là non plus d’une copie servile de cet art. En effet, Henri Frantz écrit à propos d’Emile Gallé : «Il puise dans l’art japonais la conception globale et les principes fondamentaux de son style. Mais nous ne devons pas en conclure qu’il le copie humblement. Rien n’est plus éloigné de l’art japonais que les travaux de Gallé […] Il ne fait qu’emprunter l’expression des artistes nippons et la remanie avec habileté et goût.» (The Magazine of Art, mars 1897).

E. Gallé, assiette japonaise, MEN. Cliché C. Philippot

E. Gallé, assiette japonaise, MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé emprunte quelques éléments de l’art japonais comme par exemple les motifs zoomorphes que l’on peut retrouver sur l’arrosoir dont l’anse est une trompe d’éléphant, ou encore les humanisations d’insectes qui rappellent le sujet de quelques estampes japonaises mais qui sont aussi à rapprocher de la connaissance de la production du dessinateur nancéien Granville (1803-1847) (Jardinière Grandville, 1885-1889). Emprunt également de la composition chère aux artisans japonais comme l’imbrication de cartels de formes et de dimensions différentes. Le décor ainsi contenu dans des vignettes délimitées associe des herbages et des insectes (Jardinière Anthurium et libellule, vers 1882). L’asymétrie est également présente dans les compositions japonaises et se retrouve chez Gallé avec l’étagère Bambou (1894).

E. Gallé, étagère Bambou, MEN. Cliché Studio Image

E. Gallé, étagère Bambou, MEN. Cliché Studio Image

On peut également retrouver des motifs de décor typiquement japonais : le chrysanthème (Gallé, Vase Chrysanthème,), la carpe Koï et le bambou (Gallé, Jardinière Bambous, carpe et goujons, ), le papillon (Gallé, La Nuit japonaise, 1900), l’évocation des fonds sous-marins (Daum, Coupe Algues et poisson, ), ou encore celui très célèbre du Fuji-Yama dont l’évocation s’est multipliée par le commerce des estampes et leurs imitations parisiennes (Gallé, Eventail Ushiwa ou vue du mont Fuji-Yama).

E. Gallé, éventail japonais, MEN. Cliché Studio Image

E. Gallé, Éventail, MEN. Cliché Studio Image

L’art du Japon permet également un renouvellement des formes des objets et notamment un intérêt pour la section carrée que l’on retrouve dans le dessin préparatoire des ateliers Gallé (MOD 17) et la boîte à thé triple éditée par Saint-Clément dont le modèle est attribué à Émile Gallé.

NB: On sait également qu’Émile Gallé possédait dans sa bibliothèque un grand nombre de livres japonais. Parmi ceux-ci, essentiellement des albums de plantes et de dessins, il faut citer la présence de la Manga d’Hokusai, éditée en 15 volumes et probablement aussi celle de ses Cents vues du Mont Fuji. (Voir à ce sujet l’article de Ikonobu Yamane, La collection d’œuvres japonaises de Gallé et amitié avec Tokusô Takashima, dans le catalogue de l’exposition Émile Gallé, Nature et symbolisme, l’influence du Japon, Vic sur Seille, 2009)

En outre, le musée possède aujourd’hui dans le fonds Victor Prouvé, un grand nombre d’estampes japonaises originales collectionnées par le peintre, dont des œuvres de Hokusai, mais aussi d’autres peintres japonais bien connus en Europe à la même époque, comme Hiroshige ou Utamaro.

Le mont Fuji, estampe japonaise. Fonds Prouvé, MEN.

Le mont Fuji, estampe japonaise. Fonds Prouvé, MEN.

Automne…/ portfolio

vendredi 17 octobre 2014

L’automne vu par l’École de Nancy…

Victor Prouvé, Vision d'automne. MEN, cliché Studio Image

Victor Prouvé, Vision d’automne. MEN, cliché Studio Image

Emile Friant, l'Automne, MEN. CLiché D. Buren

Emile Friant, l’Automne, MEN. CLiché D. Buren

Camille Martin, paysage d'arbres, MEN. Cliché P. Buren

Camille Martin, paysage d’arbres, MEN. Cliché P. Buren

Jacques Gruber, vitrail à décor de coloquinte, villa Majorelle. Cliché D. Boyer

Jacques Gruber, vitrail à décor de coloquinte, villa Majorelle. Cliché D. Boyer

Louis Majorelle, table marronnier, MEN. Cliché Ph. Caron

Louis Majorelle, table marronnier, détail,  MEN. Cliché Ph. Caron

Emile Gallé, table Pavot et dahlias, détail du plateau, MEN. Cliché STudio Image

Émile Gallé, table Pavot et dahlias, détail du plateau, MEN. Cliché Studio Image

Henri Bergé, étude de feuilles de marronnier, MEN. Cliché D. Boyer

Henri Bergé, étude de feuilles de marronnier, MEN. Cliché D. Boyer

Henri Bergé, Etude de physalis, MEN. Cliché D. Boyer

Henri Bergé, Etude de physalis, MEN. Cliché D. Boyer

Emile Gallé, cruche Raisins et vase Feuilles d'automne, MEN. Cliché C. Philippot

Émile Gallé, cruche Raisins et vase Feuilles d’automne, MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé, vase Chrysanthèmes, MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé, vase Chrysanthèmes, MEN. Cliché C. Philippot

 

Emile Gallé, vases Courge noire et Courge à gibbosités, MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé, vases Courge noire et Courge à gibbosités, MEN. Cliché C. Philippot

Daum Frères, vase Courge, MEN. Cliché C. Philippot

Daum Frères, vase Courge, MEN. Cliché C. Philippot

Daum Frères, vase Coloquinte, MEN. Cliché C. Philippot

Daum Frères, vase Coloquinte, MEN. Cliché C. Philippot

Ernest Bussière, vase Courge déséchée, MEN. Cliché C. Philippot

Ernest Bussière, vase Courge déséchée, MEN. Cliché C. Philippot

Camille Martin, buvard Il reste la mélancolie, MEN. Cliché P. Buren

Camille Martin, buvard Il reste la mélancolie, MEN. Cliché P. Buren

Prochain rendez-vous:

Dimanche 19 octobre, visite en famille pour feuilleter « L’herbier de l’Art nouveau », à 10h30.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henriette et Emile Gallé, la suite…

vendredi 10 octobre 2014

Pour les malheureux qui n’ont pu assister à la conférence consacrée à la correspondance entre Henriette et Émile Gallé, donnée mercredi 8 octobre à l’auditorium du Museum Aquarium, voici un petit résumé des échanges …

Ambiance studieuse à l'auditorium du Museum Aquarium

Ambiance studieuse à l’auditorium du Museum Aquarium

Après une introduction de Roselyne Bouvier, vice-présidente de l’Association des Amis de l’École de Nancy, a démarré la discussion autour de la correspondance d’Henriette et Émile Gallé, animée par Valérie Susset, journaliste à l’Est Républicain.

La genèse de la publication des lettres d’Henriette et Émile Gallé, fut tout d’abord évoquée par Philippe Thiébaut, aujourd’hui conseiller scientifique à l’Institut National d’Histoire de l’Art, après avoir été pendant de longues années, conservateur en chef du département des arts décoratifs au musée d’Orsay. Cette publication entre dans un cycle consacré par Les éditions la Bibliothèque des Arts aux correspondances d’artistes, auquel Philippe Thiébaut avait déjà participé pour Lallique. Connaissant bien la correspondance des époux Gallé pour l’avoir déjà étudiée, Philippe Thiébaut proposa à Jacqueline Amphoux, arrière petite-fille des Gallé, de collaborer sur cette édition. Jacqueline Amphoux, expliqua quant à elle, avoir souhaité faire la lumière sur la personnalité et le rôle d’Henriette Gallé, thèmes qu’elle étudie depuis longtemps. L’idée de publier ces lettres échangées dès les fiançailles et jusqu’à la fin de la vie d’Émile Gallé, permettait ainsi de révéler l’importance à la fois affective mais aussi professionnelle d’Henriette.

Au fur et à mesure des thématiques lancées par l’animatrice, Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut ont ainsi évoqué les aspects tant intimes que publics de la vie commune des Gallé. Leur travail a notamment consisté à classer chronologiquement les lettres, mais surtout à éclaircir de nombreuses allusions peu claires, en particulier les références à des personnes souvent citées par leur seul prénom, et ce, grâce à des recoupements avec d’autres correspondances d’Henriette, avec ses sœurs, par exemple.

Valérie Susset anime ces échanges avec Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut

Valérie Susset anime ces échanges avec Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut

Philippe Thiébaut a souligné le plaisir évident de l’écriture pour Gallé, qui prend la forme d’une véritable conversation suivie, mais qui pour Henriette, n’est pas toujours chose facile. Aux charmants échanges des fiancés énamourés, succèdent peu à peu des conversations mêlant les affaires suivies par Henriette en l’absence d’Émile et les nouvelles familiales. Henriette ne cache pas à Émile son désintérêt pour la botanique, et plus tard, elle ne se prive pas non plus de lui donner son avis sur ses créations, même si, visiblement, Gallé n’en tient pas vraiment compte! Henriette lui fait également remarquer qu’elle voit en lui deux hommes, après le succès l’exposition de 1884: celui qu’elle connaît, et un autre, un mondain faisant partie de la « clique dorée » parisienne!

Très tôt, Henriette est impliquée dans les affaires de l’entreprise. On apprend par exemple qu’Henriette est la voix de la raison quand il s’agit des préparatifs pour les grandes expositions ou pour les extensions de l’usine, calmant les ambitions déraisonnables de son mari. Henriette est avec Émile Lang le pilier de la gestion de l’usine, pendant qu’Émile voyage… La connaissance de l’entreprise est capitale et décisive lorsque Gallé tombe malade et qu’Henriette reprend totalement la direction. C’est une femme toujours combattante et optimiste qui écrit à son mari alors parti en cure au Luxembourg ou dans les Vosges.

Ces années difficiles pour l’entreprise et pour le couple, sont bien sûr marquées par l’Affaire Dreyfus. Alors qu’Émile, grâce à ses séjours à Paris, entretient de nombreuses relations dans le milieu Dreyfusard, Henriette doit suivre les évènements à distance, et sous forme épistolaire. Mais elle évoque l’agressivité ambiante de la ville et la mise à l’écart des Dreyfusards dont les Gallé font partie. Tous deux ont souffert profondément de la haine ambiante exacerbée par les journaux antisémites, ou en voyant des anciens amis changer de trottoir à leur approche. Sans parler des angoisses liées à la chute vertigineuse de l’activité de l’usine après 1900.

Ces lettres nous rapprochent un peu plus de la personnalité de l’artiste, et de sa complexité. Homme de création, plutôt qu’homme d’affaires, il a toujours considéré son rôle de chef d’entreprise comme celui d’un chef de famille, n’ayant jamais la force de réduire le nombre des ouvriers, même dans les mauvaises périodes. Il s’exprime avec virulence et peu d’estime sur ses concurrents, avec lesquels il doit composer lors de la création de l’École de Nancy en 1901. Henriette apparaît toujours comme celle qui trouve les mots pour l’apaiser.

Ponctuée de quelques extraits de lettres lus, la conférence s’est achevée en laissant le sentiment d’avoir pu entrer un peu dans l’intimité de l’artiste, de l’homme engagé. C’est un homme bien entouré et très aimé aussi que révèlent ces lettres,  où l’affection profonde est omniprésente.

A découvrir par écrit bien vite!

Emile et Henriette Gallé, Correspondances, 1875-1904

Émile et Henriette Gallé, Correspondance, 1875-1904

Merci à l’AAMEN pour avoir organisé ce moment d’exception

 

Feuilles d’automne…

mardi 9 septembre 2014

Deux publications récentes sur l’Art nouveau à consulter d’urgence…

A partir de vendredi prochain, l’Association des Amis du Musée de l’École de Nancy proposera sur son stand du Livre sur la Place son nouveau magazine « Arts nouveaux » N°30.

Pour les impatients, en voici le sommaire alléchant!

Arts nouveaux n°30

Arts nouveaux n°30

Un sommaire passionnant

Un sommaire passionnant

 

  •       La Pharmacie du Cygne à Alesund (Norvège), par Ingvil Eilersten Grimstad

Ville côtière de Norvège, Alesund doit sa notoriété à un incendie qui détruit la ville en 1904. Tout le centre-ville est alors reconstruit dans un style combinant Art nouveau et romantisme national. La pharmacie du Cygne combine ces deux inspirations, avec sa façade de granit gris surmontée d’une tour et scandée d’ouvertures aux formes variées. L’agencement intérieur de la pharmacie, tout en courbe, est traité en bois exotique décoré de sculptures inspirées par la mythologie norvégienne.

Alesund et son Jugenstilenteret, installé dans l’ancienne pharmacie du Cygne, sont les partenaires de Nancy au sein du Réseau Art nouveau. Ingvil Eilersten Grimstad est Conseillère en Chef au Jugendstilenteret.

Direction Alesund en Norvège...

Direction Alesund en Norvège…

  •   Keller & Guérin à Lunéville et la Rookwood Pottery à Cincinnati, par Étienne Tornier

Dès les années 1880, une bonne partie de la production de la faïencerie lunévilloise était destinée à l’exportation, notamment vers les États-Unis. La présence massive de manufactures européennes sur le marché américain contribue largement à la naissance d’une industrie locale, bénéficiant de l’ouverture des premiers musées et écoles d’arts appliqués sur le modèle européen. La qualité de cette production – celle notamment de la Rookwood Pottery de Cincinnati- oblige les manufactures européennes à réviser leurs modèles et pousse même Keller et Guérin à se lancer dans des imitations  afin de maintenir son succès sur le sol américain.

Etienne Tornier est chargé d’études et de recherches à l’INHA, Paris

  • Victor Prouvé et la commande de décoration publique parisienne, par Blandine Otter

Ce nouvel article de Blandine Otter, assistante de conservation principal au musée de l’École de Nancy, fait suite à l’article paru l’an passé et consacré à Victor Prouvé et la commande publique à Nancy. Victor Prouvé reçoit commande des décors des mairies d’Issy-les-Moulineaux (escalier d’honneur, 1896-97) et du XIème arrondissement de Paris ( salle des fêtes, 1897-1913). On y retrouve les thématiques qui lui sont chères: la famille, la nature, la joie de vivre, l’esprit républicain. La création de ces œuvres, toujours en place, est bien connue grâce à l’abondance de dessins préparatoires, mais aussi à des photographies de modèles ou aux lettres échangées avec ses relations nancéiennes ou sa famille. On découvre alors que l’artiste ne doit pas faire face qu’à de simples questions esthétiques…

  •  Emile et Henriette Gallé. Correspondance 1875-1904, par Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut

A l’occasion de la parution en mai dernier du recueil des lettres échangées par Emile Gallé et son épouse Henriette Gallé-Grimm entre 1875 et 1904, Jacqueline Amphoux, leur arrière-petite-fille, et Philippe Thiébaut, conservateur général du patrimoine, reviennent sur cette correspondance et son importance dans l’approfondissement de la connaissance du travail de Gallé. Une sélection précise de lettres, échangées dès les fiançailles, retrace leur histoire commune, et affirme la place essentielle d’Henriette dans la vie d’Émile non seulement sur le plan personnel, mais aussi sur le plan professionnel.

Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut ont répondu à l’invitation de l’AAMEN et du musée de l’École de Nancy pour aborder ces sujets au cours d’une conférence proposée le 8 octobre à 18h30 à l’amphithéâtre du Museum-Aquarium.

  • Produire pendant la Première Guerre. Les établissements Gallé, par Valérie Thomas

La récente exposition-dossier consacrée aux activités des membres de l’École de Nancy pendant la Première Guerre mondiale a permis de mettre la lumière sur une production méconnue et peu documentée, celle des Établissements Gallé. A la mort d’Émile Gallé, sa veuve Henriette reprend la direction de l’entreprise avec l’aide de ses gendres et des collaborateurs de son mari. Jusqu’à son décès en avril 1914, elle développe la production sérielle de petits meubles et d’objets, en particulier celle des vases gravés à l’acide. La guerre provoque l’arrêt presque total de la production, rendue impossible en premier lieu par la mobilisation des ouvriers et la proximité géographique du front. Cependant, l’usine réussit à maintenir une petite production, essentiellement de verrerie utilitaire, parmi laquelle on trouve une série dite « vases de guerre ». Valérie Thomas, conservateur en chef du musée de l’École de Nancy, a réuni les quelques documents et  archives connus pour évoquer ces verreries.

  •  Le soutien d’Émile Gallé à la libération des esclaves en Afrique, par François Le Tacon

En octobre 2015, le musée de l’École de Nancy proposera une grande exposition consacrée à l’École de Nancy face aux questions politiques de son temps. On connaît bien l’engagement de Gallé en faveur du Capitaine Dreyfus, mais Gallé soutint bien d’autres luttes, comme celle évoquée dans le présent article, la libération des esclaves d’Afrique de l’ouest et l’amélioration de leurs  conditions de vie dans les villages de liberté créés par l’armée française.

François Le Tacon, directeur de recherches à l’INRA,  est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à Émile Gallé.

Arts Nouveaux, magazine de l’art nouveau, n°30, septembre 2014.
Édité par l’ Association des Amis du Musée de l’École de Nancy, 52 pages, illustrations couleurs, 7 €

En vente sur le stand de l’AAMEN au salon du Livre sur la Place, du 12 au 14 septembre, à la caisse du musée de l’École de Nancy ou par correspondance en contactant  l’AAMEN: aamen@wanadoo.fr

coup De fouet n°23

coup De fouet n°23

Le nouveau numéro du magazine coup De fouet, revue de la Route Européenne de l’Art nouveau (Barcelone) propose également un sommaire captivant qui nous invite à voyager à travers le monde Art nouveau!

Hommage à C. Rennie Makintosch

Hommage à C. Rennie Makintosch

Un dossier richement illustré consacré à l’architecte Ödön Lechner nous entraine en Hongrie, en Slovaquie et même en Roumanie, à l’occasion du 100ème anniversaire de sa disparition. Ce nouveau numéro de Coup de fouet invite à de nombreuses autres découvertes, comme celle de l’artiste afro-américaine Meta Warrick Fuller, des jardins tropicaux de La Havane, ou du Palais de la Culture de Riga récemment restauré.

Nous avons lu avec attention l’article consacré par Jérôme Perrin, assistant de conservation principal à la villa Majorelle, à la villa Fournier-Defaut, construite dans le Parc de Saurupt à Nancy, et dont la démolition en 1975 agit comme un révélateur pour la cause de l’Art nouveau alors dénigré ou ignoré.

La villa Fournier-Defaut à Nancy

La villa Fournier-Defaut à Nancy

coup De fouet n°23, 2014
Revue bilingue anglais-catalan
Contact: coupDefouet@coupDefouet.eu, Tel: +34 932 562 509
www.artnouveau.eu

Bonne lecture!

 

 

C’est la rentrée!

vendredi 29 août 2014

Reposés et dispos, nous voilà tous impatients de reprendre nos activités culturelles…
Tant mieux, car le programme de l’automne est bien rempli!
Comme promis, l’anniversaire du musée se poursuit avec programme qui démarrera dès le 20 septembre, aux Journées du Patrimoines…

Demandez le programme d'automne du musée!

Demandez le programme d’automne du musée!

Parmi les temps-forts, il vous faut réserver dès à présent votre mercredi 8 octobre à 18h30, pour une conférence exceptionnelle en compagnie de l’arrière-petite fille de Gallé, Jacqueline Amphoux, et de Philippe Thiébaut, ancien conservateur au musée d’Orsay, aujourd’hui conseiller scientifique à l’INHA, et grand spécialiste de l’École de Nancy. Tous deux évoqueront la correspondance d’Henriette et Émile Gallé, qu’ils ont publiée récemment. (voir ici)
Mercredi 8 octobre, 18h30, auditorium du Museum-Aquarium
Co-organisé par l’AAMEN
Entrée libre, dans la limite des places disponibles

Autres points d’intérêts à ne pas manquer, plusieurs visites guidées sur des thématiques particulières, rarement abordées, comme cette visite dédiée au jardin de la propriété Corbin, organisée en collaboration avec le service des Parcs et Jardins, une visite centrée sur la collection de luminaires du musée, une autre révélant ces « oubliés », les pièces méconnues de l’exposition permanente, ou encore cette passionnante visite-lecture à double voix « Lire et Dire l’Ecole de Nancy »…

La propriété Corbin: jardin et paysagisme au temps de l’Art nouveau. Jeudi 2 octobre à 15h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €
Que la lumière soit! Les luminaires dans les collections du musée. Samedi 22 novembre à 16h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Les oubliés. Les pièces méconnues des collections du musée. Dimanche 28 décembre à 10h30. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Lire et dire l’École de Nancy. Visite-lecture à double voix. Samedi 24 janvier à 16h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

A partir du 20 septembre, une exposition-dossier retrace l’histoire du musée, depuis sa création en 1900, et jusqu’aux années 2000. Pour compléter cette évocation, des visites guidées sont proposées jusqu’au 4 janvier, pour évoquer les grandes personnalités qui ont marqué cette histoire, ainsi que l’origine des œuvres qui constituent aujourd’hui une collection inégalée.

Petite et grande histoire du musée.
Visite guidée
Dimanche 28 septembre à 11h
et
les 12 et 19 octobre, les 9 et 16 novembre, et les 7 et 14 décembre à 16h30.
Visite sans réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Enfin, il ne faut pas oublier les plus jeunes, qui ont souvent la chance de pouvoir participer à de bien sympathiques ateliers… Ils sont donc conviés à participer à l’un des deux ateliers de vacances de la Toussaint qui se dérouleront à la villa Majorelle, les 21 et 28 octobre, et consacrés aux objets métamorphosés…
Pour les parents et grands parents qui seraient jaloux de ces attentions particulières, deux visites destinées aux familles en octobre et en janvier devraient les contenter!

Objets métamorphosés. Atelier de vacances pour les 7-11 ans.
Villa Majorelle. Mardi 21 ou mardi 28 octobre de 14h30 à 16h30. Sur réservation. Tarif 4.15 € la séance.

L’herbier de l’Art nouveau.
Visite double pour les familles.
Dimanche 19 octobre de 10h30 à 10h45. Sur réservation. Tarif 5.50 € ou 4 €

Au gui l’An neuf! L’hiver au musée.
Visite double pour les familles.
Dimanche 18 janvier à 16h. Sur réservation. Tarif 5.50 € ou 4 €

Pas une seconde à perdre pour réserver! Les places sont limitées…
Téléphonez ou écrivez sans délai au service des publics des musées:
– 03.383.17.86.77
– servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

(Standard ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 12h30)

Et bien d'autres choses encore....

Et bien d’autres choses encore….

Vive l’automne!
Téléchargez le programme complet en suivant ces liens:
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1894/ Carnet d’exposition n°1

vendredi 22 août 2014

A l’occasion des 50 ans du musée de l’École de Nancy, voici une nouvelle série d’articles dédiée aux grandes expositions consacrées à l’École de Nancy. Chacune, dans son contexte particulier, fut un évènement, présenté et commenté dans la presse, attendu et apprécié par les amateurs… A l’aide des documents conservés (photos, articles de presse, commentaires, etc…), nous vous proposons de faire revivre ces grands moments !

 

Camille Martin, Affiche pour l'exposition d'art décoratif de 1894. MEN, Cliché C. Philippot

Camille Martin, Affiche pour l’exposition d’art décoratif de 1894. MEN, Cliché C. Philippot

« L’exposition qui doit s’ouvrir le 24 juin, dans les galeries de la Salle Poirel, s’annonce brillamment, – et tout d’abord par une affiche d’une grande richesse composée par Camille Martin et tirée sous les presses de la Maison Berger-Levrault, qui a fait un chef d’œuvre typographique. »

La Lorraine Artiste du 10 juin 1894 exprime son enthousiaste impatience dans ce premier article consacré à l’exposition avant même son ouverture, ventant dans une visite virtuelle la décoration florale de Félix Crousse et celle, générale, confiée à Louis Majorelle, les peintures décoratives de Guingot, les pièces d’orfèvrerie de Kauffer et Daubrée, « l’envoi si remarquable  de M. Louis, Geisler », papetier, voisinant avec la faïencerie de Toul.  Émile Gallé vient ensuite avec sa « prestigieuse et féérique exposition », suivi des Prouvé, Majorelle, Friant, Daum… Avant de détailler la fin de l’exposition où se succèdent vitraux, broderies ou serrurerie d’art, deux groupes retiendront l’attention, celui des reliures et cuirs décoratifs envoyé par l’Union centrale des Arts décoratifs, et celui des objets d’art présentés au Salon du Champs de Mars l’année précédente.

 

Stand Gallé à l'Exposition d'Art décoratif et industriel Lorrain, Nancy, 1894. Cliché D. Boyer

Stand Gallé à l’Exposition d’Art décoratif et industriel Lorrain, Nancy, 1894. Reproduction D. Boyer

Le détail du catalogue de l’exposition laisse imaginer la variété des pièces et styles présentés. Majorelle présente sur son stand du Louis XVI, de l’Empire, du vernis Martin, mais aussi un panneau de marqueterie intitulé La Source, dans la lignée des pièces de mobilier présentées par Gallé en 1889. Il prête à Daum Frères un mobilier d’exposition pour les « Cristaux d’art ciselés, intaillés et gravés », les « verreries de fantaisie », et « verreries de table et de dressoir ». Malgré leur pouvoir évocateur, les titres donnés aux vases ne peuvent rivaliser avec ceux de Gallé :  Pensées sombres et pensées folles  côtoient un  Bol de capucine , des Violettes fanées  et une  Touffe d’iris… Mais la théâtralisation du stand, surmonté d’un vaste catafalque de tissu drapé, n’a rien à envier à celle de son illustre voisin.

Chez Gallé se juxtaposent pièces nouvelles et chefs d’œuvre de l’exposition de 1889*, illustrant toute la variété de son savoir-faire. Le catalogue précise dans sa notice que les « études de verrier » ont été « fondu(e)s à la cristallerie ». En effet, en 1894, Gallé inaugure son four verrier à Nancy, qui annonce une nouvelle ère de recherches dans ce domaine…   La commode Parfums d’autrefois montre la maîtrise exceptionnelle des techniques du bois, après 10 années de pratique dans les ateliers nancéiens.

 

Emile Gallé, "Parfums d'autrefois". console de salon avec glace d'entre fenêtres. 1894. Nancy, MEN, cliché C. Philippot

Emile Gallé, « Parfums d’autrefois ». console de salon avec glace d’entre fenêtres. 1894. Nancy, MEN, cliché C. Philippot

La grande découverte du Salon du Champs de Mars de 1893 fut celle du travail du cuir de Victor Prouvé et Camille Martin. L’exposition de 1894 accueille les fameuses reliures Salammbô, L’Art japonais ou L’Estampe originale, entre autres, mais aussi le coffret La Parure ou la coupe La Nuit, témoignant de l’apport capital de Victor Prouvé dans le domaine des arts décoratifs.

Victor Prouvé, coffret La Parure - état d'origine-, Nancy, MEN.

Victor Prouvé, coffret La Parure – état d’origine-, Nancy, MEN.

 

Présentés côte à côte, dans cette scénographie chargée caractéristique des « accrochages » 19ème siècle, ces artistes et artisans nancéiens forment déjà un groupe, au sein duquel se multiplient les collaborations, et donnant naissance à une émulation artistique inédite. En 1894, le public nancéien assiste à la naissance effective de l’École de Nancy.

« C’est une exposition d’art faite en vue de mieux mettre en lumière le talent varié, la puissance de production de beaucoup de nos artistes lorrains. (…) C’est une œuvre de propagande, c’est un acte dans la lutte engagée contre la France par nos adversaires et nos ennemis. C’est une manifestation en faveur de l’art décoratif dont le caractère et l’importance a trop longtemps été méconnu. »

Extrait du discours de M. André, lors de l’inauguration de l’Exposition d’Art décoratif et industriel Lorrain.

Commission :

MM. André, membre du Conseil municipal ; Marcot, ancien membre du Conseil municipal ; De Meixmoron de Donbasle, ancien président de la Société des Amis des Arts ; Larcher, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts ; Goutière-Vernolle, directeur de la Lorraine Artiste ; Charbonnier, professeur de dessin au Lycée ; Camille Martin, peintre ; Emile Gallé, fabriquant d’objets d’art ; Antonin Daum, maître-verrrier ; Louis Majorelle, tapissier, fabriquant de meubles de luxe ; Hennequin, ancien magistrat ; René Wiener, relieur.

 

*Exposition Universelle de 1889 à Paris.

Envie d’ailleurs…

vendredi 1 août 2014

Vous n’avez toujours pas décidé où aller passer vos vacances? Vous êtes de ceux qui préfèrent les heures de visites plutôt que les heures de bronzage? Voici quelques idées pour vous qui aimez l’Art nouveau où qu’il se trouve!

Le musée des Arts appliqués de Budapest propose jusqu’au 31 juillet d’admirer sa collection de chefs d’œuvre Art nouveau . Ce musée fut fondé en 1872, sous l’impulsion du succès des arts décoratifs à l’Exposition Universelle de Paris de 1867. Le conservateur Jeno Radic initia une importante politique d’achats lors des expositions suivantes, celle de 1889 et celle de 1900 tout particulièrement.  De nombreux pays sont ainsi représentés, avec une importante collection d’œuvres françaises, dont Gallé,  Majorelle et Daum. Le site propose une visite virtuelle de l’exposition ici, ainsi que l’accès à la banque de donnée recensant l’ensemble de la collection. Même si le hongrois ne vous est pas familier, vous trouverez aisément les pièces en tapant « Nancy » ou « Gallé » dans le moteur de recherche!

Emile Gallé, vase à décor d'orchidée, 1900. Musée des arts appliqués de Budapest

Emile Gallé, vase à décor d’orchidée, 1900. Musée des arts appliqués de Budapest

Direction les pays Baltes, ensuite, avec une nouvelle étape pour l’exposition « Natures de l’Art nouveau », cette fois à Riga, en Lettonie.

Le centre de la ville est composé aux deux tiers de bâtiments Art nouveau et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le style, mêlant les grandes tendances européennes au « Romantisme national » et à l’Art nouveau dit « perpendiculaire », reflète l’essor industriel et culturel de la ville, et la volonté de l’inscrire comme reflet de son identité nationale.

Le musée Art nouveau propose en outre une exposition consacrée à l’Art nouveau des Pays Bas… de quoi alimenter notre découverte de ce style au delà des frontières!

Natures de l'Art nouveau, version lettone, jusqu'au 7 septembre à Riga

Natures de l’Art nouveau, version lettone, jusqu’au 7 septembre à Riga

Direction l’Ouest de l’Europe, avec une exposition consacrée à L’architecture Mackintosch, présentée à la Hunterian art Gallery de Glasgow, jusqu’au 15 janvier 2015.

Vous vous rappelez sans doute le récent incendie qui avait détruit une partie de la Glasgow School of Art … L’exposition réunit des dessins d’architectures inédits, associés à des films et des maquettes réalisés pour l’occasion. Elle fait le point sur tous les aspects de son travail, en particulier sur le cabinet d’architecture dont il faisait partie ou sur ses clients.

L'architecture selon Charles Rennie Mackintosch, à Glasgow

L’architecture selon Charles Rennie Mackintosch, à Glasgow

Restons au Royaume Uni, pour découvrir dans la rétrospective que le  Victoria & Albert Museum de Londres consacre à la robe de mariée de 1775 à 2014, ce que les couturiers de la Belle Epoque ont imaginé… (et où l’on apprend que la mariée n’est pas toujours en blanc!)

Ambiance nuptiale à Londres, au Victoria and Albert museum...

Ambiance nuptiale à Londres, au Victoria and Albert museum…

De retour en France, l’exposition présentée à l’Institut du monde arabe à Paris et consacrée à l’ Orient Express nous rappelle que ce dernier commença son périple dès 1883, bien avant qu’Hercule Poirot et l’Art Déco n’en fassent le mythe que nous connaissons. Il fallait sans doute avoir un certain esprit d’aventure pour embarquer à bord du train à destination d’Istambul! Voilà l’occasion rêvée de vivre l’expérience Orient Express grâce aux wagons que l’on peut visiter et d’en finir enfin avec les confusions Art nouveau – Art Déco!

 

Jusqu'au 31 août à l'Institut du Monde Arabe, embarquez à bord de l'Orient Express...

Jusqu’au 31 août à l’Institut du Monde Arabe, embarquez à bord de l’Orient Express…

Enfin, pour les purs et durs… n’oubliez pas de passer par l’Alsace et son musée du papier peint de Rixheim, qui consacre à l’Art nouveau une rétrospective jusqu’au 15 mai 2015. Compagnon indispensable de l’ameublement moderne, le papier peint permet à l’esthétique Art nouveau d’entrer dans de nombreux intérieurs, grâce aux procédés de reproduction mécanique qui ouvrent la voie de la production industrielle. L’exposition présente des papiers peints issus de la collection Zuber ainsi que des prêts de la Bibliothèque Forney, du musée de l’Impression sur étoffe de Mulhouse, etc… Si la majorité des papiers peints furent créés par des mains anonymes, certains portent la signature de créateurs célèbres comme Mucha ou Guimard…

Papier peint, manufacture inconnue, dessinateur Alphonse Mucha, 1898. Risheim, musée du papier peint.

Papier peint, manufacture inconnue, dessinateur Alphonse Mucha, 1898. Risheim, musée du papier peint.

Alors, plus une seconde à perdre… bouclez vos valises et en route pour ce grand tour de l’Europe!

 

 

 

La mer…

mardi 8 juillet 2014

Nombreux parmi vous s’apprêtent sans doute à gagner les côtes pour un repos mérité…
La fin du XIXème siècle voit les premiers vacanciers fréquenter les bords de mer, arpenter les jetées, et flâner sur les ports… C’est également à cette période que commence l’exploration des milieux sous-marins, révélant l’existence d’une quantité infinie d’espèces dont on ignorait tout. Fasciné par ces découvertes, qui lui offrent un nouveau répertoire, Émile Gallé choisit à plusieurs reprises d’évoquer le milieu marin dans ses créations.

 

Emile Gallé, avec Victor Prouvé et Louis Hestaux, jardinière Flora marina, flora exotica, MEN. Cliché Studio image

Émile Gallé, avec Victor Prouvé et Louis Hestaux, jardinière Flora marina, flora exotica, MEN. Cliché Studio image

L’une de ses toutes premières créations d’ébénisterie, la jardinière Flora marina, Flora exotica, créée pour l’Exposition Universelle de 1889, présente un savant mélange d’observation réaliste et de fantaisie allégorique. Le décor de ce curieux objet en forme de navire, aux formes sinueuses héritées du style rococo, associe  la sculpture et la marqueterie. Victor Prouvé et Louis Hestaux collaborent ici pour recréer  les deux univers qui fascinent Gallé: la flore exotique, illustrée par des plantes tropicales, des flamands roses et une vahiné alanguie, et la flore marine, caractérisée par les algues, les coraux, les étoiles de mer et une sirène, pour la partie marquetée, et des coquillages, crustacés et animaux marins stylisés sur les pieds.

Détail du décor côté Flora marina, avec une sirène

Détail du décor côté Flora marina, avec une sirène

et des crabes

et des crabes

 

La même année, Gallé présente un vase intitulé Les fonds de la mer. Pour évoquer la profondeur, Gallé choisit un verre multicouches opaque allant du noir au rouge profond. Les motifs d’algues, repris à la roue, se dessinent par transparence grâce aux inclusions métalliques intercalaires. Un coquillage et un poisson sont appliqués sur la panse. A l’opposé d’une fantaisie baroque, le vase de Gallé restitue l’atmosphère sombre et mystérieuse du milieu aquatique, avec une précision scientifique dans le rendu des motifs. On retrouve ce souci de véracité dans la description des coquillages qui décorent l’amphore du roi Salomon, trônant devant le four verrier sur le stand Gallé en 1900. Les Fonds de la mer comme l’amphore témoignent du souci poussé à l’extrême de combiner l’aspect du verre, la forme de l’objet, les décors dans différentes techniques et le sujet, dans une parfaite cohésion. Le vert de l’amphore, marbré de lignes plus sombres et de paillons métalliques évoque les algues et le long séjour au fonds de l’eau. Ce sont encore des algues – de fer forgé- entremêlées de coquillages et des sceaux de verre, qui ferment et soutiennent la cruche magique. Il s’en dégage un sentiment à la fois mystérieux et romanesque.

Emile Gallé, vase Les fonds de la mer, modèle créé en 1889, réédité en 1892, puis de 1900 à 1903. MEN, cliché C. Philippot

Émile Gallé, vase Les fonds de la mer, modèle créé en 1889, réédité en 1892, puis de 1900 à 1903. MEN, cliché C. Philippot

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Émile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

 

Que signifie-t-elle, justement, cette main mystérieuse jaillie des profondeurs? La main aux algues et coquillages, œuvre ultime et poignante de Gallé en 1904, garde ses secrets, tel l’océan dont on ignore la fin… Les doigts tordus et boursouflés se dressent-ils pour un dernier adieu? Tentent-ils désespérément d’échapper à l’engloutissement? Cette main évoque-t-elle au contraire la vie, sans cesse renouvelée? Est-elle celle d’une sirène mythique vivant éternellement dans l’imaginaire et le cœur de l’artiste?

Emile Gallé, Main aux algues et coquillages, 1904. MEN. Cliché Studio Image

Émile Gallé, Main aux algues et coquillages, 1904. MEN. Cliché Studio Image

Peut-être en croiserez-vous une au détour d’une baignade en mer cet été…!
Bonnes vacances!

*** N’oubliez pas, pour ceux qui restent, nos rendez-vous hebdomadaires des mercredis à 17.00… ainsi que toutes nos petites surprises programmées durant l’été… Pour retrouver le programme, rendez-vous sur le site du MEN, dans la rubrique « actualités »

www.ecole-de-nancy.com