Archive pour la catégorie ‘Gros plAN’

Villa en travaux: J – 1 mois…

mardi 16 août 2016

Si vous suivez avec attention l’actualité de votre villa préférée, vous savez que les grands travaux vont bientôt commencer à la villa Majorelle… Dès le 19 septembre, un échafaudage surmonté d’un parapluie viendra recouvrir intégralement la maison, pour permettre la rénovation de la toiture, la réfection des balcons, et bien sûr, ce que nous attendons tous, la remise en place des couronnements des cheminées, ces fameuses “mitres” en grès flammé conçues par Alexandre Bigot, qui donnaient à la villa son aspect si particulier.

Au mois de juillet, la société Tollis a procédé à l’enlèvement des mitres pour les emmener en atelier où elles seront restaurées.

Bien emballées, les mitres prêtes à partir...

Bien emballées, les mitres prêtes à partir…

C'est parti!

C’est parti!

Pendant ce temps, la société ART SA a effectué des sondages sur les peintures murales intérieures. Si les tentatives pour mettre à jour les décors d’origine de la cage d’escalier au rez-de-chaussée n’ont pas donné de résultats, celles réalisées au deuxième étage ont été plus satisfaisantes. On a pu découvrir que les peintures actuelles, réalisées à une date indéterminée, recouvrent en reproduisant presque à l’identique le décor de monnaie du pape originel. Le décor, au rendu de la peinture à fresque, présente des tonalités plus chaudes et des nuances de vert très subtiles, ainsi que le joli détail des graines de monnaie du pape, qui n’a pas été repris lors du rafraîchissement postérieur. Il semble que de la même façon, un repeint postérieur recouvre le décor du vestibule d’entrée.

Affaire à  suivre…!

Le sondage effectué sur le décor du deuxième étage a permis la mise à jour des peintures d'origine.

Le sondage effectué sur le décor du deuxième étage a permis la mise à jour des peintures d’origine.

Le décor, reproduit presque à l'identique, présentait de subtiles superpositions, ainsi que le détail des graines de monnaie du pape.

Le décor, reproduit presque à l’identique, présentait de subtiles superpositions, ainsi que le détail des graines de monnaie du pape.

Quand la danse entre au musée…

jeudi 30 juin 2016

tt petit poésie du printemps

Peut-être avez-vous été parmi les chanceux à pouvoir assister en mai à l’une des représentations dansées de la « Poésie du Printemps ». Ce projet conçu par deux étudiantes de la Faculté de Droit de Nancy, Laudrenn Wolferr et Anne-Alexandra Picaud, était tout à fait inédit pour le musée, avec pour la première fois l’intervention de danseurs au milieu des œuvres du musée… Un véritable défi à relever pour nos étudiantes et leurs interprètes ! Nous les avons rencontrées pour qu’elles nous expliquent leur projet !

Danse Joris 02

© AA Picaud – L Wolferr

 

Off : Pouvez-vous vous présentez et nous expliquer l’origine de ce projet ?

Laudrenn Wolferr : Nous sommes étudiantes en Licence professionnelle Droit du Patrimoine à la Faculté de Droit de Nancy. Au début de l’année universitaire, nous avons du faire un choix entre la rédaction d’un mémoire théorique et la réalisation d’un projet culturel. Nous avons décidé de nous associer afin de réaliser un évènement autour de la danse contemporaine et des œuvres d’arts, pensant que cela serait beaucoup plus enrichissant pour nous.

Danse Joris 01

© AA Picaud – L Wolferr

 

O : Comment avez-vous monté le projet, connaissiez-vous déjà Sosana Marcelino et Joris Perez?

Anne-alexandra Picaud : Notre projet avait pour objectif de mettre en lumière les œuvres d’art grâce à la danse contemporaine.

Laudrenn : Nous avons été mises en contact avec le musée de l’Ecole de Nancy en la personne d’Emmanuelle Guiotat grâce à notre professeur d’histoire de l’art Monsieur Christophe Rodermann. S’en est suive une longue collaboration avec cette dernière avec qui nous avons sélectionné les pièces où les danseurs interviendraient, ainsi que les dates. Au cours de ses nombreux échanges, il a été décidé qu’il s’agirait de visites guidées dansées à double voix réalisées par Lucie COLLOT.

Anne-Alexandra : Voulant mettre en avant la danse contemporaine, nous avons contacté le Ballet de Lorraine afin de savoir si des danseurs étaient intéressés pour nous aider à réaliser ce projet. Nous avons eu rendez-vous avec Émilie Kieffer, chargée de l’action culturelle au CCN-Ballet de Lorraine, qui nous a mises en relation avec Joris Perez. Joris ne pouvant pas assurer toutes les représentations, Émilie nous a mis en relation avec Sosana Marcelino qui s’avérait disponible pour remplacer Joris.

Danse Joris 11

© AA Picaud – L Wolferr

O : Pourquoi l’Art Nouveau ?

Anne-Alexandra : Nous avons choisi de mêler l’art nouveau et la danse contemporaine car sont deux arts complémentaires. En effet la danse contemporaine est une danse souple permettant de reprendre les caractéristiques premières de l’art nouveau qui sont les lignes courbes, la vitalité et l’omniprésence de la nature.

O. : Quelles solutions avez-vous trouvé pour contourner les complexités d’une performance au milieu d’œuvres d’art?

Laudrenn : Notre projet étant de mettre en avant les œuvres d’art, il était nécessaire pour nous que les danseurs puissent accéder aux pièces et y rentrer pour pouvoir interpréter leurs danses. Emmanuelle était réticente au départ face à notre demande mais suite à l’intervention de Joris et à son explication concernant la danse contemporaine qui peut être une danse statique, Emmanuelle a accepté de reconsidérer la demande et de soumettre l’idée au conservateur. Au final, notre demande a été acceptée et les danseurs ont pu rentrer dans les pièces. Cependant, ils devaient impérativement respecter une certaine distance avec les œuvres.

O. : Après cette série de représentations, quel est votre impression?

Anne-Alexandra : La première représentation nous a servi de “pré-générale” et a pu dévoiler quelques failles dans l’organisation. Elle nous a permis de régler quelques débordement de la part de la danseuse. Dans l’ensemble nous avons constaté que le public était enchanté du résultat et appréciait la combinaison de commentaires de la guide et d’intervention des danseurs.

Laudrenn : Cette expérience fut très enrichissante d’un point de vue humain grâce à la rencontre de personnes véritablement motivées pour nous apporter leur aide et faire en sorte que les choses se déroulent pour le mieux. Grâce à cet évènement, nous avons obtenu de nombreux contacts sur qui nous pouvons compter pour de futurs projets.

Anne-Alexandra: Malgré quelques contrariétés, nous sommes très fières d’avoir mené ce projet à terme et nous avons été émues de constater l’impact des représentations sur le public qui fut réellement enchanté par cette initiative. Certains liens se sont créés au cours de l’élaboration du projet que nous ne sommes pas prêtes d’oublier et que nous allons entretenir dans le futur, nous l’espérons!

Danse Joris 05

© AA Picaud – L Wolferr

Et le musée lui aussi ! Rendez-vous bientôt au musée pour d’autres expériences inédites et originales…

Quand les enfants interprètent l’Art nouveau…

jeudi 16 juin 2016

Lors de la Nuit des musées, le 17 mai dernier, était présenté au musée le travail des classes ayant participé au cours de l’année à l’opération “La classe, l’œuvre!”.

Fruit d’un partenariat entre les ministères de la Culture et de la Communication et de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, « La classe, l’œuvre ! » est un dispositif d’éducation artistique et culturelle qui repose sur la collaboration étroite entre une classe et un musée de proximité.

Il invite les élèves à étudier une ou plusieurs œuvres du musée partenaire durant l’année, à imaginer des productions en lien avec l’œuvre (textes littéraires, créations sonores, visuelles, chorégraphiques, etc.) et à concevoir une médiation des œuvres étudiées, pouvant ensuite être présentée aux visiteurs lors de la Nuit des musées.

En 2016, des classes de CE2 – CM1-CM2 des écoles Charlemagne et Boudonville de Nancy ont ainsi travaillé autour d’une œuvre emblématique du musée, l‘Amphore du Roi Salomon d’Émile Gallé, réalisée pour l’exposition universelle de 1900.

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Cette pièce, de dimensions exceptionnelles, a été inspirée à Gallé par le conte “La Rêveuse” de Marcel Schwob. Elle porte d’ailleurs une citation gravée extraite du texte: ” Cette cruche habitait/ autrefois l’océan/ elle contenait un génie qui était prince/ fille sage saurait briser enchantement/ par permission du roi Salomon/ qui a donné la voix aux mandragores/ Marcel Schwob”. L’héroïne du récit, Marjolaine, convaincue qu’elle est cette jeune fille sage, laisse passer sa vie dans l’attente du prince, au lieu de saisir un bonheur plus réel. Gallé en fait une œuvre politique, dans le contexte de l’affaire Dreyfus qui divise alors la France. Il place l’amphore au centre de son four verrier, parée du sceau du roi Salomon, se plaçant ainsi de manière visible dans le camp des Dreyfusards.

Le travail des classes autour de cette œuvre les invitait dans un premier temps à découvrir un lieu, un mouvement artistique et des artistes ayant travaillé dans un environnement proche et familier. Il s’agissait ensuite d’approfondir cette rencontre avec l’objet d’art afin d’amener les enfants à l’interpréter puis à imaginer une création plastique.

Les classes de l’école Boudonville ont travaillé sur le texte du conte, dans lequel figurent en tout 7 amphores. Ils ont ensuite réalisé 7 versions ce ces amphores à partir de bouteilles en plastique recyclées, qui leur ont permis de travailler sur l’idée de la transparence / opacité et sur la notion de récupération et de recyclage. Ils ont d’ailleurs placé à l’intérieur de leurs amphores des segments de la devise de Gallé “Ma racine est au fond des bois parmi les mousses, autour des sources”.

visuel 1

L’une des 7 cruches de Marjolaine, celle “pareille à l’énorme cupule azurée d’une fleur australe”, et qui contient “tout le ciel du paradis terrestre et les fruits riches de l’arbre, et les écailles enflammées du serpent, et le glaive ardent de l’ange”…

visuel 2

Et la cruche dans laquelle “Giauharé avait enclos toutes ses robes marines, tissées d’algues et tachées de la pourpre des coquillages”…

 

Parallèlement, ils ont été invité à travailler sur la création de textes à partir de deux amorces inspirées par le conte: “Si j’avais sept amphores…” et “C’est bien d’aller au musée de l’Ecole de Nancy la nuit, à la manière de Philippe Delerme…”

En voici deux exemples:

Si j’avais sept amphores,

Je dessinerais la première avec la couleur grise de mon crayon.

La seconde serait peinte aux couleurs vives de l’arc en ciel.

Sur la troisième, je graverais un cœur dans la pierre.

Je sculpterais la quatrième avec la couleur de la brique.

La cinquième en terre cuite.

La sixième serait en verre rose fuschia.

Et la septième rassemblerait la beauté de toutes les autres.

 Marie-Lou, CM1

«  C’est bien d’aller au Musée Ecole de Nancy la nuit…  »

En principe, on y va le matin, le jour ou encore l’après-midi , mais sûrement pas la nuit…surtout que c’est interdit. Alors, un jour, un jour pas comme les autres, on se décide pour y aller la nuit, mais on a peur. On sort de la maison et on se fait le plus discret possible pour ne pas éveiller les parents. On regarde bien partout pour ne pas se faire remarquer. Après quelque temps de marche, seul dans la nuit, on aperçoit le musée au loin. Quand on arrive, c’est là, à ce moment précis, qu’on a le plus peur. On regarde si la grande porte du musée est ouverte et là, miracle, elle est ouverte. Alors on se faufile et on découvre  tous les secrets du musée. On voit des vases de plusieurs couleurs tous plus beaux les uns que les autres, quelques tableaux aussi, des meubles originaux et des vitraux multicolores. Ensuite, on monte un grand escalier et on découvre un lit qui nous intrigue.  On regarde, on déchiffre des noms qui nous paraissent inconnus. Aube et Crépuscule. Et puis on découvre une chose verte. C’est une amphore. Il y en a deux  : une assez récente d’un vert clair magnifique bien scellée et une plus ancienne qui nous intrigue davantage encore. On aimerait en percer le mystère. Juste après, on regarde notre montre. «  Minuit  » déjà. On se précipite et on rentre chez soi. On se glisse alors sous les grandes et moelleuses couvertures de notre lit….et on s’endort en rêvant à toutes ces belles choses…

 C’est bien d’aller au Musée de l’École de Nancy la nuit  .

 Camille CM1

Pour l’École Charlemagne, le conte de Marcel Schwob a lui aussi été au cœur de la réflexion des enfants autour de l’œuvre de Gallé.

Les élèves en ont sorti l’idée qu’il fallait pleinement vivre sa vie. Ils ont alors choisi un tableau qui évoquait le plaisir de vivre comme la danse, le cirque, la musique…, en lien avec ce qu’ils aiment faire de leur propre vie. Chaque élève a reproduit de manière personnelle le tableau choisi. Dans une démarche surréaliste, les élèves ont intégrés dans leur tableau, une amphore, un livre et un objet témoins des activités qu’ils aiment pratiquer. Ces compositions ont été disposées dans un mini-cabinet de curiosités.

Le cabinet de curiosités de l'école Charlemagne

Le cabinet de curiosités de l’école Charlemagne

Parallèlement, les élèves ont participé à un atelier musical dirigé par Laurie Olivier, intervenante en musique, et conçu un spectacle autour du thème de l’amphore du roi Salomon d’Emile Gallé. La représentation a eu lieu en mars 2016 au Conservatoire de Musique de Nancy. Voici le texte lu par un élève, au début du spectacle :

« Cette cruche habitait autrefois l’Océan, Elle contenait un génie qui était prince. Fille sage saurait briser l’enchantement. Avec la permission du roi Salomon Qui a donné la voix aux mandragores.” Cet extrait du conte « La rêveuse » écrit par Marcel Schwob est gravé sur l’amphore du roi Salomon, réalisée par Émile Gallé. Cette amphore évoque, à travers son camaïeu de verts,  de bleus et ses petits coquillages gravés, le monde marin.  Aussi, avons-nous choisi d’interpréter cet univers de la mer à travers une chorégraphie musicale tout en rythme,  en chant et dans une danse gestuelle poétique. Nous vous invitons dès à présent à découvrir dans ce voyage aquatique, une anémone des mers. »

Le spectacle des enfants au conservatoire

Le spectacle des enfants au conservatoire

Lors de la Nuit des musées, les élèves sont également devenus médiateurs, pour présenter et partager leur travail. Une manière de prolonger un peu l’expérience…

Un visiteur de la Nuit des musées, très attentif aux explications des enfants...

Un visiteur de la Nuit des musées, très attentif aux explications des enfants…

Bravo aux élèves pour leur implication et leur beau travail, ainsi qu’à leurs professeurs, Laetita Bessot et Véronique Pierrat de l’école de Boudonville, et Mme Iacono  de l’école Charlemagne, motivés et engagés !

Rendez-vous l’année prochaine, pour de nouvelles créations!

Les femmes du musée…

mardi 8 mars 2016
Victor Prouvé, portrait des demoiselles Moulin, 1903. M%usée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Victor Prouvé, portrait des demoiselles Moulin, 1903. Musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Nous avons déjà évoqué l’absence remarquée de membres féminins dans la fondation de l’École de Nancy et plus généralement parmi les artistes nancéiens.

Rose Wild ou Madeleine Deville sont les seules à avoir laissé leurs noms sur des œuvres conservées au musée. Pourtant l’influence  des femmes dans l’École de Nancy fut décisive: Henriette Gallé, Jika Majorelle… comme dit le proverbe, “derrière chaque grand homme, il y a une femme”!

Barco Nancy  photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

Barco Nancy photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

En 1962, Françoise-Thérèse Charpentier devient la première conservatrice du nouveau musée de l’École de Nancy ouvert dans l’ancienne propriété Corbin. Grâce à ses liens privilégiés avec les filles d’Émile Gallé notamment, elle contribue par un intense travail de fond  à la redécouverte du mouvement, couronnée par l’exposition consacrée à Émile Gallé à Paris en 1985.

F-T Charpentier (en blanc) lors de l'inauguration du musée le 26 juin 1964. Photo archives M. Daum, MBA Nancy

F-T Charpentier (en blanc) lors de l’inauguration du musée le 26 juin 1964. Photo archives M. Daum, MBA Nancy

Aujourd’hui, c’est toujours une conservatrice, Valérie Thomas, qui  dirige le musée depuis 20 ans!

En cette journée de la femme, hommage à celles qui œuvrent au musée de l’École de Nancy! Chacune dans leur spécialité, elles contribuent à le faire rayonner…

Une partie de l'équipe du musée en 2014

Une partie de l’équipe du musée en 2014

Nos agent(e)s d’entretien: Malika, Françoise et Berthe, ainsi que Laetitia à la Villa Majorelle

Nos agent(e)s d’accueil: Smahane, Jacqueline, Nathalie, Tracy et Jeanine

Et nos vacataires: Hélène, Ursule, Anaïs et Olivia

Nos guides- conférencières: Kathy, Lucie, Christine, Prescilla et Ghislaine pour les ateliers

Notre documentaliste: Blandine

Notre responsable des publics: Emmanuelle

Notre responsable du service des publics: Véronique

Notre chargée de la communication: Véronique

Notre agent comptable et administratif: Ingrid

Notre directrice administrative: Monia

Notre bénévole: Roselyne

Notre directrice: Valérie

Et une petite pensée aussi pour celles qui sont parties mais qui ont laissé leur marque: Anne-Laure, Raymonde, Francine, Françoise, (les) Dominique, Hélène… et bien sûr Monique (†)

Et à sa manière, Mie, la petite mascotte du musée qui nous a quitté hier, participait elle aussi au rayonnement du musée.

 

Mie, la petite pensionnaire du musée...

Mie, la petite pensionnaire du musée…

C’était le Nouvel An Chinois!

jeudi 11 février 2016

Même si c’est davantage vers le Japon que se sont tournés les artistes de l’École de Nancy, plusieurs pièces montrent des détails d’inspiration chinoise. Il semblerait d’ailleurs que depuis Nancy, on ne faisait pas toujours la différence!  Voici donc notre hommage pour l’année du singe!

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Année du singe oblige: une assiette à décor de singe et fleurs, par Émile Gallé. ©MEN, photo M. Bourguet

 

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Ce cache-pot à tête de chien Fô ou Shishi, s’inspire des lions gardiens des temples que l’on trouve tant en Chine qu’au Japon. (Émile Gallé) © MEN, photo C. Philippot

 

BD Emile Gallé, porte pinceau Chasseur oriental, vers 1884. Cliché MEN D. Boyer

Le personnage à chapeau de paille qui se cache dans les bambous géants est un “chasseur oriental”, créé par Émile Gallé vers 1884. Il décore un objet dit “porte-pinceaux”. © MEN, cliché D. Boyer

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Émile Gallé ne craint pas le mélange des genres: ce dragon si populaire dans l’imagerie chinoise a pour pendant un lion héraldique…© MEN, cliché D. Boyer

 

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Le piano d’Auguste Majorelle, médaille d’or à l’Exposition universelle de 1878, associe les motifs chinois des chiens Fô (pour les pieds) à des personnages vêtus de kimonos japonisants. Surtout, la technique du vernis Martin, héritée du 18ème siècle, exprime le goût du décor “à la chinoise” imitant les laques. © MEN, cliché D. Boyer

Pour en savoir plus sur le vernis martin, c’est ici

 

Sans titre

L’œil de la romancière Edmonde Charles-Roux sur Victor Prouvé

jeudi 21 janvier 2016

En 1999, la romancière et membre de l’Académie Goncourt, Edmonde Charles-Roux livre dans sa préface au catalogue de l’exposition proposée à la Douëra à Malzéville son regard sur Victor Prouvé, sur l’École de Nancy et sur 1999, année où se superposent les grandes expositions nancéiennes et Le Temps du Maroc en France.

Charles-Roux 1Charles-Roux 2Extrait du catalogue de l’exposition “Victor Prouvé: Voyages en Tunisie; 1888-1890″, La Douëra – Ville de Malzéville, 12 mai – 27 juin 1999, publié aux Editions Serpenoise.

L’encre noire de la calomnie…

lundi 14 décembre 2015
E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

Parmi les œuvres conçues par Gallé pour l’Exposition universelle de 1900, et présentées dans l’exposition actuellement au musée des Beaux-Arts, vous n’aurez pas manqué de remarquer cette fiole à encre, intitulée La Calomnie, prêtée par le Kitazawa museum of art (Japon). Cette pièce était présentée dans l’une des deux vitrines encadrant le four verrier, Les Granges.

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Appelée aussi Les Baies de sureau, cette gourde est décrite ainsi par Louis de Fourcaud (1), le premier biographe de Gallé : « Sous le coup d’émotions violentes nées d’évènements publics, le peintre exécutait, toujours d’après les inventions de figures de M. Prouvé, et montrait en 1900 une fiole à encre, les Baies de sureau, au camée d’un bleu sinistre, stigmatisée d’une effigie de la Calomnie ». Sur la base renflée se détache en faible relief un visage de sorcière en train d’écrire des accusations mensongères, personnifiant le mot « calomnie » inscrit en intaille, tandis que les baies de sureau évoquent, sur la partie supérieure, aussi bien la couleur de l’encre d’imprimerie que la noirceur des accusations proférées pendant l’Affaire Dreyfus.

Détail du vase La Calomnie

Détail du vase La Calomnie

Le rôle de la presse y est capital, en effet, y compris à Nancy. Dès le 23 janvier 1898, Gallé, qui vient de signer la deuxième protestation des intellectuels à la suite de la publication du « J’accuse » d’Émile Zola, écrit au Progrès de l’Est pour expliquer sa position : « Dans le Progrès (…), on lisait hier que j’ai signé une protestation en faveur de Dreyfus. La rédaction que j’ai signée est écrite dans un esprit différent. Elle ne prétend nullement se prononcer sur l’innocence, pas plus que sur la culpabilité, personne de nous n’en possédant les preuves. Elle se borne à demander, pour tous les accusés sans exception, le maintien et l’observation des garanties stipulées par la loi française. (…) On ne pourra bientôt plus souhaiter la lumière, parler de justice et de vérité, sans passer pour un mauvais patriote. Il est douloureux d’avoir à le constater. » (2) Malgré ce positionnement plutôt en retrait, Gallé est immédiatement attaqué par les antidreyfusards, et en particulier son « ami » Maurice Barrès. Celui-ci critique violemment les signataires de la protestation en ces termes : « Ces intellectuels sont un déchet fatal dans l’effort tenté par la société pour créer une élite. Dans toute opération, il y a ainsi un pourcentage de sacrifiés. Un verrier m’a souvent expliqué ce qu’il perd de pots pour un qui réussit. » (3) L’allusion évidente n’échappe pas à Gallé qui rompt avec panache leur amitié dans une lettre publiée dans l’Aurore en usant d’une citation extraite des Déracinés du même Barrès (4) ! Celui-ci est alors rédacteur en chef du Courrier de l’Est, dont il fait l’organe de ses convictions nationalistes et antisémites. Face à une presse locale massivement antidreyfusarde, de L’Est républicain à La Croix de l’Est en passant par Le Petit Antijuif de l’Est de Drumont (5), le Progrès de l’Est est la seule tribune ouverte aux partisans de Dreyfus. L’hostilité exprimée envers ces derniers tend à une violence inouïe, distillant un climat délétère à Nancy. Le Progrès déposera le bilan en décembre 1900. Dans l’urgence, le Comité républicain du commerce et de l’industrie, les dreyfusards nancéiens, les membres de la Ligue de défense des droits de l’Homme et les francs-maçons du Grand Orient fondent L’Étoile de L’Est, dont le premier numéro paraît le 2 janvier 1901 (5).

 

E. Gallé, sept projets pour l'en-tête de l'Etoile de l'Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

E. Gallé, sept projets pour l’en-tête de l’Etoile de l’Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

« J’ai constamment des vertiges et cette affaire me donne des angoisses qui ne me laisseront bientôt plus dormir », écrit Gallé dans une lettre datée du 19 octobre 1898 (6). En quelques mois, l’Affaire a pris une ampleur inouïe en France, et dans la vie du verrier. Informé de manière très précise par des proches de l’Affaire (voir article précédent), Gallé n’a de cesse que de participer activement à la réparation de l’injustice. Souvent attaqué dans la presse, directement ou par allusions, il prend le temps de répondre point par point, si bien qu’un journaliste de l’Est républicain se dit « persécuté (…) par l’exquis poète verrier M. Émile Gallé. » (7) Le «plus beau lapin de la Garenne » (8), pourtant, ne cède jamais. Le vase La Calomnie apparaît ainsi comme une réponse subtile et poétique face aux injures faite à Dreyfus et face au dénigrement haineux qui entoure le « ménage de verriers », et ses proches (9).
Au-delà de la polémique épistolière, se pose surtout pour Gallé la question cruciale de l’opportunité de se servir de son art pour appuyer son combat. Lui qui n’hésitait pas en 1889 (10) à rappeler à la France ses devoirs envers les territoires annexés en 1871, proclame qu’ « Aujourd’hui, il faut jeter des fleurs sous les pieds des barbares ! Il faut répandre la grâce touchante de leur mort sur les objets les plus modestes !» (11). Le mode opératoire cependant a évolué entre 1889 et la préparation de l’Exposition universelle de 1900. Le langage de Gallé, fortement symbolique et poétique, n’est plus aussi évident, et les références à l’Affaire ne sont pas toutes aisées à comprendre. Pourtant l’allusion politique est manifeste, et Gallé manie avec une dextérité rare l’association d’un décor symbolique, d’un message poético-politique et d’un matériau aux effets expressifs. Le verre, plus que jamais sait révéler ou masquer ces vérités et complots qui gangrènent la IIIème République.

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Avec Les Hommes noirs (MEN) et le vase d’accueil Pomme de sapin (collection particulière), La Calomnie est la troisième pièce dont le décor est commandé à Victor Prouvé à cette occasion. Comme pour chaque grande exposition depuis 1884, Gallé fait appel à Prouvé pour les pièces importantes sur lesquelles il souhaite utiliser la figure humaine. Les trois pièces se caractérisent par le choix de coloris sombres, symbolisant, au moins pour les Hommes noirs et La Calomnie, « la boue noire d’où sortent des êtres misérables », l’obscurantisme et le complot qui entourent l’affaire Dreyfus. Face à ces noirceurs, Gallé ose espérer que « la vérité s’allumera comme une lampe »(12). Le cas du vase Pomme de sapin (appelé aussi Pitié ou Charité), dont on ignore d’ailleurs s’il figura effectivement à l’Exposition, est plus complexe (13). Une lettre de Gallé à Prouvé datée de 1899 éclaire néanmoins son sens et sa place dans un programme décoratif très préparé : « Cette pièce devra faire partie d’une série rêvée par moi de Fruits spirituels, les uns bons et les autres mauvais. Celle-ci sera la pomme de sapin (…) formant ainsi cadre au sujet inspiré de ce thème : car j’ai eu froid et vous m’avez réchauffé, J’étais étranger et vous m’avez recueilli. » Gallé cite ici l’Evangile selon St Mathieu (25.35). La référence biblique est justement présente sur plusieurs œuvres dreyfusardes de l’exposition, comme cette citation tirée du Livre d’Isaï, Sicut hortus semen suum germinat , sic Deus germinabit Justitiam (De même que le jardin fait germer la semence, Dieu fera germer la justice), inscrite sur une table à thé.

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

L’engagement de Gallé en faveur de Dreyfus acquiert ici une nouvelle nuance. Gallé n’est pas seulement critiqué parce que dreyfusard, mais aussi parce que protestant. La presse nationaliste agite alors le spectre effrayant d’un syndicat dreyfusard à la solde de l’Allemagne regroupant francs-maçons, juifs et protestants. A de nombreuses reprises, on comprend combien est intolérable pour Gallé l’usage –détourné-  du christianisme par les antidreyfusards catholiques. Ce sentiment est rendu avec une grande sensibilité dans Le Figuier, où Gallé a « sculpté avec piété et douleur le signe auguste d’un plus oublié encore, et qui souffrit et mourut pour avoir promis qu’ « heureux seront ceux qui ont faim et soif de justice, parce qu’ils seront rassasiés »(14). Ce vase en forme de calice, décoré de larmes de verre, du figuier et du chrisme, invite à réconcilier dans la communion chrétiens et juifs, au nom de ces paroles extraites des Contemplations de Victor Hugo : « Car tous les hommes sont les fils d’un même père/ Ils sont la même larme. Ils sortent du même œil ».

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Dans les années qui suivent l’exposition universelle, Gallé s’investit plus encore dans le champ politique. En 1902, il devient président d’honneur de la Fédération républicaine de Meurthe-et-Moselle, puis président d’honneur de l’association Gambettiste, alors qu’au même moment,  la liste nationaliste et antirépublicaine remporte les élections législatives à Nancy.

Ces positions fragilisent son œuvre de réunion des entreprises artistiques lorraines au sein de l’École de Nancy, comme en témoigne la lettre de Victor Prouvé de mai 1902 : « le nationalisme et le reste n’ont rien à faire en cette circonstance, pour ce qui concerne l’École de Nancy. Ce n’est qu’avec l’absence d’allusions malheureuses, de parti pris que tous adhèreront ».
Le poids de l’affaire Dreyfus pèse sur Gallé jusqu’à son décès. Si les hommages unanimes célèbrent avant tout l’artiste, ils passent sous silence son engagement dreyfusard, à l’exception notable de L’Est républicain  qui « regrette de devoir faire une réserve d’ordre politique sur cette tombe à peine fermée », le 26 septembre 1904. A cela Gallé aurait pu lui-même répondre :
«Mes travaux m’interdisent, comme vous le pensez, de prendre une part active aux affaires publiques. Je n’en ai pas moins constaté, dans les malheureuses années que nous venons de traverser, les défaillances de tristes spécialistes à qui leur pays avait confié la garde des principes fondamentaux de nos libertés. J’ai vu se commettre des forfaits sans expiation, sans réparation. (…)
Je suis prêt, le cas échéant, à protester encore. C’est le droit, c’est le devoir d’un honnête homme, d’un citoyen. » (15)

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

(1) « Emile Gallé », in La revue de l’art ancien et moderne, octobre 1902, pp. 281-296.
(2) Lettre publiée par le Progrès de l’Est le 24 janvier 1898.
(3) In Le Journal, 1er février 1898
(4) Lettre reproduite dans B. Tillier, Emile Gallé. Le verrier Dreyfusard, 2004, pp. 56-57, publiée dans l’Aurore le 15 février 1898.
(5) Gallé dessine l’en-tête du journal représentant une étoile aux rayons dirigés vers les clochers nancéiens. A voir dans l’exposition.
(6) Citée par F-Th. Charpentier, Émile Gallé, industriel et poète, Nancy, 1981.
(7) 16 décembre 1898, cité par Tillier, op. cit., pp. 57-58.
(8) Emile Gallé est ainsi qualifié, en référence à l’adresse de son usine, dans un article du Petit Antijuif de l’Est du 31 juillet 1900 relatif à l’ouverture du Lycée Jeanne d’Arc.
(9) Lettre à Joseph Reinach, le 20 novembre 1898, citée par Tillier, op. cit., p. 62.
(10)Par exemple sur la table Le Rhin (MEN)
(11)In Revue des arts décoratifs, avril 1898.
(12) Inscription figurant sur la lampe bulbe (cat.102), conservée au Badisches Landesmuseum de Karlsruhe.
(13) Ce vase a été exposé en 2008, lors de l’exposition « Victor Prouvé. Les années de l’École de Nancy », (cat.144)
(14) E. Gallé, « Mes envois au salon », in Revue des Arts décoratifs, 1898, pp. 144-148
(15) Le Temps, 13 décembre 1902.

Bibliographie :

B. Tillier, Emile Gallé, le verrier Dreyfusard, Paris, 2004
F. Parmantier, « Gallé le Dreyfusard », in Arts nouveaux, n°22, 2006, pp. 24-29.
Id. « Emile Gallé et Victor Prouvé, « ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front », in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Paris, 2015, pp .15-35.

Émile Gallé et le Club de l’Art Social

mercredi 11 novembre 2015

COnférence

Vendredi 20 novembre, à 18h30, Bertrand TILLIER, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université de Bourgogne et directeur du Centre Georges Chevrier (UMR CNRS 7366), proposera une conférence intitulée:

Aux origines d’un engagement: Émile Gallé et le Club de l’Art social

Cet éphémère club de réflexion et de discussion fut créé et animé par le critique d’art et militant anarchiste Adolphe Tarabant (1863-1950) entre  1889 et 1890. Fréquenté par des intellectuels, des personnalités de la vie politique et des artistes, il s’était donné pour mission de polémiquer, sous forme de manifeste surtout, autour de trois motivations:  développer diverses activités dans les milieux populaires pour mettre l’art à la portée de tous, promouvoir des pratiques artistiques au sein même de la classe ouvrière et valoriser des formes de créations artistiques populaires.

Les sources confirment la participation d’Émile Gallé à ce club, dans lequel il put s’initier à quelques unes des idées qu’il défendit avec force au cours de la décennie suivante.

En attendant la conférence, pour en savoir plus sur le Club de l’Art Social, suivez ce lien: http://inha.revues.org/5637

 

La conférence a lieu à l’auditorium du musée des Beaux-Arts , entrée rue Gustave Simon. Entrée libre, sans réservation et dans la limite des places disponibles.

Une conférence organisée par le musée de l’École de Nancy et l’Association des Amis du musée de l’École de Nancy.

Le saviez-vous? Charles Keller, alias Jacques Turbin

mardi 10 novembre 2015
Victor Prouvé, portrait de Jacques Turbin (Charles Keller), Lunéville, musée du château des Lumières (c) Musée du château des Lumières. Photo T. Frantz, CG 54.

Victor Prouvé, portrait de Jacques Turbin (Charles Keller), Lunéville, musée du château des Lumières (c) Musée du château des Lumières. Photo T. Frantz, CG 54.

 

Dans la galerie des portraits des acteurs de la vie culturelle et politique nancéienne à la fin du parcours de l’exposition L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, celui de Jacques Turbin – Charles Keller, retient tout particulièrement l’attention. Outre sa carrure large et sa posture décontractée, Charles Keller y est figuré accompagné d’attributs se référant à ses idées révolutionnaires: L’Ennemi des lois de Maurice Barrès, dont le héros est condamné à la prison pour propagande anarchiste, et une feuille de papier sur laquelle on distingue en rouge un scorpion stylisé avec ses deux morsures et une main, que l’on pourrait interpréter comme des symboles anarchistes.

Détail

Détail

Né à Mulhouse, ville alsacienne très industrielle, Charles Keller est tout d’abord ingénieur civil. Congédié en raison de son militantisme, il quitte l’Alsace pour Paris où il entre dans l’Association internationale des Travailleurs (AIT), la Première Internationale fondée par Marx en 1864. Il rencontre Elisée et Elie Reclus ainsi qu’Aristide Rey, militants pacifistes de la mouvance anarchiste au sein de l’AIT. En 1870, Keller écrit son premier poème insurrectionnel, La Jurassienne, mis en musique en 1874 par James Guillaume :

Ouvrier, la faim te tord les entrailles
Et te fait le regard creux,
Toi qui, sans repos ni trêve, travailles
Pour le ventre des heureux.
Ta femme s’échine, et tes enfants maigres
Sont des vieillards à douze ans ;
Ton sort est plus dur que celui des nègres
Sous les fouets abrutissants.

Nègre de l’usine,
Forçat de la mine,
Ilote du champ,
Lève-toi, peuple puissant !
Ouvrier prend la machine,
Prends la terre, paysan !
(Écouter la Jurassienne)

Ce choix du chant poétique populaire s’inscrit dans la tradition révolutionnaire française : La Marseillaise, bien sûr, mais aussi Le Temps des cerises ou les chansons de Béranger (1).

Keller devient franc-tireur dans l’armée française en 1870, et rejoint Paris à la fin des combats. Il s’y trouve lors de la « Semaine sanglante » qui met fin au soulèvement de la Commune de Paris (mars-mai 1871). Blessé sur une barricade, il parvient à s’enfuir, échappant ainsi à la violente répression versaillaise et à l’exil. Réfugié en Suisse, il adhère à la Fédération jurassienne crée par Bakounine et Elisée Reclus. En 1880, l’amnistie des communards est prononcée, Keller peut rentrer en France. Il s’installe à Nancy où vit sa cousine, Henriette Gallé-Grimm.

Marié depuis 1876 à Mathilde Roederer, amie d’enfance d’Henriette, Keller aurait pu alors mener la vie rangée de notable, que lui offre l’aisance financière apportée par son mariage. Mais il ne renonce pas à ses idéaux et cherche sa propre voie de revendication.

” Il n’était d’aucune école et ne suivait aucune loi, écrivait sa femme à J. Guillaume ; comme tempérament, il était d’ailleurs plus près des anarchistes, mais sans se ranger sous aucune bannière. Il avait horreur de l’esprit fermé des coteries. “(2)

Keller poursuit l’écriture de chants révolutionnaires et les met lui-même en musique. En 1890, il compose le poème qui accompagne le vase de Gallé, Dragon et Pélican, offert à l’irlandais William O’Brien. Les deux hommes sont proches et partagent les mêmes convictions républicaines. En 1899, on les trouve réunis au sein de la section nancéienne de la Ligue de défense des droits de l’Homme puis lors de la création de l’Université populaire, en 1900.

Keller compose sous le pseudonyme de Jacques Turbin, clin d’œil à la jacquerie et au travail… Pour lui l’émancipation du travailleur, l’amélioration de sa condition doivent venir de lui-même. « L’acte seul fait du révolté/ l’invincible maître de l’heure/(…) Prolétaires du monde entier/délivrez-vous de vous-même » (La Prolétarienne, 1903). Keller appelle à la Grève générale (1906) et à l’Action directe (1907)!

Prouve, la Greve generale, Nancy, musee Lorrain (c) musee Lorrain

V. Prouvé, couverture de la partition La Grève générale de Jacques Turbin, Nancy, musée Lorrain (c) Musée Lorrain

Debout les gars de tout métier,
De tout pays, du monde entier !
Faisons partout, d’un libre accord,
Au même instant le même effort :
Mettons nous tous en grève !
(Écouter La Grève générale)

Victor Prouvé, illustration pour la partition L'Action directe de Jacques Turbin. Nancy, musée Lorrain (c) musée Lorrain

Victor Prouvé, illustration pour la partition L’Action directe de Jacques Turbin. Nancy, musée Lorrain (c) musée Lorrain

Serfs mornes de la plèbe,
Serfs tristes des cités,
Nous qui formons la plèbe,
La plèbe,
Debout, les Révoltés !
(Écouter L’Action directe)

Victor Prouvé, autre ami proche, illustre ces chansons de Keller, dans une iconographie qui efface la violence de l’appel lancé par Keller. L’ouvrier conduisant la « Grève générale » semble entrainer la foule dans une joyeuse farandole fleurie plutôt que dans une révolte revendicatrice. Fidèle à l’idéal républicain de paix et d’harmonie qu’on retrouve dans ses compositions de décors publics, Prouvé entraine ici la chanson révolutionnaire de Keller vers des idées plus pacifiques et optimistes.

L’Université populaire participe pleinement à cette nécessité, révélée par l’affaire Dreyfus, de trouver les moyens de protéger le peuple de la démagogie antisémite et nationaliste. Charles Keller finance pour l’Université populaire la construction d’un bâtiment rue Drouin, la Maison du Peuple, inaugurée en janvier 1902. L’anarchiste est devenu mécène… Pourtant le programme décoratif, confié à Prouvé, réaffirme une fois encore son attachement sans faille à la défense de l’ouvrier. Le Travail et la Pensée Libre contribuent ensemble au progrès de la société.

La Maison du Peuple, rue Drouin. Architecte: Paul Charbonnier; décor: Victor Prouvé et Eugène Vallin. (c) MEN, cliché D. Boyer

La Maison du Peuple, rue Drouin. Architecte: Paul Charbonnier; décor: Victor Prouvé et Eugène Vallin. (c) MEN, cliché D. Boyer

Le déclin progressif du succès de l’Université populaire auprès du monde ouvrier, lié au développement de l’influence syndicale et à la radicalisation du mouvement ouvrier, conduit Keller a choisir de mettre les locaux de la Maison du Peuple à la disposition de la Fédération des syndicats.

175 Maison du peuple Nancy

Affiche de la Maison du Peuple, 1901 (c) CEDIAS-Musée social / Levillain Kovalsy

 

Charles Keller meurt en 1913. Prouvé lui rend hommage par ces mots : « Ma reconnaissance est grande pour cet homme qui a hautement, largement, contribué à parfaire mon éducation d’homme »

Si vous vous promenez en Bretagne, du côté de Carnac, vous rencontrerez peut-être la pointe Keller, au Ty Bihan. Loin de son Alsace natale, Keller a participé aux fouilles archéologiques du Tumulus Saint Michel avec l’archéologue Zacharie Le Rouzic, lui apportant son soutien moral et financier. Il fait construire une villa près de Carnac où ses amis nancéiens viennent en vacances. Un curieux objet en verre de Gallé rappelle l’un de ces séjours, en septembre 1898, et cette amicale réunion d’hommes de conviction autour du poulpe de Lufang…

 

E. Gallé, bloc de verre ou presse-papier portant l'inscription "Prouvé Gallé le Poulpe de Lufang/ Lufang 24 septembre 1898 Ch. Keller" Nancy, musée de l’École de Nancy. (c) MEN. Photo M. Bourguet

E. Gallé, bloc de verre ou presse-papier portant l’inscription “Prouvé Gallé le Poulpe de Lufang/ Lufang 24 septembre 1898 Ch. Keller”
Nancy, musée de l’École de Nancy. (c) MEN. Photo M. Bourguet

Ô Justice ! nous, les athées,
Les résignés du noir Néant,
Dans nos prunelles dilatées,
Par delà le tombeau béant,
A travers le temps et l’Espace
Nous verrons tes soleils levants,
Et nous contemplerons ta face,
Avec l’âme de nos enfants.

Notre foi

(1) Pierre –Jean de Béranger (1780-1857), pamphlétaire et auteur de chansons anticléricales, cité par Gallé, sur le vase Hommes noirs (1900, musée de l’Ecole de Nancy).

(2) Lettre de Mathilde Keller à James Guillaume, citée dans Maitron-en-ligne.

Bibliographie :

F ; Parmantier, « Emile Gallé et Victor Prouvé, « ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front » ; Jacqueline Amphoux, « Henriette Gallé-Grimm, une femme engagée », Didier Francfort « Musique et politique à Nancy à la Belle époque : autour de Charles Keller », Françoise Birck « L’Université populaire et l’Ecole de Nancy », in L’Ecole de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Somogy, 2015.

Maitron, dictionnaire biographique:

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/

A ne pas manquer pour en savoir plus:

- Mercredi 18 novembre à 16h: visite “Musique et chants engagés au temps de l’École de Nancy”, au musée des Beaux-Arts, avec la participation des élèves du Conservatoire régional de musique du Grand Nancy, qui interprèteront les chants de Charles Keller dans les salles d’exposition (sur réservation : 03.83.17.86.77 – servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr)- 4 € + billet

- Visites guidées de la Maison du Peuple:
samedi 14 novembre, 12 décembre et 16 janvier à 10h30
Sur réservation à la caisse du musée des Beaux-Arts -3 €

Une coiffeuse Majorelle pour le musée

vendredi 6 novembre 2015

Nouveauté dans les salles du musée à partir de la semaine prochaine… Une coiffeuse et son tabouret, signés Majorelle viennent s’installer grâce à la générosité de la SLAAM (Société Lorraine des Amis des Arts et des Musées).

Ces deux meubles appartiennent à un ensemble de chambre à coucher, conçu par la Maison Majorelle au début des années 1930, et sont restés jusqu’à aujourd’hui dans la famille des propriétaires d’origine.

Maison Majorelle, coiffeuse et tabouret, vers 1930. Acquise parla SLAAM au profit du musée

Maison Majorelle, coiffeuse et tabouret, vers 1930. Acquise parla SLAAM au profit du musée

 

En 2009, lors de l’exposition « Majorelle. Un art de vivre moderne » organisée aux Galeries Poirel, le musée de l’Ecole de Nancy avait présenté une coiffeuse et un tabouret à peu près identiques, provenant des descendants Majorelle. Dans le catalogue, Roselyne Bouvier, commissaire de cette manifestation, écrivait à son propos: Ce virage vers la modernité correspond aussi à l’arrivée, au sein de l’entreprise, de Pierre Majorelle (1903-1933), neveu de Louis, dernier fils de Jules, architecte diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, formé à l’Ecole Boulle et dans l’atelier familial pour y apprendre les règles du travail du bois. Il produit des meubles aux formes pleines, géométriques et rigoureuses, des meubles fonctionnels mais, respectant la tradition familiale, utilise des bois de placages, comme le noyer et la ronce pour un mobilier de salle à manger présenté au Salon des Artistes-Décorateurs de 1933. De même le bureau de dame et son tabouret (cat n°40) en acajou et placage de palissandre, par son caractère précieux, place cet ensemble dans la lignée du beau mobilier moderne d’ébénisterie tel qu’il est pratiqué par Eugène Printz (1889-1948) par exemple, donnant la priorité au bois alors que règne la grande vogue du métal. Pierre Majorelle disparaît cette même année, trop tôt pour donner une impulsion nouvelle.

La forme de la coiffeuse est très simple. La rigueur géométrique est juste contrebalancée par la présence de deux montants circulaires sur les côtés et par la rondeur du miroir placé sur le plateau du meuble. Le tabouret est une réplique de la coiffeuse, dans des dimensions plus petites et s’accorde parfaitement cette dernière. Malgré sa simplicité de formes, cet ensemble se révèle très élégant et raffiné, aspect accentué par la qualité des essences de bois utilisées.

Maison Majorelle, coiffeuse et tabouret, exposée à Nancy en 2005. (c) Collection particulière. Cliché Bergkrantz

Maison Majorelle, coiffeuse et tabouret, exposée à Nancy en 2005. (c) Collection particulière. Cliché Bergkrantz

Datés du début des années 1930, la coiffeuse et son tabouret sont situés en dehors du cadre chronologique des collections du Musée de l’Ecole de Nancy. Cependant, le musée conserve déjà quelques pièces des artistes nancéiens, postérieures à la 1ére guerre mondiale. En 1992, le musée a acquis un ensemble de chambre à coucher Art Déco de Majorelle, daté des années 1920.

Mobilier de chambre à coucher Majorelle des années 20, conservé au musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Mobilier de chambre à coucher Majorelle des années 20, conservé au musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Il était intéressant pour le musée de posséder une pièce représentative des années 1930, permettant d’évoquer la poursuite de la production des maisons d’art nancéiennes et en particulier, celle d’ébénisterie après le décès de Louis Majorelle. C’est chose faite grâce à la SLAAM, qu’elle en soit vivement remerciée!