Le retour de Narcisse…

Les techniques de restauration et le talent et la patience des restaurateurs font parfois des miracles… C’est le cas pour ce Narcisse, statue d’Alexandre Charpentier, éditée par Émile Muller et Compagnie, qui vient, après une longue restauration, de retrouver sa place au cœur de la salle-à-manger Masson.

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Alexandre Charpentier, Narcisse. Musée de l’École de Nancy. Cliché D. Boyer

 

Alexandre Charpentier (1856-1909), sculpteur, graveur, ébéniste, décorateur, est l’un des grands défenseurs d’un art social, un art pour tous, bousculant la hiérarchie des arts majeurs et mineurs, un touche-à-tout prolixe, puisant dans l’observation naturaliste toute son originalité. Il est naturellement favorable à l’édition et à la reproduction de ses créations, non pas en “un nombre infini d’exemplaires”, mais en “délimit[ant] scrupuleusement le chiffre”. Il fait alors le choix de matériaux et de techniques bon marché, pour parvenir à un coût de production et un prix de vente raisonnables (1). Avec la Grande Tuilerie d’Émile Muller d’Ivry-sur-Seine Seine, il produit, comme ici avec Narcisse, une petite statuaire, souvent utilitaire, ou simplement décorative, à la sensualité discrète. Narcisse se contemple avec retenue et presque sans expression. Seul son pied relevé semble traduire la satisfaction que lui procure son reflet…

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Sur les photos anciennes de la salle-à-manger, Narcisse sur son rocher était posé sur la tablette surmontant la cheminée. Cette position périlleuse, et surtout la fragilité du matériau, la faïence fine, expliquent sans doute les vicissitudes de cette œuvre, cassée en plusieurs endroits et à plusieurs reprises. La restauration entreprise par Martine Bailly, spécialiste de la céramique, visait donc à rendre à l’objet sa cohérence physique en recollant le plus de fragments possibles, et à retoucher les zones visibles abîmées afin de présenter une surface émaillée unie et lisible.

 

Après le dépoussiérage et le dégraissage de l’œuvre, a pu commencer le patient travail de reconstitution du puzzle. Certaines réparations anciennes ont été laissées en place. Les fissures et la pâte blanche qui constitue l’objet ont été consolidées par l’emploi d’une résine acrylique réversible, comme il est d’usage. La tête de Narcisse, élément lourd placé en surplomb, a été renforcée par le positionnement d’une tige en plexiglas creuse dans la cavité. La glaçure qui recouvre l’objet a été comblée avec une résine vinylique teintée dans la masse, retouchée à la peinture acrylique et à l’aquarelle, et finie par un vernis acrylique brillant afin de s’approcher au plus près de la matière originale. Le résultat est saisissant, comme le montrent les photos avant-après.

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Le pied de Narcisse avant-après

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la main de Narcisse en 3 clichés: avant intervention, après le comblement et après retouche de peinture et vernis.

 

 

Le retour de Narcisse a nécessité la confection d’une boîte spéciale pour son transport, et une manipulation périlleuse réalisée sous haute surveillance. L’œuvre avait été donnée au musée de Nancy avec l’ensemble de la salle-à-manger Masson en 1938 par la veuve de Charles Masson, parallèlement à la donation Corbin. Bien installé dans sa niche, Narcisse ne devrait plus en sortir avant de longues années !

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Photo ancienne parue dans la Lorraine artiste du 1er – 15 septembre 1904, sur laquelle on peut voir la statue de Charpentier à la place qu’elle occupe à nouveau!

 

(1) Cité dans la présentation de l’exposition qui lui est consacrée au Musée d’Orsay en 2008, ici :

http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-detaillee/browse/8/article/alexandre-charpentier-7830.html?S=&tx_ttnews%5BbackPid%5D=252&cHash=a56a7030be&print=1&no_cache=1&

2 commentaires sur “Le retour de Narcisse…”

  1. blan dit :

    Bon retour à Narcisse !

  2. Quentin dit :

    Très beau travail !Merci à vous de faire revivre ces œuvres, d’entretenir ce patrimoine Art Nouveau et de le partager.

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