Et si on allait à Turin ?

Cette question sonne comme une invitation à partir en vacances, à la recherche d’un soleil bien absent de nos régions… Turin, pour nos chers artistes de l’École de Nancy, fut cependant un rêve déçu. La toute nouvelle Alliance Provinciale des Industries d’Art espérait y représenter les arts décoratifs français lors de la grande exposition qui s’y déroula en 1902. C’était l’occasion idéale pour le jeune groupe d’y exposer ensemble pour la première fois, avec une visibilité et un  retentissement internationaux. Malheureusement, l’École de Nancy  ne parvint pas à obtenir de L’État et de la Ville de Nancy les subventions nécessaires.  Les maisons Daum, Majorelle et Fridrich seules y participèrent à titre individuel, perdues au milieu de l’abondance des exposants…

 

L'un des projets d'Émile André, pour l'entére du pavillon de l’École de Nancy à l'exposition de Turin, en 1902. ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

L’un des projets d’Émile André, pour l’entrée du pavillon de l’École de Nancy à l’exposition de Turin, en 1902. ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

Mais cette question est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, puisqu’une spectaculaire exposition, conçue par  Carolyn Christov-Bakargiev et Virginia Bertone, se tient actuellement à la Galleria Civica d’Arte Moderna, « Organismi : Dell’Art nouveau di Emile Gallé alla Bioarchitettura”.

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Le musée de l’École de Nancy a prêté à cette occasion plusieurs pièces et contribué au beau catalogue.  Celui-ci s’ouvre d’ailleurs sur la fameuse devise d’Émile Gallé, dont la traduction italienne sonne joliment à nos oreilles !

«  Nos racines sont au fond des bois, parmi les mousses, autour des sources » – « Le nostre radici sono in fondo ai boschi, tra i muschi, intorno alle sorgenti »…

Vase Tétards d'Emile Gallé, 1900, avec son inscirption extraite de Théophile Gautier "Aux fossés la lentille d'eau, De ses feuilles vert de grisées étale le glauque rideau"... ©P. Caron / Musée de l’École de Nancy

Parmi les œuvres prêtées par le MEN, ce vase “Têtards” d’Émile Gallé, 1900, avec son inscription extraite de Théophile Gautier “Aux fossés la lentille d’eau, De ses feuilles vert de grisées étale le glauque rideau”… ©P. Caron / Musée de l’École de Nancy

L’exposition met en relation l’Art nouveau et le biocentrisme contemporain. Elle prend comme point de vue l’hypothèse selon laquelle de nombreux éléments rapprochent ces courants : tous deux ont été précédés de changements profonds et rapides, et d’innovations technologiques et industrielles (le chemin de fer, l’électricité, le télégraphe, le microscope, la photographie pour l’un, le trafic aérien, la télévision, la radio FM, la révolution des télécommunications avec Internet pour l’autre).

 

Le dessin préparatoire pour le vase Têtards.©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

Le dessin préparatoire pour le vase Têtards.©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

La première partie de l’exposition est donc consacrée à l’Art nouveau, et en particulier à l’œuvre d’Émile Gallé. Sont exposés verreries et pièces de mobilier, parmi lesquelles les vases Têtards, Fonds de la mer, Lys de mer ou Ancolies, ainsi que de nombreux dessins préparatoires, et photos anciennes. La scénographie leur associe des dessins de l’architecte Liberty Raimondo d’Aronco et du scientifique Santiago Ramon y Cajal, découvreur du neurone. L’exposition présente également les projets conçus par l’architecte Émile André pour le Pavillon de l’École de Nancy pour l’exposition de Turin en 1902, ainsi que les lettres de Gallé au critique d’art Gabriel Mourey, conservées au Getty Research Institute de Los Angeles, dans lesquelles il exprime sa profonde amertume à devoir renoncer à cette exposition.

Le vase Ancolies, commandé à Gallé par Émile André pour sa fiancée, 1902. ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy.

Le vase Ancolies, commandé à Gallé par Émile André pour sa fiancée, 1902. ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy.

Notre époque est, quant à elle, illustrée par des écosystèmes de l’artiste Pierre Huyghe, des créations du botaniste Patrick Blanc, inventeur des murs végétaux  et des projets d’architecture écologique et durable de Mario Cucinella. Enfin, l’exposition se termine par une partie consacrée à l’organisation Slow Food, qui a pour but de faire connaître la bonne nourriture : bonne pour celui qui s’en nourrit, mais aussi pour celui qui la cultive et pour l’environnement !

 

Et le beau dessin préparatoire... ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

Et le beau dessin préparatoire… ©C. Philippot/ Musée de l’École de Nancy

Et si vous alliez à Turin découvrir cette curiosité ?

 

Vue de l'exposition "Organismi" à Turin, les verreries d’Émile Gallé. ©F. Parmantier

Vue de l’exposition “Organismi” à Turin, les verreries d’Émile Gallé. ©F. Parmantier

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