Le saviez-vous?

Pour mieux comprendre l’exposition « L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps », Off vous propose un cycle régulier de commentaires approfondis sur l’une des œuvres présentées dans l’exposition. Pour commencer cette série, nous ferons honneur à nos prêteurs étranger, et en particulier aujourd’hui au Musée National d’Irlande, avec le vase Dragon et Pélican de Gallé.

Gallé offre en décembre 1890 un vase au patriote irlandais William O’Brien et à son épouse, Sophie Raffalovitch, lors de leur passage à Paris. Membre du Parlement, William O’Brien s’est imposé sur la scène politique du Royaume-Uni en tant que défenseur de la cause paysanne irlandaise et de la lutte pour l’indépendance du pays.

"Aux patriotes. A William O'Brien et sa compagne"

« Aux patriotes. A William O’Brien et sa compagne ». (c) The National Museum of Ireland.

On peut voir sur le col du vase, un trèfle, symbole de l’Irlande. Sur la panse du vase, un pélican radieux aux ailes déployées tente de résister au dragon griffu, espèce de ptérodactyle préhistorique, qui cherche à l’attirer vers les ténèbres. La citation, empruntée à Théodore de Banville, évoque l’emprisonnement qui attend O’Brien à son retour en Angleterre : « Je dis le chant plaintif des âmes prisonnières. Et des monstres fuyant le jour en leurs tanières ».

Gallé connait les parents de Sophie Rafalovitch et c’est par leur entremise que Gallé peut entrer en relation avec William O’Brien. Condamné à la prison en Angleterre, celui-ci choisit délibérément de revenir d’exil. Il est arrêté dès sa descente de bateau quelques jours plus tard.

Il existe une autre version de ce vase, sans rapport avec la cause irlandaise, sans le trèfle, et portant une citation d’Alfred de Vigny, conservé au Corning Museum de New York. L’intérêt de Gallé pour la cause de l’indépendance irlandaise un an après le succès rencontré avec les œuvres patriotiques de l’Exposition universelle de 1889, montre une orientation nouvelle de l’artiste. Les vicissitudes du peuple opprimé par l’occupant anglais font écho à celles endurées par les Alsaciens-Mosellans depuis l’Annexion de 1871, et Gallé, pour la première fois, semble vouloir, dans un élan de solidarité entre les peuples opprimés, mettre son art au service d’une autre cause que celle qui le touche directement.

La relation entre Gallé et le couple O’Brien se poursuit dans les années qui suivent, comme en témoignent un télégramme de Gallé de 1891, ou ce petit mot manuscrit de Sophie O’Brien, remerciant l’artiste pour son « gracieux envoi » de décembre 1894.

Lettre de Sophie Raffalovich - O'Brien à Emile Gallé, 31 décembre 1894. (c) Collection particulière

Lettre de Sophie Raffalovich – O’Brien à Emile Gallé, 31 décembre 1894. (c) Collection particulière

Gallé fit peut-être aussi la connaissance à Nancy même d’une autre figure  -féminine- de la lutte pour l’indépendance irlandaise, Maud Gonne, qui dédicace à Élise Chalon, soeur d’Henriette Gallé, sa photo, lors de son passage à Nancy pour une conférence en février 1896.

 

Maud Gonne, photographiée par Rautlinger en 1896. (c) collection particulière

Maud Gonne, photographiée par Rautlinger en 1896. (c) collection particulière

 

Pour en savoir plus:

François Parmantier, « Emile Gallé et Victor Prouvé. Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front, in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Nancy- Paris, 2015, pp 20-21.

Bertrand Tillier, « Émile Gallé, ambassadeur des causes électives », in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Nancy- Paris, 2015, pp 47-57.

O’Brien, William: An Olive Branch in Ireland, Macmillian London (1910)

Warwick-Halle, Sally: William O’Brien and the Irish land war, Irish Academic Press, Dublin (1990)

Maume, Patrick: The long Gestation, Irish Nationalist Life 1891–1918, Gill & Macmillan (1999)

The autobiography of Maud Gonne. A servant of the queen, publié en 1938