Cheminot ou chemineau?

23 juin 2015

Non, il n’y a pas d’erreur dans l’orthographe du titre de l’œuvre de Victor Prouvé.

Le chemineau de Victor Prouvé est un vagabond, non pas un conducteur de locomotive… L’image du chemineau, reprise à plusieurs occasion par Victor Prouvé mais aussi par des artistes de sensibilité anarchiste,  représente la marginalité, celui qui inquiète l’ordre social par son refus délibéré de s’intégrer. Victor Prouvé s’en sert également pour éveiller l’attention sur tous ceux qui ne bénéficient pas de la réussite économique, les laissés-pour-compte de la croissance industrielle, à l’opposé des images idéales et radieuses destinées aux bâtiments publiques, symboles de la République…

A découvrir dans l’exposition de l’automne…!

Victor Prouvé, La mort du chemineau, 1907. MEN. Cliché M. Bourguet

Victor Prouvé, La mort du chemineau, 1907. MEN. Cliché M. Bourguet

 

Victor Prouvé, étude pour l'Ile heureuse, MEN. Cliché M. Bourguet

Victor Prouvé, étude pour l’Ile heureuse, MEN. Cliché M. Bourguet

Peinture ou dessin?

23 juin 2015

Au moment de restaurer une œuvre, surgissent parfois des difficultés liées à l’emploi de techniques mixtes ou d’interventions postérieures. Le cas s’est présenté récemment, avec la restauration de deux œuvres de Victor Prouvé, en vue de leur présentation l’automne prochain dans l’exposition “L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps”.

Dans le premier cas, La Mort du Chemineau, est une œuvre associant la gouache, l’aquarelle, le pastel et le fusain – relevant donc du domaine des arts graphiques – marouflée sur toile tendue sur châssis – relevant donc du domaine de la peinture de chevalet…  La seconde œuvre est l’étude pour l’Ile heureuse, une esquisse réalisée à la peinture à l’huile sur papier, intégrant un passe-partout en carton. ( Voir prochain post)

Dans les deux cas, l’expertise de deux spécialistes, Armelle Poyac et Maud Zanonni, était nécessaire pour conduire la restauration.

Récit en image:

La Mort du Chemineau de Victor Prouvé, une œuvre datant de 1907, présentant des lacunes et déchirures, technique mixte.

La Mort du Chemineau de Victor Prouvé, une œuvre datant de 1907, présentant des lacunes et déchirures, technique mixte.

 

L'oeuvre, maroufflée sur toile tendue sur châssis est montée dans un cadre et munie d'un verre collé sur le châssis par un papier ancien.

L’œuvre, marouflée sur toile tendue sur châssis est montée dans un cadre et munie d’un verre collé sur le châssis par un papier ancien.

La première opération consiste à démonter le verre, tout en conservant le papier ancien pour le remontage.

La première opération consiste à démonter le verre, tout en conservant le papier ancien pour le remontage.

 

Après un dépoussiérage à la gomme en poudre, les lacunes et déchirures sont réparées, côté papier, avec du papier japon.

Après un dépoussiérage à la gomme en poudre, les lacunes et déchirures sont réparées, côté papier, avec du papier japon.

 

La déchirure à côté du visage du chemineau, disparaît pratiquement, après reprise et comblement des manques avec un mastic (blanc de Meudon mélangé à de la colle de peau) puis pose d'un "ton de fond" neutre...

La déchirure à côté du visage du chemineau, disparaît pratiquement, après reprise et comblement des manques avec un mastic (blanc de Meudon mélangé à de la colle de peau) puis pose d’un “ton de fond” neutre…

 

1 trou comblé - 2 comblement au mastic - 3 ton neutre

1 trou comblé – 2 comblement au mastic – 3 ton neutre

 

La toile est renforcée également sur l'envers de la déchirure.

La toile est renforcée également sur l’envers de la déchirure.

Une fois réalisées toutes les reprises sur la couche picturale et sur la toile, une toile de protection est appliquée à l'arrière.

Une fois réalisées toutes les reprises sur la couche picturale et sur la toile, une toile de protection est appliquée à l’arrière.

Pour éviter qu'elles ne sortent de leur emplacement, les clés du châssis sont fixées par un adhésif papier.

Pour éviter qu’elles ne sortent de leur emplacement, les clés du châssis sont fixées par un adhésif papier.

La toile est agrafée. Elle sera ensuite protégée par un carton lors du remontage du cadre.

La toile est agrafée. Elle sera ensuite protégée par un carton lors du remontage du cadre.

Un papier de protection est appliqué sur le châssis lors du remontage. Un nouveau verre, plus grand, séparé de la peinture par une baguette souple, est fixé, avant qu'on ne recolle par dessus, le papier ancien.

Un papier de protection est appliqué sur le châssis lors du remontage. Un nouveau verre, plus grand, séparé de la peinture par une baguette souple, est fixé, avant qu’on ne recolle par dessus, le papier ancien.

 

Le tableau est prêt à retrouver son cadre. Toutes les réparations sont réversibles.

Le tableau est prêt à retrouver son cadre. Toutes les réparations sont réversibles.

Et le voilà prêt à participer à l'exposition de cet automne!

Et le voilà prêt à participer à l’exposition de cet automne!

Le bel été du musée…

11 juin 2015

Avec les beaux jours, on se prend à rêver voyages, détente, sorties…
Que l’on vienne de loin, ou que l’on soit voisin, une petite visite au musée s’impose! Regardez comme ces visiteurs ont l’air bien!

Calme et volupté dans le jardin du musée!

Calme et volupté dans le jardin du musée!

Voici donc quelques idées d’activités pour savourer un bel été avec nous…

1°) visiter le musée avec les commentaires de guides passionnés, c’est possible tous les :

mercredi, de 10h30 à midi, de juin à août

et

vendredi, samedi et dimanche, de 15h00 à 16h30

2°) se reposer, lire, buller, bavarder… dans un transat, à l’ombre ou au soleil, c’est possible:

du mercredi au dimanche, de 10h00 à 18h00, et c’est gratuit!

3°) se promener sur les traces de l’École de Nancy à travers la ville, c’est possible:

le 27 juin, au cimetière de Préville
le 29 août, rue Félix Faure
le 26 septembre, au Parc de Saurupt

4°) en savoir plus sur le verre, le vitrail, les luminaires, l’aquarelle,… c’est possible en suivant l’une des visites thématiques proposées cet été, à découvrir dans le nouvel agenda des musées de Nancy

Le nouvel agenda des musées à consulter d'urgence!

Le nouvel agenda des musées à consulter d’urgence!

5°) s’inscrire sans tarder à l’une de ses animations, avant qu’il ne soit trop tard, c’est possible:

Service des publics des musées:
tél: 03.83.17.86.77
courriel: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

Tout est possible au musée… ou presque!

Récup’Art Nouveau…

5 juin 2015

En novembre et décembre derniers, ce sont près de 700 enfants scolarisés dans les écoles nancéiennes qui sont passés au musée de l’École de Nancy pour travailler sur le projet “Récup’Art” 2014-2015. Celui-ci s’inscrit dans le Projet Éducatif Territorial mené par la Direction de l’Enseignement de la Ville de Nancy, afin de favoriser l’accès à la culture pour les plus jeunes. Le fruit de ce travail est présenté à la Galerie Thermal à Nancy à partir de lundi 8 juin.

Récup’Art, lancé il y a 6 ans, associe donc découverte artistique et sensibilisation à la lutte contre le gaspillage. Chaque année, un thème nouveau est abordé, permettant d’explorer des univers très différents, traduit dans des matériaux de récupération variés, de la bouteille plastique à la vieille fenêtre vouée à la décharge.

Exposition accessible du 8 au 18 juin à la Galerie Nancy Thermal

Exposition accessible du 8 au 18 juin à la Galerie Nancy Thermal

La fascination des artistes nancéiens pour la nature dépasse souvent le cadre d’un simple répertoire de motifs à reproduire sur des vases ou des assiettes. Émile Gallé consacra une grande partie de son temps à l’observation et à l’étude des plantes. En 1894, sa commode “Parfums d’autrefois”  répertorie les espèces végétales lorraines -déjà!- en voie de disparition! L’œuvre témoigne d’une prise de conscience précoce des méfaits de l’industrialisation et de l’urbanisation sur la nature, mais la situation sanitaire des villes du XIXème siècle n’offrait guère de recours en la matière…

Détail  de la commode "Parfums d'autrefois" d’Émile Gallé, Musée de l’École de Nancy,Photo MEN

Détail de la commode “Parfums d’autrefois” d’Émile Gallé, Musée de l’École de Nancy,Photo MEN

En invitant les enfants à réfléchir en même temps sur le gaspillage, la seconde vie à donner aux objets, la  consommation excessive et sur la nature et ses symboles, ce nouveau projet Récup’Art s’inscrit volontairement dans une démarche d’actualité. Le temps des constats est dépassé, il faut maintenant agir pour sauver notre planète.

La liste des espèces de plantes lorraines disparues a du bien s’allonger depuis 1894… A moins que le travail acharné de redécouverte mené par des horticulteurs et des scientifiques, ou les fruits de la lutte pour un développement durable n’aient permis d’inverser cette tendance?

Aube et Crépuscule, en carton...

Aube et Crépuscule, en carton…

 

Le vitrail de Gruber... tout en Lego!

Le vitrail de Gruber… tout en Lego!

Vases recyclés et fenêtres revisitées...

Vases recyclés et fenêtres revisitées…

RECUP’ART
Galerie Nancy Thermal
Du 8 au 18 juin, tous les jours de 16h à 18h
Et les 13 et 14 juin de 14h à 17h

(A coté du musée de l’École de Nancy…)!

Le beau label…

22 mai 2015

Non sans fierté, Off tenait à souligner la belle décision du Ministère de la Culture, qui a choisi d’attribuer son label annuel d’exposition d’intérêt national 2015 à deux expositions présentées à Nancy:

Ces animaux qu’on mange… au Museum-aquarium (jusqu’au 3 janvier 2016)

et

Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent. L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, la prochaine grande exposition que prépare le musée pour l’automne 2015

Ce label distingue “des expositions remarquables présentant un discours innovant en une thématique inédite, ainsi qu’une scénographie et un dispositif de médiation qui en livre les clés de lecture aux publics les plus variés. (…) Elles mettent en lumière des thématiques qui reflètent la richesse et la diversité des  collections des 1220 musées de France.” (Communiqué de presse de présentation des expositions labellisées en 2015)

Cette reconnaissance officielle récompense le travail mené depuis plusieurs années pour la préparation d’une exposition inédite et dont le sujet se fait l’écho de bien des événements récents. Axée autour des personnalités des deux présidents successifs de l’École de Nancy, Émile Gallé et Victor Prouvé, l’exposition rassemblera près de 200 œuvres et documents provenant des collections nancéiennes et Lorraines, de grands musées internationaux et de collections particulières.

Le Canthare Prouvé, vase conçu par Gallé pour son ami Prouvé, portant la coitation de Victor Hugo qui donne son titre à l'exposition

Le Canthare Prouvé, vase conçu par Gallé pour son ami Prouvé, portant la citation de Victor Hugo qui donne son titre à l’exposition

La menace Allemande, la montée de l’anarchisme, l’affaire Dreyfus, etc… firent de cette fin du XIXème siècle une période propice à l’intrusion de la politique dans le domaine des arts, tandis que la société connaissait de profondes mutations. Ce qui fut plus tard appelé la “Belle Époque” apparaît aujourd’hui bien davantage comme une période trouble et violente se précipitant inexorablement vers sa fin…

Quelles étaient alors les limites de la liberté de penser et de s’exprimer? Quel rôle pouvait jouer l’artiste dans la défense des opprimés et la lutte contre l’injustice?  Ce sont quelques unes des questions que soulèvera l’exposition présentée au musée des beaux-arts et au musée de l’École de Nancy à partir du 9 octobre…

… à suivre sur Off , sur le site internet et sur la page Facebook du musée!

Une bonne Nuit!

22 mai 2015

Beau succès pour notre Nuit des Musées, au musée de l’École de Nancy et à la villa Majorelle, où se sont pressés de nombreux visiteurs noctambules!

Les guides du musée ont proposé des commentaires sur les oeuvres ayant pour thème la nuit... comme ici le lit d’Émile Gallé "Aube et crépuscule"...

Les guides du musée ont proposé des commentaires sur les œuvres ayant pour thème la nuit… comme ici le lit d’Émile Gallé “Aube et crépuscule”…

En première partie de soirée, les élèves de classe de 5ème du collège La Plante Gribé de Pagny sur Moselle ont présenté le fruit de leur travail autour du vitrail de la Salle de Jacques Gruber, dans le cadre du projet national La Classe, L’œuvre!

« Célébrer l’Art nouveau en travaillant la spontanéité »

Séverine Altmayer enseigne les arts plastiques au collège La Plante Gribé de Pagny-sur-Moselle

« D’abord attirée, comme tant d’autres d’enseignants de la région, par le Centre Pompidou Metz, je me suis orientée vers un autre musée, celui de l’École de Nancy pour vivre l’aventure de « La classe, l’œuvre ! » avec ma classe de 5e. L’œuvre proposée par le musée – un grand vitrail de Jacques Gruber figurant un paon au milieu de fleurs – a subjugué les enfants. C’était un choc pour eux, après avoir d’abord travaillé sur images, de découvrir l’œuvre en taille réelle. Ils ont découvert aussi qu’un vitrail pouvait provenir non seulement d’une église, mais aussi – c’est le cas ici – d’une maison particulière et représenter non des motifs religieux, mais la faune et la flore, qui sont la source d’inspiration de l’Art nouveau. Les enfants sont fiers de s’approprier un peu de l’œuvre de Jacques Gruber, et plus largement, de découvrir le magnifique patrimoine de leur région. »

L'interprétation du vitrail de Gruber par les élèves: visuelle et gestuelle au son des oiseaux

L’interprétation du vitrail de Gruber par les élèves: visuelle et gestuelle au son des oiseaux

Une danse matérialisée par les voiles, coordonnées au chant des oiseaux... une immersion dans la nature!

Une danse matérialisée par les voiles, coordonnées au chant des oiseaux… une immersion dans la nature!

 

Votez pour la mascotte!!

23 avril 2015
le 16 mai prochain

le 16 mai prochain

Le 16 mai prochain aura lieu la nouvelle

NUIT EUROPÉENNE DES MUSÉES!

Bien sûr, le musée de l’École de Nancy ET la Villa Majorelle y participent activement… En attendant, l’organisation de la Nuit européenne des Musées a lancé un concours pour l’élection de la mascotte de la Nuit des Musées. Voici la mascotte du musée de l’École de Nancy, élue à l’unanimité par nos amis sur la page Facebook du musée:

Jacques Gruber, vitrail de La Salle, détail du paon. Musée de l’École de Nancy, cliché C. Philippot

Jacques Gruber, vitrail de La Salle, détail du paon. Musée de l’École de Nancy, cliché C. Philippot

Pour que la mascotte du musée devienne la mascotte de toute la Nuit des Musées, nous avons besoin de vous!

A partir du mercredi 29 avril, allez encore et encore voter pour le paon de Gruber sur la page Facebook de la Nuit des Musées ici!!!

Allez voter!!!

Allez voter!!!

Nous vous attendons avec impatience pour fêter la Nuit….

Un week end dédié aux métiers d’art…

26 mars 2015

A ne manquer sous aucun prétexte, ce week end, la 9ème édition des Journées Européennes des Métiers d’art (JEMA). Des artistes et artisans ouvrent les portes de leurs ateliers pour nous montrer leurs savoirs-faire… Le riche programme à travers la France est à découvrir ici, sur le site des JEMA…

 

Nous serons bien sûr en premier lieu au musée de l’École de Nancy, partenaire régulier des JEMA, pour s’intéresser à un métier lorrain… la broderie. Les élèves de la section broderie du lycée Paul Lapie de Lunéville seront présents tout le week end pour faire la démonstration de leur art de la délicatesse et de la précision… Des ateliers seront également proposés aux jeunes à partir de 12 ans… Sortez vos aiguilles!

Né dans le milieu de la broderie, Victor Prouvé rendit hommage à plusieurs reprises à ce savoir faire unique. On lui doit des créations textiles dans le cadre de projets décoratifs, comme les rideaux brodés de la salle à manger Masson (1903-1904), un modèle de coussin “Hommage à la brodeuse Lorraine (1909), et bien sûr, l’époustouflante robe “Bord de rivière au printemps“. En 1906, alors qu’il est président de l’Ecole de Nancy, Prouvé lance un concours de broderie avec Albert Heymann et la maison Lingelor, pour promouvoir ce beau métier.

Quelques pièces brodées appartenant aux collections du musée seront exceptionnellement présentées durant tout le week end.

Rendez-vous les 28 et 29 mars,
démonstrations et ateliers pour les jeunes à partir de 12 ans, de 10h à 12h et de 14h à 17h
Entrée gratuite!

PS: Des petits problèmes techniques expliquent l’absence de belles images pour accompagner nos posts ces temps-ci… nous nous excusons pour ce désagrément et espérons voir ce problème résolu rapidement…

50 nuances de grès

20 février 2015

Le grès est une terre à pâte imperméable dans la masse. Découvert en France à la fin du XVème siècle, il était utilisé pour la fabrication de céramique utilitaire (vaisselle) et de tuyaux. Lors de l’Exposition Universelle de 1878, la présentation des grès japonais, associant rusticité et élégance, fut une révélation pour les céramistes français. Jean Joseph Carriès (1855-1894), Ernest Chaplet (1835-1909), Pierre Adrien Dalpayrat (1844-1910), Auguste Delaherche (1857-1940) Edmond Lachenal (1855-?) ou Alexandre Bigot (1862-1927) en firent un usage important, caractérisé par des recherches sur la variété de formes et de décors, et sur les reliefs et les couleurs.

 

Dalpayrat, coupe Calice, Nancy, MEN. Cliché D. Boyer

Alexandre Bigot fut sollicité par Louis Majorelle pour contribuer à la construction de sa maison, la Villa Jika. On lui doit les carreaux décorant la façade, mais surtout deux éléments majeurs du décor: la balustrade de la terrasse Nord, et l’imposante cheminée de la salle à manger.

Alexandre Bigot, cheminée de la salle à manger, villa Majorelle, Nancy. Cliché D. Boyer

 

Le succès de ces artistes influença toute la filière et de nombreuses manufactures proposèrent à leur tour une production de grès ornementaux dans le style Art nouveau. La Société anonyme des produits céramiques de Rambervillers (SAPCR) ne fit pas exception. Cette société, créée en 1887, connut un large succès commercial avec sa production de tuyaux de grès vernissé nécessaires au développement sans précédent de réseaux d’adduction d’eau hygiéniques à travers tout le pays. A partir de 1892, la SAPCR fut dirigée par Alphonse Cytère qui entreprit d’importants travaux de modernisation et d’extension de l’usine. Cytère initia la construction de fours supplémentaires nécessaires à une production de carreaux, dalles de cuisine, pavés de cour, tuiles, briques en grès et produits réfractaires. Après sa visite à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, Cytère décida de se lancer dans la production artistique. Dès 1903, la SAPCR exposa le fruit de cette nouvelle production lors de l’exposition de la Société Lorraine des Amis des Arts: vases, encriers, cendriers, et éléments d’architecture en grès à reflets métalliques ou à émail de grand feu. L’influence de l’École de Nancy y est sensible, bien qu’aucun artiste de l’association n’ait, semble-t-il, collaboré avec Cytère.

SAPCR, encrier, Nancy, MEN. Cliché MEN

 

Le grand succès de cette présentation le conforta sur cette voie. En 1904, Cytère participa à l’exposition de l’École de Nancy aux Galeries Poirel, avec un ensemble de pièces dessinées cette fois par Majorelle, Gruber et Vallin.

 

Jacques Gruber, vase Ombelle, édité par la SAPCR, Nancy, MEN. Cliché D. Boyer

La SAPCR devint peu après membre de l’Alliance provinciale des industries d’art. L’École de Nancy organisa en 1906 un concours pour la SAPCR, auquel prirent part de nombreux collaborateurs des sociétés d’art lorraines. Les modèles primés furent édités avec la signature de l’artiste et la marque “EN” (École de Nancy) et diffusés, notamment, par les Magasins Réunis d’Eugène Corbin ou le magasin parisien de la SAPCR. Après des débuts difficiles, les pièces décoratives en grès flammé de Rambervillers connurent un succès grandissant à partir de 1909. La Première Guerre Mondiale interrompit la production des grès artistiques, qui reprit brièvement en 1920, mais elle était condamnée à disparaître par un ennemi plus ardent encore: la porcelaine!

Gatelet, jardinière Fougères, Nancy, MEN. Cliché D. Boyer

Les céramistes Joseph (1876-1961) et Pierre (1880-1955) Mougin furent très actifs dans l’expérimentation du grès. Installés à Paris, où ils côtoyèrent certains des céramistes cités plus haut, les frères Mougin travaillèrent beaucoup en collaboration avec des sculpteurs dont ils éditaient en grès les créations, tels les nancéiens Bussière, Finot, Wittmann, ou Prouvé, mais aussi Roche, Tarrit ou Barrias, dont Joseph fut l’élève.

 

Victor Prouvé, vase Aubergine, édition par Mougin, Nancy, MEN. Cliché Studio Image

Les frères Mougin firent partie de l’École de Nancy dès sa fondation, bien que résidant à Paris. Ils exposèrent leurs créations à Nancy chez Charles Fridrich dès 1901. A partir de 1904, Majorelle présenta des grès Mougin dans son magasin parisien. Les frères Mougin s’essayèrent aux irisations métalliques à Rambervillers, où les accueillit leur ami Alphonse Cytère. Ils obtinrent leur première récompense importante en 1905, au Salon de la Société nationale des beaux-arts, et revinrent s’installer à Nancy en 1906. L’œuvre des Frères Mougin se caractérise par une orientation vers la recherche plastique expérimentale. La formation de Joseph à la sculpture explique le traitement tridimensionnel de la matière et l’absence de frontière entre pièces utilitaires et pièces de forme. Le travail sur la couleur est également un aspect dominant dans leurs recherches. Celles-ci sont laborieuses: les Frères Mougin utilisaient trois types d’émaillage, qu’ils combinaient à loisir, les émaux terreux, opaques et mats, les émaux cires, opaques et satinés, et les couvertes transparentes, colorées ou non. De leur superposition naissaient parfois des réactions saisissantes, comme des éruptions dans l’émail de surface ou des coulures, auxquelles s’ajoutaient l’effet granuleux de l’émail broyé grossièrement ou l’irisation au cuivre.

Frères Mougin, petite cruche Algues, Nancy, MEN. Cliché MEN

Dans les années 20, les Frères Mougin s’installèrent à Lunéville pour intégrer la faïencerie Keller et Guérin, en tant que directeurs de l’atelier d’art. Joseph Mougin, déçu par l’expérience rompit son contrat en 1933 pour revenir à Nancy et poursuivre sa carrière personnelle, tandis que Pierre resta à Lunéville jusqu’en 1936. Cette période, encore marquée par la poursuite de recherches techniques inédites et (trop?) audacieuses, confirme l’indépendance et l’originalité du style des Frères Mougin, difficilement compatible avec les exigences de rentabilité d’une manufacture.

Keller et Guérin n’en était pas là à son coup d’essai, puisque la manufacture avait confié la responsabilité de son nouvel atelier de création artistique à Maurice de Ravinel (1842-1896) en 1885. Jusque là, la faïencerie produisait des pièces utilitaires, de style et de techniques variées. De Ravinel initia alors un travail de recherche et de renouvellement qui aboutit à la mise au point d’une technique de revêtement à reflets métalliques. En 1895, la manufacture présente des “Grès et faïences à reflets métalliques” signés Ernest Bussière, à qui elle avait fait appel pour insuffler une nouvelle ligne moderne et à la mode, dans le style Art nouveau.

Le sculpteur Ernest Bussière (1863-1913) fréquenta l’école des beaux-arts de Paris aux côtés de ses amis nancéiens Émile Friant et Mathias Schiff, avant de revenir s’installer à Nancy, où il enseigna le modelage, notamment à Jospeh Mougin. Bussière collabora avec la manufacture de Lunéville, mais également avec la manufacture Daum pour des objets décoratifs en verre. Bussière, membre fondateur de l’École de Nancy, participa activement à la mise en œuvre de ses préceptes, par la dispense de cours de modelage et de sculpture aux ouvriers.
Bussière créa une série de pièces végétales, avec une prédilection pour les courges. Toutes ces pièces, d’une grande originalité au sein même du mouvement naturaliste nancéien, se caractérisent par leur fluidité et leur réalisme plastique.

E. Bussière Vase Réceptacle, inv. 003-4-1, MEN, cliché D Boyer

Ernest Bussière, vase Réceptacle, Nancy, MEN. Cliché D. Boyer

 

L’appellation “Grès flammé” donnée à l’époque est cependant erronée, puisque la matière employée est la faïence fine (une terre de pipe) dont la peau vitreuse est obtenue par une glaçure. Le choix de la faïence s’explique par le besoin d’une matière suffisamment fine pour reproduire les détails de relief des modèles de Bussière (graines, nervures, tiges…). Le grès, dont Keller et Guérin maîtrisait pourtant la fabrication, s’avérait en fait trop épais. On peut imaginer que le choix de l’appellation est plutôt d’ordre publicitaire, la mode étant alors aux grès d’Extrême Orient. L’effet flammé ou flambé est obtenu (à basse cuisson) par une technique complexe de superposition d’une première couche vitreuse très glacée de ton émeraude (cuivre et plomb) et d’une seconde couche composée d’une fine pellicule de matières minérales réfractaires constituant un épiderme mat. La manufacture de Lunéville a produit un grand nombre de pièces de Bussière, qui connut, malgré la complexité de fabrication, un succès commercial durable. Quand les Frères Mougin prirent la direction de l’atelier d’art dans les années 20, ils rééditèrent 12 céramiques végétales de Bussière, mais dans un grès dit “porcelanique”, possédant de hautes qualités de fluidité. Le revêtement est cependant différent, remplacé par un émail de grand feu aux couleurs vives. Ces pièces furent exposées à partir en 1925, preuve de l’intérêt tardif pour certaines formules Art nouveau.

Ernest Bussière, vase courge desséchée, Nancy, MEN, cliché MEN

Différentes raisons, avant tout techniques, peuvent expliquer l’absence de l’utilisation du grès par Émile Gallé. Si l’on peut penser que Gallé ne fut pas insensible aux qualités plastiques des grès artistiques – connaissant son goût pour l’art Japonais), il fut sans doute contraint par les conditions nécessaires à leur mise en œuvre. Les manufactures de Saint Clément et de Raon l’Étape, avec lesquelles Gallé travailla successivement jusqu’en 1885, étaient spécialisées dans la faïence stanifère, et ne disposaient pas des installations nécessaires à la cuisson du grès. Le four installé par Gallé dans son usine nancéienne ne lui permettait pas non plus d’atteindre la température nécessaire à la vitrification. Mais l’attrait pour le travail du grès est manifeste chez Gallé: il présenta à l’Exposition Universelle de 1889 une série de céramiques intitulée “Genre grès artistique”, constituée de pièce en faïence fine au décor imitant l’aspect du grès. Par ailleurs, dans ses écrits, Gallé célébra avec effusion les œuvres de Carriès et de Chaplet.

La collection de céramiques du musée de l’École de Nancy est largement exposée dans les salles des collections permanentes, et de nombreuses œuvres de tous les artistes cités sont ainsi visibles. On ne manquera pas de s’arrêter également devant l’impressionnante jardinière de grès, placée dans la salle de bains du premier étage, dont l’origine l’exclut du mouvement nancéien (et de cet article).

Petit lexique céramique:
-  grès: argile plastique riche en feldspath, non poreuse et non translucide, qui se vitrifie naturellement à haute température.
-  grès flammé ou flambé: l’émaillage des biscuits est obtenu par cuisson haute température d’une couverte composée d’oxydes de couleur cuivrée ou bleu vert et produisant des reflets métalliques.
-  faïence: pâte opaque et poreuse.
- porcelaine: pâte translucide et imperméable, dure ou tendre.

Références bibliographiques:
F. Bertrand, Grès flammés de Rambervillers, Musée Départemental d’Art Ancien et Contemporain, Epinal
Céramiques végétales. Ernest Bussière et l’Art nouveau. Catalogue d’exposition, Nancy, MEN, 2000
Jacques Peiffer, Les Frères Mougin, sorciers du grand feu. Editions Faton, 2001
Jacques Gruber et l’Art nouveau, catalogue d’exposition, Nancy, MEN, Editions Gallimard, 2011
F. Parmantier, la céramique, in Gallé au musée de l’Ecole de Nancy, éditions Snoeck, 2014

Il y a de l’amour dans l’air…

12 février 2015
Emile Gallé, coupe Roses de France, détail d'un rose. Nancy, MEN. Cliché P. Caron

Emile Gallé, coupe Roses de France, détail d’un rose. Nancy, MEN. Cliché P. Caron

D’origine anglo-saxonne, la Saint Valentin a pris en France un caractère commercial qui ne nous séduit, justement pas vraiment tous! Fort heureusement, le musée de l’École de Nancy est là pour redonner à ce jour sa vraie signification: témoigner de l’affection que nous portons à nos amis et proches!!

 

Victor Prouvé, l'Enfant. Nancy, musée de l'Ecole de Nancy. Cliché P. Caron

Victor Prouvé, l’Enfant. Nancy, musée de l’Ecole de Nancy. Cliché P. Caron

Rendez-vous est donc donné samedi 14 février à 18h00, pour une visite exclusive et contée sur le thème de l’amour…

Attention! cette visite est réservée aux premiers inscrits et se déroulera dans l’intimité du musée, après la fermeture…!

Inscrivez-vous vite au 03.83.17.86.77 et par mail: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

Tarif: entrée du musée + 1.60 €