Après la chasse aux œufs, la chasse au lion!

1 avril 2016

Découverte exceptionnelle!
Hier, au cours de travaux de jardinage, des ossements ont été découverts dans le jardin du musée. La gendarmerie, dépêchée sur place, a pu constater rapidement, que ces ossements appartenaient -heureusement- à l’espèce animale. Un expert du Muséum-Aquarium a été contacté et a affirmé avec une quasi certitude qu’il s’agissait d’ossements de jeune lion. Voici donc étayée la petite histoire selon laquelle Eugène Corbin, le propriétaire de la maison, avait ramené de son voyage en Afrique une paire de lionceaux, laissés en liberté dans le parc. Eugène Corbin voyagea entre 1902 et 1903 en Egypte et en Abyssinie.

SOUvenir du voyage d'Eugène Corbin en Egypte et en Abyssinie, vers 1902-1903. © MEN, fonds Corbin

SOUvenir du voyage d’Eugène Corbin en Egypte et en Abyssinie, vers 1902-1903. © MEN, fonds Corbin

De ce voyage, il revint accompagné aussi d’un serviteur éthiopien, Tacha, qui resta à son service quelques années, avant de rentrer dans son pays. D’après son petit-fils, Philippe Bouton-Corbin, l’un des lionceaux mourut peu après son arrivée, et le second fut donné à un zoo en 1906.
De nos jours, ce sont plutôt les visiteurs qui se promènent en liberté dans le jardin… OUF!

Eugène Corbin, vêtu à l'arabe, vers 1903. © MEN, Fonds Corbin

Eugène Corbin, vêtu à l’arabe, vers 1903. © MEN, Fonds Corbin

Journées Européennes des Métiers d’Art 2016

18 mars 2016

 

visuel_jema-espace-presseLa nouvelle édition des Journées Européennes des métiers d’art aura lieu les 1er, 2 et 3 avril prochains… Le musée de l’École de Nancy participe les 2 et 3 avril et propose des démonstrations de savoirs-faire précieux et délicats…

La céramiste Annick Thiaville met en œuvre une technique exceptionnelle et qui a quasiment disparu, la lithophanie de porcelaine. Ce savoir-faire, datant du 19ème, lui permet de développer un travail d’une extrême finesse qui passe par des étapes de créations très minutieuses. Elle sculpte son image dans la cire en rétro-éclairage, puis en garde l’empreinte dans du plâtre sur lequel elle viendra ensuite couler sa porcelaine. Les « plaques » de porcelaine obtenues, aux motifs révélés par la lumière, oscillent entre une délicatesse proche du camé, la luminosité du verre, la préciosité d’une pierre, autant de qualités qu’elle essaie (en tout cas) d’atteindre dans son travail dans un souci premier d’esthétisme.

Un exemple de l'art oublié de la lithophanie par Annick Thiaville

Un exemple de l’art oublié de la lithophanie par Annick Thiaville

Outre des démonstrations tout au long du weekend, Annick Thiaville vous propose, en compagnie d’une conférencière,  une visite guidée des collections de céramique du musée: “regards croisés”, au cours de laquelle est reviendra sur les différentes techniques de la céramique.

Visites guidées GRATUITES programmées samedi et dimanche à 10h30, sur réservation préalable auprès du service des publics (03.83.17.86.77 et servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr)

Annick Thiaville est implantée depuis l’automne dernier à Baccarat, dans le lieu d’accueil d’entreprises qui s’est au sein du Pôle Bijou de la Communauté de Communes des Vallées du Cristal.

Le bijoutier Jacky Schwartz collabore avec le Pôle Bijou de la Communauté de Communes des Vallées du Cristal à Baccarat depuis que l’idée en est née. Au cours d’une vie entière au service de la bijouterie et de la création, et avec une passion pour le courant Art Nouveau et l’Ecole de Nancy,  Jacky Schwartz a été consacré en 2000 par le Prix Dunhill Prestige International qui récompense un artisan exerçant un métier rare lié au luxe et au prestige, et à ce jour le seul Lorrain à l’avoir reçu. Il travaille beaucoup à partir de la technique ancestrale dite de la « cire perdue ». Un modèle en cire est créé par des techniques de sculpture, puis englobé dans un moule réfractaire que l’on cuit pour faire fondre le modèle en cire qu’il contient. Le moule contient alors un creux (là où précédemment il y avait la cire) qu’il s’agira de combler par une coulée de métal, de verre (pâte de verre) … L’objet ainsi obtenu est une copie exacte du modèle original en cire.

 

Bijoux Monnaie du Pape de J. Schwartz

Bijoux Monnaie du Pape de J. Schwartz

 

Jacky Schwartz sera présent samedi et dimanche pour expliquer son travail.

Installée à Nancy depuis 2013, la graveuse Jeanne PICQ obtient son diplôme de gravure à l’école Estienne en 2007, après avoir étudié une année aux ateliers de Sèvres et une à l’ENSAAMA Olivier de Serre. Dès lors , elle se consacre à la réalisation d’estampes dans différents ateliers parisiens, puis au sein de l’atelier La Belle Estampeà Bordeaux.
Son travail mixe différentes techniques de taille douce (eau forte, pointe sèche, aquatinte,..) ainsi que des techniques de linogravure, alliées très souvent à des encollages de papiers à motifs.”

Les Foulettes, Jeanne Picq

Les Foulettes, Jeanne Picq

On retrouvera Jeanne Picq pour deux autres moments d’initiation à l’estampe, organisés dans le cadre de la prochaine exposition Victor Prouvé et l’art de l’estampe:

– le samedi 11 juin à 10h30, pour les adultes
et le
– mercredi 8 mai à 14h30, pour les enfants de 7 à 11 ans.

(Réservations auprès du service des publics)

Et rappelez-vous, pendant les JEMA, le musée est GRATUIT!

Les femmes du musée…

8 mars 2016
Victor Prouvé, portrait des demoiselles Moulin, 1903. M%usée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Victor Prouvé, portrait des demoiselles Moulin, 1903. Musée de l’École de Nancy. Photo C. Philippot

Nous avons déjà évoqué l’absence remarquée de membres féminins dans la fondation de l’École de Nancy et plus généralement parmi les artistes nancéiens.

Rose Wild ou Madeleine Deville sont les seules à avoir laissé leurs noms sur des œuvres conservées au musée. Pourtant l’influence  des femmes dans l’École de Nancy fut décisive: Henriette Gallé, Jika Majorelle… comme dit le proverbe, “derrière chaque grand homme, il y a une femme”!

Barco Nancy  photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

Barco Nancy photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

En 1962, Françoise-Thérèse Charpentier devient la première conservatrice du nouveau musée de l’École de Nancy ouvert dans l’ancienne propriété Corbin. Grâce à ses liens privilégiés avec les filles d’Émile Gallé notamment, elle contribue par un intense travail de fond  à la redécouverte du mouvement, couronnée par l’exposition consacrée à Émile Gallé à Paris en 1985.

F-T Charpentier (en blanc) lors de l'inauguration du musée le 26 juin 1964. Photo archives M. Daum, MBA Nancy

F-T Charpentier (en blanc) lors de l’inauguration du musée le 26 juin 1964. Photo archives M. Daum, MBA Nancy

Aujourd’hui, c’est toujours une conservatrice, Valérie Thomas, qui  dirige le musée depuis 20 ans!

En cette journée de la femme, hommage à celles qui œuvrent au musée de l’École de Nancy! Chacune dans leur spécialité, elles contribuent à le faire rayonner…

Une partie de l'équipe du musée en 2014

Une partie de l’équipe du musée en 2014

Nos agent(e)s d’entretien: Malika, Françoise et Berthe, ainsi que Laetitia à la Villa Majorelle

Nos agent(e)s d’accueil: Smahane, Jacqueline, Nathalie, Tracy et Jeanine

Et nos vacataires: Hélène, Ursule, Anaïs et Olivia

Nos guides- conférencières: Kathy, Lucie, Christine, Prescilla et Ghislaine pour les ateliers

Notre documentaliste: Blandine

Notre responsable des publics: Emmanuelle

Notre responsable du service des publics: Véronique

Notre chargée de la communication: Véronique

Notre agent comptable et administratif: Ingrid

Notre directrice administrative: Monia

Notre bénévole: Roselyne

Notre directrice: Valérie

Et une petite pensée aussi pour celles qui sont parties mais qui ont laissé leur marque: Anne-Laure, Raymonde, Francine, Françoise, (les) Dominique, Hélène… et bien sûr Monique (†)

Et à sa manière, Mie, la petite mascotte du musée qui nous a quitté hier, participait elle aussi au rayonnement du musée.

 

Mie, la petite pensionnaire du musée...

Mie, la petite pensionnaire du musée…

C’était le Nouvel An Chinois!

11 février 2016

Même si c’est davantage vers le Japon que se sont tournés les artistes de l’École de Nancy, plusieurs pièces montrent des détails d’inspiration chinoise. Il semblerait d’ailleurs que depuis Nancy, on ne faisait pas toujours la différence!  Voici donc notre hommage pour l’année du singe!

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Année du singe oblige: une assiette à décor de singe et fleurs, par Émile Gallé. ©MEN, photo M. Bourguet

 

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Ce cache-pot à tête de chien Fô ou Shishi, s’inspire des lions gardiens des temples que l’on trouve tant en Chine qu’au Japon. (Émile Gallé) © MEN, photo C. Philippot

 

BD Emile Gallé, porte pinceau Chasseur oriental, vers 1884. Cliché MEN D. Boyer

Le personnage à chapeau de paille qui se cache dans les bambous géants est un “chasseur oriental”, créé par Émile Gallé vers 1884. Il décore un objet dit “porte-pinceaux”. © MEN, cliché D. Boyer

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Émile Gallé ne craint pas le mélange des genres: ce dragon si populaire dans l’imagerie chinoise a pour pendant un lion héraldique…© MEN, cliché D. Boyer

 

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Le piano d’Auguste Majorelle, médaille d’or à l’Exposition universelle de 1878, associe les motifs chinois des chiens Fô (pour les pieds) à des personnages vêtus de kimonos japonisants. Surtout, la technique du vernis Martin, héritée du 18ème siècle, exprime le goût du décor “à la chinoise” imitant les laques. © MEN, cliché D. Boyer

Pour en savoir plus sur le vernis martin, c’est ici

 

Sans titre

Le nouvel agenda des musées est sorti!

4 février 2016

Retrouvez toute l’actu des musées de Nancy, et tout particulièrement de votre musée favori ici!

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Les prochains rendez-vous du musée:

- A gla gla, une animation pour les 7-11 ans pendant les vacances,
mercredi 17 février de 14h30 à 16h

- Les Lumineuses, avec la présentation en AVANT PREMIÈRE du lustre Les Algues de Louis Majorelle, après sa restauration,
dimanche 20 mars de 10h30 à midi

- Pâques au musée, pour les petits de 5 à 7 ans,
dimanche 27 mars de 10h30 à midi

- Les Journées européennes des Métiers d’art, des démonstrations et animations autour des métiers du métal,
samedi 2 et dimanche 3 avril de 10h à midi et de 14h à 17h
Entrée gratuite tout le week end!

et à partir du 30 mars: la nouvelle exposition-dossier
Victor Prouvé et l’art de l’estampe
dont nous reparlerons bientôt!

Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à la newsletter du service des publics des musées et réservez vite vos places!
Courriel: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

 

L’œil de la romancière Edmonde Charles-Roux sur Victor Prouvé

21 janvier 2016

En 1999, la romancière et membre de l’Académie Goncourt, Edmonde Charles-Roux livre dans sa préface au catalogue de l’exposition proposée à la Douëra à Malzéville son regard sur Victor Prouvé, sur l’École de Nancy et sur 1999, année où se superposent les grandes expositions nancéiennes et Le Temps du Maroc en France.

Charles-Roux 1Charles-Roux 2Extrait du catalogue de l’exposition “Victor Prouvé: Voyages en Tunisie; 1888-1890″, La Douëra – Ville de Malzéville, 12 mai – 27 juin 1999, publié aux Editions Serpenoise.

Bonne année 2016 !

7 janvier 2016

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Cliquez sur l’image pour l’animer…!

Adieu 2015…

22 décembre 2015

Toute l’équipe du musée de l’École de Nancy vous souhaite de joyeuses et heureuses fêtes de fin d’année…

Le musée est ouvert pendant les fêtes, à l’exception des 25 et 31 décembre.

Nous vous donnons rendez-vous en 2016!

Victor Prouvé, étude (Janvier) pour le décor du grand salon de l'hôtel de ville de Nancy, vers 1891, MEN. Cliché C. Philippot

Victor Prouvé, étude (Janvier) pour le décor du grand salon de l’hôtel de ville de Nancy, vers 1891, MEN. Cliché C. Philippot

L’encre noire de la calomnie…

14 décembre 2015
E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

Parmi les œuvres conçues par Gallé pour l’Exposition universelle de 1900, et présentées dans l’exposition actuellement au musée des Beaux-Arts, vous n’aurez pas manqué de remarquer cette fiole à encre, intitulée La Calomnie, prêtée par le Kitazawa museum of art (Japon). Cette pièce était présentée dans l’une des deux vitrines encadrant le four verrier, Les Granges.

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Appelée aussi Les Baies de sureau, cette gourde est décrite ainsi par Louis de Fourcaud (1), le premier biographe de Gallé : « Sous le coup d’émotions violentes nées d’évènements publics, le peintre exécutait, toujours d’après les inventions de figures de M. Prouvé, et montrait en 1900 une fiole à encre, les Baies de sureau, au camée d’un bleu sinistre, stigmatisée d’une effigie de la Calomnie ». Sur la base renflée se détache en faible relief un visage de sorcière en train d’écrire des accusations mensongères, personnifiant le mot « calomnie » inscrit en intaille, tandis que les baies de sureau évoquent, sur la partie supérieure, aussi bien la couleur de l’encre d’imprimerie que la noirceur des accusations proférées pendant l’Affaire Dreyfus.

Détail du vase La Calomnie

Détail du vase La Calomnie

Le rôle de la presse y est capital, en effet, y compris à Nancy. Dès le 23 janvier 1898, Gallé, qui vient de signer la deuxième protestation des intellectuels à la suite de la publication du « J’accuse » d’Émile Zola, écrit au Progrès de l’Est pour expliquer sa position : « Dans le Progrès (…), on lisait hier que j’ai signé une protestation en faveur de Dreyfus. La rédaction que j’ai signée est écrite dans un esprit différent. Elle ne prétend nullement se prononcer sur l’innocence, pas plus que sur la culpabilité, personne de nous n’en possédant les preuves. Elle se borne à demander, pour tous les accusés sans exception, le maintien et l’observation des garanties stipulées par la loi française. (…) On ne pourra bientôt plus souhaiter la lumière, parler de justice et de vérité, sans passer pour un mauvais patriote. Il est douloureux d’avoir à le constater. » (2) Malgré ce positionnement plutôt en retrait, Gallé est immédiatement attaqué par les antidreyfusards, et en particulier son « ami » Maurice Barrès. Celui-ci critique violemment les signataires de la protestation en ces termes : « Ces intellectuels sont un déchet fatal dans l’effort tenté par la société pour créer une élite. Dans toute opération, il y a ainsi un pourcentage de sacrifiés. Un verrier m’a souvent expliqué ce qu’il perd de pots pour un qui réussit. » (3) L’allusion évidente n’échappe pas à Gallé qui rompt avec panache leur amitié dans une lettre publiée dans l’Aurore en usant d’une citation extraite des Déracinés du même Barrès (4) ! Celui-ci est alors rédacteur en chef du Courrier de l’Est, dont il fait l’organe de ses convictions nationalistes et antisémites. Face à une presse locale massivement antidreyfusarde, de L’Est républicain à La Croix de l’Est en passant par Le Petit Antijuif de l’Est de Drumont (5), le Progrès de l’Est est la seule tribune ouverte aux partisans de Dreyfus. L’hostilité exprimée envers ces derniers tend à une violence inouïe, distillant un climat délétère à Nancy. Le Progrès déposera le bilan en décembre 1900. Dans l’urgence, le Comité républicain du commerce et de l’industrie, les dreyfusards nancéiens, les membres de la Ligue de défense des droits de l’Homme et les francs-maçons du Grand Orient fondent L’Étoile de L’Est, dont le premier numéro paraît le 2 janvier 1901 (5).

 

E. Gallé, sept projets pour l'en-tête de l'Etoile de l'Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

E. Gallé, sept projets pour l’en-tête de l’Etoile de l’Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

« J’ai constamment des vertiges et cette affaire me donne des angoisses qui ne me laisseront bientôt plus dormir », écrit Gallé dans une lettre datée du 19 octobre 1898 (6). En quelques mois, l’Affaire a pris une ampleur inouïe en France, et dans la vie du verrier. Informé de manière très précise par des proches de l’Affaire (voir article précédent), Gallé n’a de cesse que de participer activement à la réparation de l’injustice. Souvent attaqué dans la presse, directement ou par allusions, il prend le temps de répondre point par point, si bien qu’un journaliste de l’Est républicain se dit « persécuté (…) par l’exquis poète verrier M. Émile Gallé. » (7) Le «plus beau lapin de la Garenne » (8), pourtant, ne cède jamais. Le vase La Calomnie apparaît ainsi comme une réponse subtile et poétique face aux injures faite à Dreyfus et face au dénigrement haineux qui entoure le « ménage de verriers », et ses proches (9).
Au-delà de la polémique épistolière, se pose surtout pour Gallé la question cruciale de l’opportunité de se servir de son art pour appuyer son combat. Lui qui n’hésitait pas en 1889 (10) à rappeler à la France ses devoirs envers les territoires annexés en 1871, proclame qu’ « Aujourd’hui, il faut jeter des fleurs sous les pieds des barbares ! Il faut répandre la grâce touchante de leur mort sur les objets les plus modestes !» (11). Le mode opératoire cependant a évolué entre 1889 et la préparation de l’Exposition universelle de 1900. Le langage de Gallé, fortement symbolique et poétique, n’est plus aussi évident, et les références à l’Affaire ne sont pas toutes aisées à comprendre. Pourtant l’allusion politique est manifeste, et Gallé manie avec une dextérité rare l’association d’un décor symbolique, d’un message poético-politique et d’un matériau aux effets expressifs. Le verre, plus que jamais sait révéler ou masquer ces vérités et complots qui gangrènent la IIIème République.

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Avec Les Hommes noirs (MEN) et le vase d’accueil Pomme de sapin (collection particulière), La Calomnie est la troisième pièce dont le décor est commandé à Victor Prouvé à cette occasion. Comme pour chaque grande exposition depuis 1884, Gallé fait appel à Prouvé pour les pièces importantes sur lesquelles il souhaite utiliser la figure humaine. Les trois pièces se caractérisent par le choix de coloris sombres, symbolisant, au moins pour les Hommes noirs et La Calomnie, « la boue noire d’où sortent des êtres misérables », l’obscurantisme et le complot qui entourent l’affaire Dreyfus. Face à ces noirceurs, Gallé ose espérer que « la vérité s’allumera comme une lampe »(12). Le cas du vase Pomme de sapin (appelé aussi Pitié ou Charité), dont on ignore d’ailleurs s’il figura effectivement à l’Exposition, est plus complexe (13). Une lettre de Gallé à Prouvé datée de 1899 éclaire néanmoins son sens et sa place dans un programme décoratif très préparé : « Cette pièce devra faire partie d’une série rêvée par moi de Fruits spirituels, les uns bons et les autres mauvais. Celle-ci sera la pomme de sapin (…) formant ainsi cadre au sujet inspiré de ce thème : car j’ai eu froid et vous m’avez réchauffé, J’étais étranger et vous m’avez recueilli. » Gallé cite ici l’Evangile selon St Mathieu (25.35). La référence biblique est justement présente sur plusieurs œuvres dreyfusardes de l’exposition, comme cette citation tirée du Livre d’Isaï, Sicut hortus semen suum germinat , sic Deus germinabit Justitiam (De même que le jardin fait germer la semence, Dieu fera germer la justice), inscrite sur une table à thé.

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

L’engagement de Gallé en faveur de Dreyfus acquiert ici une nouvelle nuance. Gallé n’est pas seulement critiqué parce que dreyfusard, mais aussi parce que protestant. La presse nationaliste agite alors le spectre effrayant d’un syndicat dreyfusard à la solde de l’Allemagne regroupant francs-maçons, juifs et protestants. A de nombreuses reprises, on comprend combien est intolérable pour Gallé l’usage –détourné-  du christianisme par les antidreyfusards catholiques. Ce sentiment est rendu avec une grande sensibilité dans Le Figuier, où Gallé a « sculpté avec piété et douleur le signe auguste d’un plus oublié encore, et qui souffrit et mourut pour avoir promis qu’ « heureux seront ceux qui ont faim et soif de justice, parce qu’ils seront rassasiés »(14). Ce vase en forme de calice, décoré de larmes de verre, du figuier et du chrisme, invite à réconcilier dans la communion chrétiens et juifs, au nom de ces paroles extraites des Contemplations de Victor Hugo : « Car tous les hommes sont les fils d’un même père/ Ils sont la même larme. Ils sortent du même œil ».

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Dans les années qui suivent l’exposition universelle, Gallé s’investit plus encore dans le champ politique. En 1902, il devient président d’honneur de la Fédération républicaine de Meurthe-et-Moselle, puis président d’honneur de l’association Gambettiste, alors qu’au même moment,  la liste nationaliste et antirépublicaine remporte les élections législatives à Nancy.

Ces positions fragilisent son œuvre de réunion des entreprises artistiques lorraines au sein de l’École de Nancy, comme en témoigne la lettre de Victor Prouvé de mai 1902 : « le nationalisme et le reste n’ont rien à faire en cette circonstance, pour ce qui concerne l’École de Nancy. Ce n’est qu’avec l’absence d’allusions malheureuses, de parti pris que tous adhèreront ».
Le poids de l’affaire Dreyfus pèse sur Gallé jusqu’à son décès. Si les hommages unanimes célèbrent avant tout l’artiste, ils passent sous silence son engagement dreyfusard, à l’exception notable de L’Est républicain  qui « regrette de devoir faire une réserve d’ordre politique sur cette tombe à peine fermée », le 26 septembre 1904. A cela Gallé aurait pu lui-même répondre :
«Mes travaux m’interdisent, comme vous le pensez, de prendre une part active aux affaires publiques. Je n’en ai pas moins constaté, dans les malheureuses années que nous venons de traverser, les défaillances de tristes spécialistes à qui leur pays avait confié la garde des principes fondamentaux de nos libertés. J’ai vu se commettre des forfaits sans expiation, sans réparation. (…)
Je suis prêt, le cas échéant, à protester encore. C’est le droit, c’est le devoir d’un honnête homme, d’un citoyen. » (15)

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

(1) « Emile Gallé », in La revue de l’art ancien et moderne, octobre 1902, pp. 281-296.
(2) Lettre publiée par le Progrès de l’Est le 24 janvier 1898.
(3) In Le Journal, 1er février 1898
(4) Lettre reproduite dans B. Tillier, Emile Gallé. Le verrier Dreyfusard, 2004, pp. 56-57, publiée dans l’Aurore le 15 février 1898.
(5) Gallé dessine l’en-tête du journal représentant une étoile aux rayons dirigés vers les clochers nancéiens. A voir dans l’exposition.
(6) Citée par F-Th. Charpentier, Émile Gallé, industriel et poète, Nancy, 1981.
(7) 16 décembre 1898, cité par Tillier, op. cit., pp. 57-58.
(8) Emile Gallé est ainsi qualifié, en référence à l’adresse de son usine, dans un article du Petit Antijuif de l’Est du 31 juillet 1900 relatif à l’ouverture du Lycée Jeanne d’Arc.
(9) Lettre à Joseph Reinach, le 20 novembre 1898, citée par Tillier, op. cit., p. 62.
(10)Par exemple sur la table Le Rhin (MEN)
(11)In Revue des arts décoratifs, avril 1898.
(12) Inscription figurant sur la lampe bulbe (cat.102), conservée au Badisches Landesmuseum de Karlsruhe.
(13) Ce vase a été exposé en 2008, lors de l’exposition « Victor Prouvé. Les années de l’École de Nancy », (cat.144)
(14) E. Gallé, « Mes envois au salon », in Revue des Arts décoratifs, 1898, pp. 144-148
(15) Le Temps, 13 décembre 1902.

Bibliographie :

B. Tillier, Emile Gallé, le verrier Dreyfusard, Paris, 2004
F. Parmantier, « Gallé le Dreyfusard », in Arts nouveaux, n°22, 2006, pp. 24-29.
Id. « Emile Gallé et Victor Prouvé, « ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front », in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Paris, 2015, pp .15-35.

Saint Nicolas, te voilà!

1 décembre 2015

Retrouvez votre âme d’enfant au musée de l’école de Nancy en fêtant la Saint Nicolas avec nous! Entrée du musée et animations gratuites!

Dans l'ordre: les trois enfants, l'ange, le boucher, St Nicolas, l'âne,  et le père Fouettard§ Illustration Schlep

Dans l’ordre: les trois enfants, l’ange, le boucher, St Nicolas, l’âne, et le père Fouettard§ Illustration Schlep

Samedi 5 et dimanche 6 à 10h30 et 14h30
Visite en famille 20 000 lieues sous les mers
A partir de 6 ans
Gratuit, sur réservation

Et tout le week end :

Le p’tit train de la Saint Nicolas vous emmène au musée depuis la place Stanislas (surprises et humour compris)
Départs à 10h et 14h, dans la limite des places disponibles

Le p’tit thé de la Saint Nicolas vous attend au musée entre 10h et 12h et 14h et 17h, avec dégustation de thé de Noël et de gourmandises!

(Bon plan: l’entrée de la villa Majorelle est gratuite aussi!! N’oubliez pas de réserver!)

Bravo et merci bon Saint Nicolas!!

Réservez vite:

Service des publics
tél (le matin): 03.83.17.86.77

courriel: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr