La Villa Fournier-Defaut à Nancy

26 septembre 2014

Nous avons le plaisir de publier ici l’article de Jérôme Perrin, paru dans le revue de la Route Européenne de L’Art nouveau coupDefouet n°23 en catalan et en anglais. Merci à l’Inventaire de Lorraine qui nous a autorisé à reproduire les illustrations.

La villa Fournier-Defaut
Construction et destruction de la villa-témoin du Parc de Saurupt

 Jérôme PERRIN
Assistant de conservation
Villa Majorelle

 

En 1901, un vaste projet immobilier est lancé à Nancy devant aboutir à la construction d’un quartier résidentiel privé de 88 villas sur une surface de 20 hectares. Ces villas – somptueuses – étaient « destinées à être habitées bourgeoisement par des familles de propriétaires, rentiers, industriels, négociants, officiers ou personnes exerçant des professions libérales[1]. »

 

Villa Fournier-Defaut D’après E.Badel – Le parc de Saurupt à Nancy, 1906 Repr. D.Bastien © Région lorraine – Inventaire général

Villa Fournier-Defaut
D’après E.Badel – Le parc de Saurupt à Nancy, 1906
Repr. D.Bastien © Région lorraine – Inventaire général

Une loge de gardien à l’entrée et une grande grille assuraient aux futurs propriétaires une quiétude et une sécurité optimales. Le projet d’aménagement fut confié à deux jeunes architectes nancéiens, Emile André (1871-1933) et Henry Gutton (1874-1963). Mais, en raison de l’éloignement du centre ville et du coût d’achat et de construction, ce projet ambitieux n’a abouti en 1906 qu’à l’édification de six maisons. La première maison construite est issue de la collaboration des architectes Henri Gutton[2] (1851-1933) et Joseph Hornecker (1873-1942) pour le compte de l’entreprise Fournier et Defaut, entrepreneurs attitrés du Parc de Saurupt.

 

Villa Fournier-Defaut, façade postérieure  D’après E.Badel – Le parc de Saurupt à Nancy, 1906 Repr. D.Bastien © Région lorraine – Inventaire général

Villa Fournier-Defaut, façade postérieure
D’après E.Badel – Le parc de Saurupt à Nancy, 1906
Repr. D.Bastien © Région lorraine – Inventaire général

Située à l’origine en face de la loge du gardien, elle occupait la plus importante propriété du parc : 2100 m². Le chantier, commencé en 1902, s’achève en 1904. Construite dans un style Art nouveau éclectique, la maison est érigée selon un principe rationaliste où la fonction détermine la forme générale, d’où les nombreux décrochements de façades et corps de bâtiments. Le parti pris de l’architecte Hornecker était de combiner tradition et modernité pour faire de cette maison une sorte de villa-témoin du Parc de Saurupt : « Le style classique s’y marie très habilement avec la fantaisie moderne : voici des tourelles d’avancée, un haut pignon richement décoré, des balcons et des bow-window, un magnifique jardin d’hiver, des baies largement ouvertes sur le soleil, des cheminées Renaissance et une toiture aiguë et coquettement découpée.[3] »

Corniche, plafond, avant démolition, 1974  Ph. G.Clement © Région lorraine – Inventaire général

Corniche, plafond, avant démolition, 1974
Ph. G.Clement © Région lorraine – Inventaire général

Un riche décor Art nouveau aux motifs floraux ornait l’extérieur et l’intérieur : vitraux floraux de Joseph Janin, moulurations en stuc à décor de pommes de pin, sculptures de pavot, céramiques émaillées et ferronneries en “coup de fouet”, entre autres. La maison est inoccupée jusqu’en 1906, date à laquelle elle est mise en location, puis vendue en 1911 à Albert Crovisier qui apporte quelques petites modifications : il commande un nouveau vitrail à Jacques Gruber et fait ajouter une marquise au-dessus de la porte d’entrée principale.

 

Cage d’escalier, avant démolition, 1974 Ph. D.Bastien©Région lorraine – Inventaire général

Cage d’escalier, avant démolition, 1974
Ph. D.Bastien©Région lorraine – Inventaire général

Une démolition exemplaire

Proposée à la vente à la fin des années 1960, la villa, qui ne trouve pas d’acquéreur, est alors squattée illégalement et se détériore en l’absence d’entretien . En 1974, un projet immobilier, prévoyant la construction d’un ensemble de cinq villas de standing à l’emplacement de la villa Fournier-Defaut, est alors lancé et le permis de démolir et de construire est accordé. Un article[4] rappelle que la maison était récupérable, à la condition d’y investir plusieurs dizaines de milliers de francs de l’époque. Le journaliste rappelle également que « maintenant que l’heure de passer aux actes a sonné, on s’étonne, on se débat, on crie au scandale, on s’époumone. Trop tard[5]. » La villa Fournier-Defaut devait en effet bénéficier d’une mesure de protection grâce à une demande d’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Mais cette demande est faite après que les permis de démolir et de construire aient été accordés.

 

Ensemble en cours de destruction, 1974 Ph. J.Guillaume © Région lorraine – Inventaire général

Ensemble en cours de destruction, 1974
Ph. J.Guillaume © Région lorraine – Inventaire général

La villa Fournier-Defaut est alors démolie malgré la protestation de plusieurs associations d’habitants et d’étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy qui réalisent à cette occasion plusieurs affiches dénonçant le massacre du patrimoine. Seule la grille de clôture a été préservée et délimite encore aujourd’hui l’ancienne propriété. Si cette mobilisation ne suffit pas à arrêter la destruction de la villa, elle a comme conséquence une prise de conscience globale de la valeur du patrimoine Ecole de Nancy. Même si le musée de l’Ecole de Nancy, inauguré en 1964, est principalement dédié à la conservation de l’art décoratif Art nouveau, le grand public est encore peu sensibilisé – et sensible – à cette forme d’art et les destructions de ce patrimoine en Europe sont très courantes dans les années 1950-1970. Ainsi quelques années plus tôt à Nancy, en 1968, la maison Luc, également issue de la collaboration de Gutton et Hornecker, avait été détruite[6]. Mais la destruction de la villa Fournier-Defaut, et surtout la mobilisation qu’elle a suscité, a débouché à la protection rapide de plus d’une trentaine de maisons de style Ecole de Nancy. En 1976, une importante exposition présentée à Paris et à Nancy[7] a permis de faire le point sur ce patrimoine exceptionnel et sur l’urgence d’en assurer durablement la protection.

 

[1] Parc de Saurupt. Clauses, charges et conditions. Première partie. Titre V. Professions

[2] Henri Gutton est l’oncle de Henry Gutton (NDA : note de l’auteur)

[3] Emile BADEL. Le Parc de Saurupt hier, aujourd’hui et demain. Nancy, 1906

[4] Daniel LECLERC, “Feu vert aux affaires rue des Brice : La maison de Gutton démolie”, L’Est républicain, édition de Nancy, 26 novembre 1974. L’Est républicain est l’un des principaux quotidiens locaux lus à Nancy (NDA)

[5] op. cit.

[6] La maison Luc était située 27, rue de Malzéville à Nancy. Une partie de la décoration extérieure et intérieure a cependant pu être sauvée et déposée au musée de l’Ecole de Nancy : rampe d’escalier, ferronneries, luminaires, vitrail, chenets…

[7] Ouvrage collectif. Nancy architecture 1900. Guide de l’exposition. Nancy : Office de tourisme, 1976.

LES JOURNEES EUROPEENNES DU PATRIMOINE…

19 septembre 2014

C’est demain et dimanche!

31ème édition des Journées Européennes du Patrimoine

31ème édition des Journées Européennes du Patrimoine

Cette année, le thème est “patrimoine culturel – patrimoine naturel”… Quoi de plus adapté au musée de l’École de Nancy? Au risque de se répéter, nature et art ne font qu’un pour l’École de Nancy. Aussi cette année pour les Journées du Patrimoine, l’idée a germé (!) de faire le lien entre la nature telle qu’elle s’exprime dans le jardin et son interprétation sur les objets décoratifs. A l’aide d’une petite brochure remise aux visiteurs, ceux-ci sont invités à aller observer les plantes du jardin, puis à trouver leurs correspondances dans les salles d’exposition…

Au passage, ils pourront s’attarder pour contempler et étudier la collection de fleurs créées par Victor Lemoine et élevées par l’École d’Horticulture de Roville-aux-Chênes. Sans oublier bien sûr de profiter de ces journées d’accès libre pour visiter l’aquarium (entre 14h et 18h)! Enfin, la boutique du musée propose une braderie de catalogues et ouvrages… A vous les bonnes affaires!

L'aquarium du musée, attribué à Lucien Weissenburger, ouvert exceptionnellement tout l'après midi

L’aquarium du musée, attribué à Lucien Weissenburger, ouvert exceptionnellement tout l’après midi

Mais demain, 20 septembre, c’est aussi le lancement du programme d’automne du musée “spécial 50 ans”! Outre l’exposition-dossier Petite et grande histoire du musée de l’École de Nancy, il ne faut pas manquer d’aller voir le fameux lustre à décor d’algues de Majorelle que l’Association des Amis du Musée souhaite acquérir.

Demandez le programme d'automne du musée!

La saison d’automne Spécial 50 ans commence dès demain

La Villa Majorelle n’est pas en reste, puisqu’elle sera ouverte au public en accès libre de 10h à 12h et de 14h à 18h. On y découvrira plusieurs pièces de mobilier créées par les élèves de la section design de l’École Supérieur d’Art de Nancy et réalisées par les élèves du Lycée professionnel Pierre et Marie Curie de Neufchâteau.  La relève du design… les héritiers de Majorelle?

Un tabouret tout en finesse conçu par Benoît Godbert de l'ENSA Nancy exposé tout le week en à la villa Majorelle...

Un tabouret tout en finesse conçu par Benoît Godbert de l’ENSA Nancy exposé tout le weekend à la villa Majorelle…

Bon week end du Patrimoine…! Nous vous attendons nombreux!

 

Feuilles d’automne…

9 septembre 2014

Deux publications récentes sur l’Art nouveau à consulter d’urgence…

A partir de vendredi prochain, l’Association des Amis du Musée de l’École de Nancy proposera sur son stand du Livre sur la Place son nouveau magazine “Arts nouveaux” N°30.

Pour les impatients, en voici le sommaire alléchant!

Arts nouveaux n°30

Arts nouveaux n°30

Un sommaire passionnant

Un sommaire passionnant

 

  •       La Pharmacie du Cygne à Alesund (Norvège), par Ingvil Eilersten Grimstad

Ville côtière de Norvège, Alesund doit sa notoriété à un incendie qui détruit la ville en 1904. Tout le centre-ville est alors reconstruit dans un style combinant Art nouveau et romantisme national. La pharmacie du Cygne combine ces deux inspirations, avec sa façade de granit gris surmontée d’une tour et scandée d’ouvertures aux formes variées. L’agencement intérieur de la pharmacie, tout en courbe, est traité en bois exotique décoré de sculptures inspirées par la mythologie norvégienne.

Alesund et son Jugenstilenteret, installé dans l’ancienne pharmacie du Cygne, sont les partenaires de Nancy au sein du Réseau Art nouveau. Ingvil Eilersten Grimstad est Conseillère en Chef au Jugendstilenteret.

Direction Alesund en Norvège...

Direction Alesund en Norvège…

  •   Keller & Guérin à Lunéville et la Rookwood Pottery à Cincinnati, par Étienne Tornier

Dès les années 1880, une bonne partie de la production de la faïencerie lunévilloise était destinée à l’exportation, notamment vers les États-Unis. La présence massive de manufactures européennes sur le marché américain contribue largement à la naissance d’une industrie locale, bénéficiant de l’ouverture des premiers musées et écoles d’arts appliqués sur le modèle européen. La qualité de cette production – celle notamment de la Rookwood Pottery de Cincinnati- oblige les manufactures européennes à réviser leurs modèles et pousse même Keller et Guérin à se lancer dans des imitations  afin de maintenir son succès sur le sol américain.

Etienne Tornier est chargé d’études et de recherches à l’INHA, Paris

  • Victor Prouvé et la commande de décoration publique parisienne, par Blandine Otter

Ce nouvel article de Blandine Otter, assistante de conservation principal au musée de l’École de Nancy, fait suite à l’article paru l’an passé et consacré à Victor Prouvé et la commande publique à Nancy. Victor Prouvé reçoit commande des décors des mairies d’Issy-les-Moulineaux (escalier d’honneur, 1896-97) et du XIème arrondissement de Paris ( salle des fêtes, 1897-1913). On y retrouve les thématiques qui lui sont chères: la famille, la nature, la joie de vivre, l’esprit républicain. La création de ces œuvres, toujours en place, est bien connue grâce à l’abondance de dessins préparatoires, mais aussi à des photographies de modèles ou aux lettres échangées avec ses relations nancéiennes ou sa famille. On découvre alors que l’artiste ne doit pas faire face qu’à de simples questions esthétiques…

  •  Emile et Henriette Gallé. Correspondance 1875-1904, par Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut

A l’occasion de la parution en mai dernier du recueil des lettres échangées par Emile Gallé et son épouse Henriette Gallé-Grimm entre 1875 et 1904, Jacqueline Amphoux, leur arrière-petite-fille, et Philippe Thiébaut, conservateur général du patrimoine, reviennent sur cette correspondance et son importance dans l’approfondissement de la connaissance du travail de Gallé. Une sélection précise de lettres, échangées dès les fiançailles, retrace leur histoire commune, et affirme la place essentielle d’Henriette dans la vie d’Émile non seulement sur le plan personnel, mais aussi sur le plan professionnel.

Jacqueline Amphoux et Philippe Thiébaut ont répondu à l’invitation de l’AAMEN et du musée de l’École de Nancy pour aborder ces sujets au cours d’une conférence proposée le 8 octobre à 18h30 à l’amphithéâtre du Museum-Aquarium.

  • Produire pendant la Première Guerre. Les établissements Gallé, par Valérie Thomas

La récente exposition-dossier consacrée aux activités des membres de l’École de Nancy pendant la Première Guerre mondiale a permis de mettre la lumière sur une production méconnue et peu documentée, celle des Établissements Gallé. A la mort d’Émile Gallé, sa veuve Henriette reprend la direction de l’entreprise avec l’aide de ses gendres et des collaborateurs de son mari. Jusqu’à son décès en avril 1914, elle développe la production sérielle de petits meubles et d’objets, en particulier celle des vases gravés à l’acide. La guerre provoque l’arrêt presque total de la production, rendue impossible en premier lieu par la mobilisation des ouvriers et la proximité géographique du front. Cependant, l’usine réussit à maintenir une petite production, essentiellement de verrerie utilitaire, parmi laquelle on trouve une série dite “vases de guerre”. Valérie Thomas, conservateur en chef du musée de l’École de Nancy, a réuni les quelques documents et  archives connus pour évoquer ces verreries.

  •  Le soutien d’Émile Gallé à la libération des esclaves en Afrique, par François Le Tacon

En octobre 2015, le musée de l’École de Nancy proposera une grande exposition consacrée à l’École de Nancy face aux questions politiques de son temps. On connaît bien l’engagement de Gallé en faveur du Capitaine Dreyfus, mais Gallé soutint bien d’autres luttes, comme celle évoquée dans le présent article, la libération des esclaves d’Afrique de l’ouest et l’amélioration de leurs  conditions de vie dans les villages de liberté créés par l’armée française.

François Le Tacon, directeur de recherches à l’INRA,  est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à Émile Gallé.

Arts Nouveaux, magazine de l’art nouveau, n°30, septembre 2014.
Édité par l’ Association des Amis du Musée de l’École de Nancy, 52 pages, illustrations couleurs, 7 €

En vente sur le stand de l’AAMEN au salon du Livre sur la Place, du 12 au 14 septembre, à la caisse du musée de l’École de Nancy ou par correspondance en contactant  l’AAMEN: aamen@wanadoo.fr

coup De fouet n°23

coup De fouet n°23

Le nouveau numéro du magazine coup De fouet, revue de la Route Européenne de l’Art nouveau (Barcelone) propose également un sommaire captivant qui nous invite à voyager à travers le monde Art nouveau!

Hommage à C. Rennie Makintosch

Hommage à C. Rennie Makintosch

Un dossier richement illustré consacré à l’architecte Ödön Lechner nous entraine en Hongrie, en Slovaquie et même en Roumanie, à l’occasion du 100ème anniversaire de sa disparition. Ce nouveau numéro de Coup de fouet invite à de nombreuses autres découvertes, comme celle de l’artiste afro-américaine Meta Warrick Fuller, des jardins tropicaux de La Havane, ou du Palais de la Culture de Riga récemment restauré.

Nous avons lu avec attention l’article consacré par Jérôme Perrin, assistant de conservation principal à la villa Majorelle, à la villa Fournier-Defaut, construite dans le Parc de Saurupt à Nancy, et dont la démolition en 1975 agit comme un révélateur pour la cause de l’Art nouveau alors dénigré ou ignoré.

La villa Fournier-Defaut à Nancy

La villa Fournier-Defaut à Nancy

coup De fouet n°23, 2014
Revue bilingue anglais-catalan
Contact: coupDefouet@coupDefouet.eu, Tel: +34 932 562 509
www.artnouveau.eu

Bonne lecture!

 

 

Une heure avec…l’Ecole de Nancy

5 septembre 2014

à la Bibliothèque Stanislas…

A l’occasion du 50ème anniversaire du musée, la Bibliothèque Stanislas et le musée de l’École de Nancy s’associent pour deux rendez-vous exceptionnels.

Samedi 13 septembre, à 10h30 aura lieu une première séance à deux voix, dédiée aux albums et revues Art nouveau conservés dans le fonds de la bibliothèque. Une rencontre fort intéressante et très complémentaire pour tous ceux qui aiment l’École de Nancy et sont curieux d’explorer un aspect moins souvent montré dans nos murs…

Cette heure sera suivie d’une seconde rencontre le 11 octobre à 10h30, centrée sur les reliures….

Une heure avec... l’École de Nancy

Une heure avec… l’École de Nancy

Entrée libre, sans réservation

BmN – Bibliothèque Stanislas
43, rue Stanislas
54000 NANCY

http://www.reseau-colibris.fr/

AIDEZ-NOUS!

2 septembre 2014

Pour fêter le 50ème anniversaire du musée, l’Association des Amis du musée de l’École de Nancy aimerait lui offrir un lustre à décor d’algues de Louis Majorelle …Pour cela, l’association a besoin de vous!

L’AAMEN lance un appel à contribution pour réunir la somme de 30000 € destinée à l’achat et à la restauration du lustre. Dans le cadre de la loi sur le mécénat, ces dons ouvrent droit à des réductions d’impôts allant jusqu’à 66% du montant pour les particuliers.

Les éléments de ce lustre, actuellement démonté, seront présentés au public à partir du 20 septembre prochain au musée. Outre son importance artistique, sur laquelle nous reviendrons dans un instant, ce lustre possède une histoire intéressante et bien documentée. Le catalogue de la Maison Majorelle le propose dans sa section luminaires. Depuis 1898, Majorelle collabore avec Daum Frères pour une production de lampes associant ferronnerie et verre. Le succès de leur première pièce commune, une lampe Eglantine (Nancy, musée des beaux-arts), cadeau de mariage à Antonin Daum, ouvre la voie d’un marché porteur, celui de l’éclairage électrique…

Louis Majorelle, en collaboration avec Daum Frères, lampe pissenlit. Nancy, MEN. Cliché C. Philippot

Louis Majorelle, en collaboration avec Daum Frères, lampe pissenlit. Nancy, MEN. Cliché C. Philippot

Les deux manufactures puisent à volonté dans le répertoire floral : nénuphars, pissenlits prêts à s’envoler, figuier de barbarie, chardon de Nancy… Dans cette collaboration, il semble que Majorelle ait été particulièrement actif, fournissant les modèles des piètements et des décors. Le confort électrique permet la multiplication des sources lumineuses: lampes sur pied, lampadaires, appliques murales, lustres… Si Majorelle ne va pas, comme Gallé, jusqu’à proposer des girandoles, il offre néanmoins un choix de formes et de modèles inédits, propre à satisfaire sa vaste clientèle.

Catalogue de vente de la Maison Majorelle. MEN

Catalogue de vente de la Maison Majorelle. MEN

Le lustre à décor d’algues offre la particularité d’associer à l’assemblage habituel de métal et de verre soufflé, un disque et des parties pleines des montants réalisés en vitrail. La lumière diffusée par les ampoules placées dans les corolles de verre, se trouve ainsi tamisée par l’effet coloré du vitrail, ici de couleur bleutée. Bien que ne portant pas de signature, on est tenté d’attribuer ces éléments à Jacques Gruber. Collaborateur artistique chez Daum entre 1893 et 1898, Gruber travaille à nouveau avec la verrerie pour l’Exposition Universelle de 1900. Entre temps, Gruber a pris son envol artistique, s’essayant au mobilier tout d’abord, puis trouvant dans le vitrail le domaine où démontrer l’étendue de son talent. La présence d’un plafonnier en vitrail à décor de tournesol dans le mobilier du cabinet dentaire que Gruber réalise pour le Dr Barthélémy en 1905 (conservé au MEN) confirme cet intérêt pour l’emploi de cette technique dans le luminaire, et appuie l’attribution de cette partie du lustre aux Algues à Gruber.

Jacques Gruber, plafonnier à décor de tournesols, vers 1905. Nancy, MEN. Cliché Flash Back Studio

Jacques Gruber, plafonnier à décor de tournesols, vers 1905. Nancy, MEN. Cliché Flash Back Studio

Cette collaboration, pas plus que celle de Daum, n’apparaît pas dans la correspondance entre Majorelle et son acheteur. Celui-ci passe commande de 2 lustres à Majorelle en 1904. Son choix se porte alors sur des plafonniers à décor de monnaie du pape. Majorelle avait lui-même choisi ce décor pour le lustre qui éclairait le palier du rez-de-chaussée de la villa Majorelle. Pourtant, il dissuade son client ne le trouvant “pas commode” et l’oriente vers un décor d’algues.

Vue ancienne de la cage d'escalier de la villa Majorelle. Lustre à décor de monnaie du pape. Cliché MEN

Vue ancienne de la cage d’escalier de la villa Majorelle. Lustre à décor de monnaie du pape. Cliché MEN

On apprend également à la lecture de cette correspondance, conservée par les descendants de l’acheteur, que les deux lustres commandés sont identiques et destinés à deux pièces adjacentes, une bibliothèque et une salle à manger. Le second lustre est de tonalité verte, et est toujours en place dans la maison familiale. Pour une raison qui ne nous est pas connue, le lustre bleu est démonté après la seconde guerre mondiale. Une des parties métalliques a disparu tout comme quelques éléments du disque central. C’est dans cet état qu’il se trouve aujourd’hui, nécessitant une restauration qui pourra lui redonner son aspect d’origine et permettre sa remise en fonction.

Majorelle, Lustre aux Algues, détail des montants. Cliché D. Boyer

Majorelle, Lustre aux Algues, détail des montants. Cliché D. Boyer

On ne connaît pas d’autres exemplaires de ce lustre en collection publique, à l’exception d’un lustre à décor d’hortensias, de composition similaire, conservé aux Etats-Unis, au Chrysler Museum (Virginie). Sur ce dernier, outre un motif différent, on peut aussi constater l’emploi d’une palette de couleurs plus importante.

Majorelle, lustre aux Algues. Partie centrale du plafonnier, à décor de vitrail en camaïeu de bleus. État avant restauration. Cliché D. Boyer

Majorelle, lustre aux Algues. Partie centrale du plafonnier, à décor de vitrail en camaïeu de bleus. État avant restauration. Cliché D. Boyer

Le lustre aux algues que fournit Majorelle présente un décor très abouti, avec un motif que Majorelle a employé à plusieurs reprises. Citons par exemple le buffet de salon Les Algues (Nancy, MEN) , créé vers 1905, qui présente un important décor appliqué en fer forgé ou le lampadaire Poincaré, dont un exemplaire est aussi conservé au musée, créé vers 1909-1911. La souplesse des tiges d’algues présentées en bouquets recourbés correspond bien à la recherche de mouvement constante chez Majorelle. Ses recherches aboutissent à un décor très graphique sur le lampadaire Poincaré, formant  une résille.

Majorelle, en collaboration avec Daum, lampadaire "Poincaré", Nancy, MEN. Cliché Studio Image

Majorelle, en collaboration avec Daum, lampadaire “Poincaré”, Nancy, MEN. Cliché Studio Image

L’entrée de ce lustre dans les collections du musée viendrait donc compléter de manière remarquable le corpus des luminaires Daum-Majorelle. Ce lustre trouverait aussi légitimement sa place dans la restitution programmée de l’aménagement intérieur de la villa Majorelle… Pour cela, vous savez  ce qu’il vous reste à faire!

Envoyez votre contribution à:

Association des Amis du Musée de l’Ecole de Nancy
Villa Majorelle
1, rue Louis Majorelle
54000 NANCY

et venez découvrir le lustre au musée à partir du 20 septembre!

Louis Majorelle, lustre aux Algues. Collection privée. Cliché D. Boyer

Louis Majorelle, lustre aux Algues. Collection privée. Cliché D. Boyer

C’est la rentrée!

29 août 2014

Reposés et dispos, nous voilà tous impatients de reprendre nos activités culturelles…
Tant mieux, car le programme de l’automne est bien rempli!
Comme promis, l’anniversaire du musée se poursuit avec programme qui démarrera dès le 20 septembre, aux Journées du Patrimoines…

Demandez le programme d'automne du musée!

Demandez le programme d’automne du musée!

Parmi les temps-forts, il vous faut réserver dès à présent votre mercredi 8 octobre à 18h30, pour une conférence exceptionnelle en compagnie de l’arrière-petite fille de Gallé, Jacqueline Amphoux, et de Philippe Thiébaut, ancien conservateur au musée d’Orsay, aujourd’hui conseiller scientifique à l’INHA, et grand spécialiste de l’École de Nancy. Tous deux évoqueront la correspondance d’Henriette et Émile Gallé, qu’ils ont publiée récemment. (voir ici)
Mercredi 8 octobre, 18h30, auditorium du Museum-Aquarium
Co-organisé par l’AAMEN
Entrée libre, dans la limite des places disponibles

Autres points d’intérêts à ne pas manquer, plusieurs visites guidées sur des thématiques particulières, rarement abordées, comme cette visite dédiée au jardin de la propriété Corbin, organisée en collaboration avec le service des Parcs et Jardins, une visite centrée sur la collection de luminaires du musée, une autre révélant ces “oubliés”, les pièces méconnues de l’exposition permanente, ou encore cette passionnante visite-lecture à double voix “Lire et Dire l’Ecole de Nancy”…

La propriété Corbin: jardin et paysagisme au temps de l’Art nouveau. Jeudi 2 octobre à 15h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €
Que la lumière soit! Les luminaires dans les collections du musée. Samedi 22 novembre à 16h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Les oubliés. Les pièces méconnues des collections du musée. Dimanche 28 décembre à 10h30. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Lire et dire l’École de Nancy. Visite-lecture à double voix. Samedi 24 janvier à 16h. Visite sur réservation. Tarif entrée + 1.60 €

A partir du 20 septembre, une exposition-dossier retrace l’histoire du musée, depuis sa création en 1900, et jusqu’aux années 2000. Pour compléter cette évocation, des visites guidées sont proposées jusqu’au 4 janvier, pour évoquer les grandes personnalités qui ont marqué cette histoire, ainsi que l’origine des œuvres qui constituent aujourd’hui une collection inégalée.

Petite et grande histoire du musée.
Visite guidée
Dimanche 28 septembre à 11h
et
les 12 et 19 octobre, les 9 et 16 novembre, et les 7 et 14 décembre à 16h30.
Visite sans réservation. Tarif entrée + 1.60 €

Enfin, il ne faut pas oublier les plus jeunes, qui ont souvent la chance de pouvoir participer à de bien sympathiques ateliers… Ils sont donc conviés à participer à l’un des deux ateliers de vacances de la Toussaint qui se dérouleront à la villa Majorelle, les 21 et 28 octobre, et consacrés aux objets métamorphosés…
Pour les parents et grands parents qui seraient jaloux de ces attentions particulières, deux visites destinées aux familles en octobre et en janvier devraient les contenter!

Objets métamorphosés. Atelier de vacances pour les 7-11 ans.
Villa Majorelle. Mardi 21 ou mardi 28 octobre de 14h30 à 16h30. Sur réservation. Tarif 4.15 € la séance.

L’herbier de l’Art nouveau.
Visite double pour les familles.
Dimanche 19 octobre de 10h30 à 10h45. Sur réservation. Tarif 5.50 € ou 4 €

Au gui l’An neuf! L’hiver au musée.
Visite double pour les familles.
Dimanche 18 janvier à 16h. Sur réservation. Tarif 5.50 € ou 4 €

Pas une seconde à perdre pour réserver! Les places sont limitées…
Téléphonez ou écrivez sans délai au service des publics des musées:
- 03.383.17.86.77
- servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

(Standard ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 12h30)

Et bien d'autres choses encore....

Et bien d’autres choses encore….

Vive l’automne!
Téléchargez le programme complet en suivant ces liens:
DEP 50ANS MEN extDEP 50ANS MEN int

1894/ Carnet d’exposition n°1

22 août 2014

A l’occasion des 50 ans du musée de l’École de Nancy, voici une nouvelle série d’articles dédiée aux grandes expositions consacrées à l’École de Nancy. Chacune, dans son contexte particulier, fut un évènement, présenté et commenté dans la presse, attendu et apprécié par les amateurs… A l’aide des documents conservés (photos, articles de presse, commentaires, etc…), nous vous proposons de faire revivre ces grands moments !

 

Camille Martin, Affiche pour l'exposition d'art décoratif de 1894. MEN, Cliché C. Philippot

Camille Martin, Affiche pour l’exposition d’art décoratif de 1894. MEN, Cliché C. Philippot

« L’exposition qui doit s’ouvrir le 24 juin, dans les galeries de la Salle Poirel, s’annonce brillamment, – et tout d’abord par une affiche d’une grande richesse composée par Camille Martin et tirée sous les presses de la Maison Berger-Levrault, qui a fait un chef d’œuvre typographique. »

La Lorraine Artiste du 10 juin 1894 exprime son enthousiaste impatience dans ce premier article consacré à l’exposition avant même son ouverture, ventant dans une visite virtuelle la décoration florale de Félix Crousse et celle, générale, confiée à Louis Majorelle, les peintures décoratives de Guingot, les pièces d’orfèvrerie de Kauffer et Daubrée, « l’envoi si remarquable  de M. Louis, Geisler », papetier, voisinant avec la faïencerie de Toul.  Émile Gallé vient ensuite avec sa « prestigieuse et féérique exposition », suivi des Prouvé, Majorelle, Friant, Daum… Avant de détailler la fin de l’exposition où se succèdent vitraux, broderies ou serrurerie d’art, deux groupes retiendront l’attention, celui des reliures et cuirs décoratifs envoyé par l’Union centrale des Arts décoratifs, et celui des objets d’art présentés au Salon du Champs de Mars l’année précédente.

 

Stand Gallé à l'Exposition d'Art décoratif et industriel Lorrain, Nancy, 1894. Cliché D. Boyer

Stand Gallé à l’Exposition d’Art décoratif et industriel Lorrain, Nancy, 1894. Reproduction D. Boyer

Le détail du catalogue de l’exposition laisse imaginer la variété des pièces et styles présentés. Majorelle présente sur son stand du Louis XVI, de l’Empire, du vernis Martin, mais aussi un panneau de marqueterie intitulé La Source, dans la lignée des pièces de mobilier présentées par Gallé en 1889. Il prête à Daum Frères un mobilier d’exposition pour les « Cristaux d’art ciselés, intaillés et gravés », les « verreries de fantaisie », et « verreries de table et de dressoir ». Malgré leur pouvoir évocateur, les titres donnés aux vases ne peuvent rivaliser avec ceux de Gallé :  Pensées sombres et pensées folles  côtoient un  Bol de capucine , des Violettes fanées  et une  Touffe d’iris… Mais la théâtralisation du stand, surmonté d’un vaste catafalque de tissu drapé, n’a rien à envier à celle de son illustre voisin.

Chez Gallé se juxtaposent pièces nouvelles et chefs d’œuvre de l’exposition de 1889*, illustrant toute la variété de son savoir-faire. Le catalogue précise dans sa notice que les « études de verrier » ont été « fondu(e)s à la cristallerie ». En effet, en 1894, Gallé inaugure son four verrier à Nancy, qui annonce une nouvelle ère de recherches dans ce domaine…   La commode Parfums d’autrefois montre la maîtrise exceptionnelle des techniques du bois, après 10 années de pratique dans les ateliers nancéiens.

 

Emile Gallé, "Parfums d'autrefois". console de salon avec glace d'entre fenêtres. 1894. Nancy, MEN, cliché C. Philippot

Emile Gallé, “Parfums d’autrefois”. console de salon avec glace d’entre fenêtres. 1894. Nancy, MEN, cliché C. Philippot

La grande découverte du Salon du Champs de Mars de 1893 fut celle du travail du cuir de Victor Prouvé et Camille Martin. L’exposition de 1894 accueille les fameuses reliures Salammbô, L’Art japonais ou L’Estampe originale, entre autres, mais aussi le coffret La Parure ou la coupe La Nuit, témoignant de l’apport capital de Victor Prouvé dans le domaine des arts décoratifs.

Victor Prouvé, coffret La Parure - état d'origine-, Nancy, MEN.

Victor Prouvé, coffret La Parure – état d’origine-, Nancy, MEN.

 

Présentés côte à côte, dans cette scénographie chargée caractéristique des « accrochages » 19ème siècle, ces artistes et artisans nancéiens forment déjà un groupe, au sein duquel se multiplient les collaborations, et donnant naissance à une émulation artistique inédite. En 1894, le public nancéien assiste à la naissance effective de l’École de Nancy.

« C’est une exposition d’art faite en vue de mieux mettre en lumière le talent varié, la puissance de production de beaucoup de nos artistes lorrains. (…) C’est une œuvre de propagande, c’est un acte dans la lutte engagée contre la France par nos adversaires et nos ennemis. C’est une manifestation en faveur de l’art décoratif dont le caractère et l’importance a trop longtemps été méconnu. »

Extrait du discours de M. André, lors de l’inauguration de l’Exposition d’Art décoratif et industriel Lorrain.

Commission :

MM. André, membre du Conseil municipal ; Marcot, ancien membre du Conseil municipal ; De Meixmoron de Donbasle, ancien président de la Société des Amis des Arts ; Larcher, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts ; Goutière-Vernolle, directeur de la Lorraine Artiste ; Charbonnier, professeur de dessin au Lycée ; Camille Martin, peintre ; Emile Gallé, fabriquant d’objets d’art ; Antonin Daum, maître-verrrier ; Louis Majorelle, tapissier, fabriquant de meubles de luxe ; Hennequin, ancien magistrat ; René Wiener, relieur.

 

*Exposition Universelle de 1889 à Paris.

Voyages savants…

8 août 2014

Si l’envie vous prenait de voyager pour étudier, voici deux idées de conférences…

Direction Riga, pour le 5ème laboratoire historique proposé le 5 septembre prochain par le Réseau Art nouveau, sur le thème:

Cohérence des espaces intérieurs et extérieurs dans l’architecture Art nouveau Européenne

Avec des études de cas et des spécialistes de toute l’Europe (Tallin, Bruxelles, Barcelone, Budapest, Riga, Glasgow…)

Pour s’inscrire: par mail maruta.briekmane@riga.lv et par fax au +371 67281184 avant le 20 août 2014!

Rendez-vous à Riga le 5 septembre...

Rendez-vous à Riga le 5 septembre…

Le 25 novembre, l’association Iconic Houses propose sa conférence annuelle à Barcelone, dans le cadre ô combien moderniste de La Pedrera…

Cette journée rassemble les institutions et propriétaires de maisons iconiques du 20ème siècle faisant partie de l’association, ainsi que des spécialistes en restauration, architecture, mais aussi management et marketing, venus partager leurs expériences.

Pour rappel, la Villa Majorelle et la maison Jean Prouvé font toutes deux partie de ce réseau de diffusion et de sauvegarde du patrimoine architectural contemporain.

... ou à Barcelone en novembre.

… ou à Barcelone en novembre.

Pour assister à cette journée:
contacter N. Drabbe par mail:  connect@ndcc.nl
(tarif réduit pour toute inscription avant le 10 septembre)

 

Envie d’ailleurs…

1 août 2014

Vous n’avez toujours pas décidé où aller passer vos vacances? Vous êtes de ceux qui préfèrent les heures de visites plutôt que les heures de bronzage? Voici quelques idées pour vous qui aimez l’Art nouveau où qu’il se trouve!

Le musée des Arts appliqués de Budapest propose jusqu’au 31 juillet d’admirer sa collection de chefs d’œuvre Art nouveau . Ce musée fut fondé en 1872, sous l’impulsion du succès des arts décoratifs à l’Exposition Universelle de Paris de 1867. Le conservateur Jeno Radic initia une importante politique d’achats lors des expositions suivantes, celle de 1889 et celle de 1900 tout particulièrement.  De nombreux pays sont ainsi représentés, avec une importante collection d’œuvres françaises, dont Gallé,  Majorelle et Daum. Le site propose une visite virtuelle de l’exposition ici, ainsi que l’accès à la banque de donnée recensant l’ensemble de la collection. Même si le hongrois ne vous est pas familier, vous trouverez aisément les pièces en tapant “Nancy” ou “Gallé” dans le moteur de recherche!

Emile Gallé, vase à décor d'orchidée, 1900. Musée des arts appliqués de Budapest

Emile Gallé, vase à décor d’orchidée, 1900. Musée des arts appliqués de Budapest

Direction les pays Baltes, ensuite, avec une nouvelle étape pour l’exposition “Natures de l’Art nouveau”, cette fois à Riga, en Lettonie.

Le centre de la ville est composé aux deux tiers de bâtiments Art nouveau et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le style, mêlant les grandes tendances européennes au “Romantisme national” et à l’Art nouveau dit “perpendiculaire”, reflète l’essor industriel et culturel de la ville, et la volonté de l’inscrire comme reflet de son identité nationale.

Le musée Art nouveau propose en outre une exposition consacrée à l’Art nouveau des Pays Bas… de quoi alimenter notre découverte de ce style au delà des frontières!

Natures de l'Art nouveau, version lettone, jusqu'au 7 septembre à Riga

Natures de l’Art nouveau, version lettone, jusqu’au 7 septembre à Riga

Direction l’Ouest de l’Europe, avec une exposition consacrée à L’architecture Mackintosch, présentée à la Hunterian art Gallery de Glasgow, jusqu’au 15 janvier 2015.

Vous vous rappelez sans doute le récent incendie qui avait détruit une partie de la Glasgow School of Art … L’exposition réunit des dessins d’architectures inédits, associés à des films et des maquettes réalisés pour l’occasion. Elle fait le point sur tous les aspects de son travail, en particulier sur le cabinet d’architecture dont il faisait partie ou sur ses clients.

L'architecture selon Charles Rennie Mackintosch, à Glasgow

L’architecture selon Charles Rennie Mackintosch, à Glasgow

Restons au Royaume Uni, pour découvrir dans la rétrospective que le  Victoria & Albert Museum de Londres consacre à la robe de mariée de 1775 à 2014, ce que les couturiers de la Belle Epoque ont imaginé… (et où l’on apprend que la mariée n’est pas toujours en blanc!)

Ambiance nuptiale à Londres, au Victoria and Albert museum...

Ambiance nuptiale à Londres, au Victoria and Albert museum…

De retour en France, l’exposition présentée à l’Institut du monde arabe à Paris et consacrée à l’ Orient Express nous rappelle que ce dernier commença son périple dès 1883, bien avant qu’Hercule Poirot et l’Art Déco n’en fassent le mythe que nous connaissons. Il fallait sans doute avoir un certain esprit d’aventure pour embarquer à bord du train à destination d’Istambul! Voilà l’occasion rêvée de vivre l’expérience Orient Express grâce aux wagons que l’on peut visiter et d’en finir enfin avec les confusions Art nouveau – Art Déco!

 

Jusqu'au 31 août à l'Institut du Monde Arabe, embarquez à bord de l'Orient Express...

Jusqu’au 31 août à l’Institut du Monde Arabe, embarquez à bord de l’Orient Express…

Enfin, pour les purs et durs… n’oubliez pas de passer par l’Alsace et son musée du papier peint de Rixheim, qui consacre à l’Art nouveau une rétrospective jusqu’au 15 mai 2015. Compagnon indispensable de l’ameublement moderne, le papier peint permet à l’esthétique Art nouveau d’entrer dans de nombreux intérieurs, grâce aux procédés de reproduction mécanique qui ouvrent la voie de la production industrielle. L’exposition présente des papiers peints issus de la collection Zuber ainsi que des prêts de la Bibliothèque Forney, du musée de l’Impression sur étoffe de Mulhouse, etc… Si la majorité des papiers peints furent créés par des mains anonymes, certains portent la signature de créateurs célèbres comme Mucha ou Guimard…

Papier peint, manufacture inconnue, dessinateur Alphonse Mucha, 1898. Risheim, musée du papier peint.

Papier peint, manufacture inconnue, dessinateur Alphonse Mucha, 1898. Risheim, musée du papier peint.

Alors, plus une seconde à perdre… bouclez vos valises et en route pour ce grand tour de l’Europe!

 

 

 

La mer…

8 juillet 2014

Nombreux parmi vous s’apprêtent sans doute à gagner les côtes pour un repos mérité…
La fin du XIXème siècle voit les premiers vacanciers fréquenter les bords de mer, arpenter les jetées, et flâner sur les ports… C’est également à cette période que commence l’exploration des milieux sous-marins, révélant l’existence d’une quantité infinie d’espèces dont on ignorait tout. Fasciné par ces découvertes, qui lui offrent un nouveau répertoire, Émile Gallé choisit à plusieurs reprises d’évoquer le milieu marin dans ses créations.

 

Emile Gallé, avec Victor Prouvé et Louis Hestaux, jardinière Flora marina, flora exotica, MEN. Cliché Studio image

Émile Gallé, avec Victor Prouvé et Louis Hestaux, jardinière Flora marina, flora exotica, MEN. Cliché Studio image

L’une de ses toutes premières créations d’ébénisterie, la jardinière Flora marina, Flora exotica, créée pour l’Exposition Universelle de 1889, présente un savant mélange d’observation réaliste et de fantaisie allégorique. Le décor de ce curieux objet en forme de navire, aux formes sinueuses héritées du style rococo, associe  la sculpture et la marqueterie. Victor Prouvé et Louis Hestaux collaborent ici pour recréer  les deux univers qui fascinent Gallé: la flore exotique, illustrée par des plantes tropicales, des flamands roses et une vahiné alanguie, et la flore marine, caractérisée par les algues, les coraux, les étoiles de mer et une sirène, pour la partie marquetée, et des coquillages, crustacés et animaux marins stylisés sur les pieds.

Détail du décor côté Flora marina, avec une sirène

Détail du décor côté Flora marina, avec une sirène

et des crabes

et des crabes

 

La même année, Gallé présente un vase intitulé Les fonds de la mer. Pour évoquer la profondeur, Gallé choisit un verre multicouches opaque allant du noir au rouge profond. Les motifs d’algues, repris à la roue, se dessinent par transparence grâce aux inclusions métalliques intercalaires. Un coquillage et un poisson sont appliqués sur la panse. A l’opposé d’une fantaisie baroque, le vase de Gallé restitue l’atmosphère sombre et mystérieuse du milieu aquatique, avec une précision scientifique dans le rendu des motifs. On retrouve ce souci de véracité dans la description des coquillages qui décorent l’amphore du roi Salomon, trônant devant le four verrier sur le stand Gallé en 1900. Les Fonds de la mer comme l’amphore témoignent du souci poussé à l’extrême de combiner l’aspect du verre, la forme de l’objet, les décors dans différentes techniques et le sujet, dans une parfaite cohésion. Le vert de l’amphore, marbré de lignes plus sombres et de paillons métalliques évoque les algues et le long séjour au fonds de l’eau. Ce sont encore des algues – de fer forgé- entremêlées de coquillages et des sceaux de verre, qui ferment et soutiennent la cruche magique. Il s’en dégage un sentiment à la fois mystérieux et romanesque.

Emile Gallé, vase Les fonds de la mer, modèle créé en 1889, réédité en 1892, puis de 1900 à 1903. MEN, cliché C. Philippot

Émile Gallé, vase Les fonds de la mer, modèle créé en 1889, réédité en 1892, puis de 1900 à 1903. MEN, cliché C. Philippot

Emile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

Émile Gallé, amphore du roi Salomon, 1900. MEN. Cliché C. Philippot

 

Que signifie-t-elle, justement, cette main mystérieuse jaillie des profondeurs? La main aux algues et coquillages, œuvre ultime et poignante de Gallé en 1904, garde ses secrets, tel l’océan dont on ignore la fin… Les doigts tordus et boursouflés se dressent-ils pour un dernier adieu? Tentent-ils désespérément d’échapper à l’engloutissement? Cette main évoque-t-elle au contraire la vie, sans cesse renouvelée? Est-elle celle d’une sirène mythique vivant éternellement dans l’imaginaire et le cœur de l’artiste?

Emile Gallé, Main aux algues et coquillages, 1904. MEN. Cliché Studio Image

Émile Gallé, Main aux algues et coquillages, 1904. MEN. Cliché Studio Image

Peut-être en croiserez-vous une au détour d’une baignade en mer cet été…!
Bonnes vacances!

*** N’oubliez pas, pour ceux qui restent, nos rendez-vous hebdomadaires des mercredis à 17.00… ainsi que toutes nos petites surprises programmées durant l’été… Pour retrouver le programme, rendez-vous sur le site du MEN, dans la rubrique “actualités”

www.ecole-de-nancy.com