Le nouvel agenda des musées est sorti!

4 février 2016

Retrouvez toute l’actu des musées de Nancy, et tout particulièrement de votre musée favori ici!

BD COUV-Agenda-FEVRMAI_2016

Les prochains rendez-vous du musée:

- A gla gla, une animation pour les 7-11 ans pendant les vacances,
mercredi 17 février de 14h30 à 16h

- Les Lumineuses, avec la présentation en AVANT PREMIÈRE du lustre Les Algues de Louis Majorelle, après sa restauration,
dimanche 20 mars de 10h30 à midi

- Pâques au musée, pour les petits de 5 à 7 ans,
dimanche 27 mars de 10h30 à midi

- Les Journées européennes des Métiers d’art, des démonstrations et animations autour des métiers du métal,
samedi 2 et dimanche 3 avril de 10h à midi et de 14h à 17h
Entrée gratuite tout le week end!

et à partir du 30 mars: la nouvelle exposition-dossier
Victor Prouvé et l’art de l’estampe
dont nous reparlerons bientôt!

Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à la newsletter du service des publics des musées et réservez vite vos places!
Courriel: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

 

L’œil de la romancière Edmonde Charles-Roux sur Victor Prouvé

21 janvier 2016

En 1999, la romancière et membre de l’Académie Goncourt, Edmonde Charles-Roux livre dans sa préface au catalogue de l’exposition proposée à la Douëra à Malzéville son regard sur Victor Prouvé, sur l’École de Nancy et sur 1999, année où se superposent les grandes expositions nancéiennes et Le Temps du Maroc en France.

Charles-Roux 1Charles-Roux 2Extrait du catalogue de l’exposition “Victor Prouvé: Voyages en Tunisie; 1888-1890″, La Douëra – Ville de Malzéville, 12 mai – 27 juin 1999, publié aux Editions Serpenoise.

Bonne année 2016 !

7 janvier 2016

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Cliquez sur l’image pour l’animer…!

Adieu 2015…

22 décembre 2015

Toute l’équipe du musée de l’École de Nancy vous souhaite de joyeuses et heureuses fêtes de fin d’année…

Le musée est ouvert pendant les fêtes, à l’exception des 25 et 31 décembre.

Nous vous donnons rendez-vous en 2016!

Victor Prouvé, étude (Janvier) pour le décor du grand salon de l'hôtel de ville de Nancy, vers 1891, MEN. Cliché C. Philippot

Victor Prouvé, étude (Janvier) pour le décor du grand salon de l’hôtel de ville de Nancy, vers 1891, MEN. Cliché C. Philippot

L’encre noire de la calomnie…

14 décembre 2015
E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

E. Gallé, en collaboration avec V. Prouvé, fiole à encre La Calomnie, 1900. Suwa, Kitazawa museum of art (c) Kitazawa museum of art

Parmi les œuvres conçues par Gallé pour l’Exposition universelle de 1900, et présentées dans l’exposition actuellement au musée des Beaux-Arts, vous n’aurez pas manqué de remarquer cette fiole à encre, intitulée La Calomnie, prêtée par le Kitazawa museum of art (Japon). Cette pièce était présentée dans l’une des deux vitrines encadrant le four verrier, Les Granges.

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Fonds photographique Gallé, vitrine Les Granges, exposition universelle de Paris, 1900. (c) MEN

Appelée aussi Les Baies de sureau, cette gourde est décrite ainsi par Louis de Fourcaud (1), le premier biographe de Gallé : « Sous le coup d’émotions violentes nées d’évènements publics, le peintre exécutait, toujours d’après les inventions de figures de M. Prouvé, et montrait en 1900 une fiole à encre, les Baies de sureau, au camée d’un bleu sinistre, stigmatisée d’une effigie de la Calomnie ». Sur la base renflée se détache en faible relief un visage de sorcière en train d’écrire des accusations mensongères, personnifiant le mot « calomnie » inscrit en intaille, tandis que les baies de sureau évoquent, sur la partie supérieure, aussi bien la couleur de l’encre d’imprimerie que la noirceur des accusations proférées pendant l’Affaire Dreyfus.

Détail du vase La Calomnie

Détail du vase La Calomnie

Le rôle de la presse y est capital, en effet, y compris à Nancy. Dès le 23 janvier 1898, Gallé, qui vient de signer la deuxième protestation des intellectuels à la suite de la publication du « J’accuse » d’Émile Zola, écrit au Progrès de l’Est pour expliquer sa position : « Dans le Progrès (…), on lisait hier que j’ai signé une protestation en faveur de Dreyfus. La rédaction que j’ai signée est écrite dans un esprit différent. Elle ne prétend nullement se prononcer sur l’innocence, pas plus que sur la culpabilité, personne de nous n’en possédant les preuves. Elle se borne à demander, pour tous les accusés sans exception, le maintien et l’observation des garanties stipulées par la loi française. (…) On ne pourra bientôt plus souhaiter la lumière, parler de justice et de vérité, sans passer pour un mauvais patriote. Il est douloureux d’avoir à le constater. » (2) Malgré ce positionnement plutôt en retrait, Gallé est immédiatement attaqué par les antidreyfusards, et en particulier son « ami » Maurice Barrès. Celui-ci critique violemment les signataires de la protestation en ces termes : « Ces intellectuels sont un déchet fatal dans l’effort tenté par la société pour créer une élite. Dans toute opération, il y a ainsi un pourcentage de sacrifiés. Un verrier m’a souvent expliqué ce qu’il perd de pots pour un qui réussit. » (3) L’allusion évidente n’échappe pas à Gallé qui rompt avec panache leur amitié dans une lettre publiée dans l’Aurore en usant d’une citation extraite des Déracinés du même Barrès (4) ! Celui-ci est alors rédacteur en chef du Courrier de l’Est, dont il fait l’organe de ses convictions nationalistes et antisémites. Face à une presse locale massivement antidreyfusarde, de L’Est républicain à La Croix de l’Est en passant par Le Petit Antijuif de l’Est de Drumont (5), le Progrès de l’Est est la seule tribune ouverte aux partisans de Dreyfus. L’hostilité exprimée envers ces derniers tend à une violence inouïe, distillant un climat délétère à Nancy. Le Progrès déposera le bilan en décembre 1900. Dans l’urgence, le Comité républicain du commerce et de l’industrie, les dreyfusards nancéiens, les membres de la Ligue de défense des droits de l’Homme et les francs-maçons du Grand Orient fondent L’Étoile de L’Est, dont le premier numéro paraît le 2 janvier 1901 (5).

 

E. Gallé, sept projets pour l'en-tête de l'Etoile de l'Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

E. Gallé, sept projets pour l’en-tête de l’Etoile de l’Est, 1900. Collection particulière. (c) MEN, photo D. Boyer

« J’ai constamment des vertiges et cette affaire me donne des angoisses qui ne me laisseront bientôt plus dormir », écrit Gallé dans une lettre datée du 19 octobre 1898 (6). En quelques mois, l’Affaire a pris une ampleur inouïe en France, et dans la vie du verrier. Informé de manière très précise par des proches de l’Affaire (voir article précédent), Gallé n’a de cesse que de participer activement à la réparation de l’injustice. Souvent attaqué dans la presse, directement ou par allusions, il prend le temps de répondre point par point, si bien qu’un journaliste de l’Est républicain se dit « persécuté (…) par l’exquis poète verrier M. Émile Gallé. » (7) Le «plus beau lapin de la Garenne » (8), pourtant, ne cède jamais. Le vase La Calomnie apparaît ainsi comme une réponse subtile et poétique face aux injures faite à Dreyfus et face au dénigrement haineux qui entoure le « ménage de verriers », et ses proches (9).
Au-delà de la polémique épistolière, se pose surtout pour Gallé la question cruciale de l’opportunité de se servir de son art pour appuyer son combat. Lui qui n’hésitait pas en 1889 (10) à rappeler à la France ses devoirs envers les territoires annexés en 1871, proclame qu’ « Aujourd’hui, il faut jeter des fleurs sous les pieds des barbares ! Il faut répandre la grâce touchante de leur mort sur les objets les plus modestes !» (11). Le mode opératoire cependant a évolué entre 1889 et la préparation de l’Exposition universelle de 1900. Le langage de Gallé, fortement symbolique et poétique, n’est plus aussi évident, et les références à l’Affaire ne sont pas toutes aisées à comprendre. Pourtant l’allusion politique est manifeste, et Gallé manie avec une dextérité rare l’association d’un décor symbolique, d’un message poético-politique et d’un matériau aux effets expressifs. Le verre, plus que jamais sait révéler ou masquer ces vérités et complots qui gangrènent la IIIème République.

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Emile Gallé, en collaboration avec Victor Prouvé, vase Hommes noirs, 1900. Musée de l’École de Nancy. Photo P. Caron

Avec Les Hommes noirs (MEN) et le vase d’accueil Pomme de sapin (collection particulière), La Calomnie est la troisième pièce dont le décor est commandé à Victor Prouvé à cette occasion. Comme pour chaque grande exposition depuis 1884, Gallé fait appel à Prouvé pour les pièces importantes sur lesquelles il souhaite utiliser la figure humaine. Les trois pièces se caractérisent par le choix de coloris sombres, symbolisant, au moins pour les Hommes noirs et La Calomnie, « la boue noire d’où sortent des êtres misérables », l’obscurantisme et le complot qui entourent l’affaire Dreyfus. Face à ces noirceurs, Gallé ose espérer que « la vérité s’allumera comme une lampe »(12). Le cas du vase Pomme de sapin (appelé aussi Pitié ou Charité), dont on ignore d’ailleurs s’il figura effectivement à l’Exposition, est plus complexe (13). Une lettre de Gallé à Prouvé datée de 1899 éclaire néanmoins son sens et sa place dans un programme décoratif très préparé : « Cette pièce devra faire partie d’une série rêvée par moi de Fruits spirituels, les uns bons et les autres mauvais. Celle-ci sera la pomme de sapin (…) formant ainsi cadre au sujet inspiré de ce thème : car j’ai eu froid et vous m’avez réchauffé, J’étais étranger et vous m’avez recueilli. » Gallé cite ici l’Evangile selon St Mathieu (25.35). La référence biblique est justement présente sur plusieurs œuvres dreyfusardes de l’exposition, comme cette citation tirée du Livre d’Isaï, Sicut hortus semen suum germinat , sic Deus germinabit Justitiam (De même que le jardin fait germer la semence, Dieu fera germer la justice), inscrite sur une table à thé.

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

E. Gallé, table Sicut hortus, 1898. MEN. Photo P.Caron

L’engagement de Gallé en faveur de Dreyfus acquiert ici une nouvelle nuance. Gallé n’est pas seulement critiqué parce que dreyfusard, mais aussi parce que protestant. La presse nationaliste agite alors le spectre effrayant d’un syndicat dreyfusard à la solde de l’Allemagne regroupant francs-maçons, juifs et protestants. A de nombreuses reprises, on comprend combien est intolérable pour Gallé l’usage –détourné-  du christianisme par les antidreyfusards catholiques. Ce sentiment est rendu avec une grande sensibilité dans Le Figuier, où Gallé a « sculpté avec piété et douleur le signe auguste d’un plus oublié encore, et qui souffrit et mourut pour avoir promis qu’ « heureux seront ceux qui ont faim et soif de justice, parce qu’ils seront rassasiés »(14). Ce vase en forme de calice, décoré de larmes de verre, du figuier et du chrisme, invite à réconcilier dans la communion chrétiens et juifs, au nom de ces paroles extraites des Contemplations de Victor Hugo : « Car tous les hommes sont les fils d’un même père/ Ils sont la même larme. Ils sortent du même œil ».

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

E. Gallé, vase Calice Le Figuier, 1898-1900. MEN, photo P. Caron

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Détail du chrisme sur le calice Le Figuier

Dans les années qui suivent l’exposition universelle, Gallé s’investit plus encore dans le champ politique. En 1902, il devient président d’honneur de la Fédération républicaine de Meurthe-et-Moselle, puis président d’honneur de l’association Gambettiste, alors qu’au même moment,  la liste nationaliste et antirépublicaine remporte les élections législatives à Nancy.

Ces positions fragilisent son œuvre de réunion des entreprises artistiques lorraines au sein de l’École de Nancy, comme en témoigne la lettre de Victor Prouvé de mai 1902 : « le nationalisme et le reste n’ont rien à faire en cette circonstance, pour ce qui concerne l’École de Nancy. Ce n’est qu’avec l’absence d’allusions malheureuses, de parti pris que tous adhèreront ».
Le poids de l’affaire Dreyfus pèse sur Gallé jusqu’à son décès. Si les hommages unanimes célèbrent avant tout l’artiste, ils passent sous silence son engagement dreyfusard, à l’exception notable de L’Est républicain  qui « regrette de devoir faire une réserve d’ordre politique sur cette tombe à peine fermée », le 26 septembre 1904. A cela Gallé aurait pu lui-même répondre :
«Mes travaux m’interdisent, comme vous le pensez, de prendre une part active aux affaires publiques. Je n’en ai pas moins constaté, dans les malheureuses années que nous venons de traverser, les défaillances de tristes spécialistes à qui leur pays avait confié la garde des principes fondamentaux de nos libertés. J’ai vu se commettre des forfaits sans expiation, sans réparation. (…)
Je suis prêt, le cas échéant, à protester encore. C’est le droit, c’est le devoir d’un honnête homme, d’un citoyen. » (15)

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

Atelier Gallé, photographie du Four verrier, 1900. Rennes, musée de Bretagne (c) Rennes, musée de Bretagne

(1) « Emile Gallé », in La revue de l’art ancien et moderne, octobre 1902, pp. 281-296.
(2) Lettre publiée par le Progrès de l’Est le 24 janvier 1898.
(3) In Le Journal, 1er février 1898
(4) Lettre reproduite dans B. Tillier, Emile Gallé. Le verrier Dreyfusard, 2004, pp. 56-57, publiée dans l’Aurore le 15 février 1898.
(5) Gallé dessine l’en-tête du journal représentant une étoile aux rayons dirigés vers les clochers nancéiens. A voir dans l’exposition.
(6) Citée par F-Th. Charpentier, Émile Gallé, industriel et poète, Nancy, 1981.
(7) 16 décembre 1898, cité par Tillier, op. cit., pp. 57-58.
(8) Emile Gallé est ainsi qualifié, en référence à l’adresse de son usine, dans un article du Petit Antijuif de l’Est du 31 juillet 1900 relatif à l’ouverture du Lycée Jeanne d’Arc.
(9) Lettre à Joseph Reinach, le 20 novembre 1898, citée par Tillier, op. cit., p. 62.
(10)Par exemple sur la table Le Rhin (MEN)
(11)In Revue des arts décoratifs, avril 1898.
(12) Inscription figurant sur la lampe bulbe (cat.102), conservée au Badisches Landesmuseum de Karlsruhe.
(13) Ce vase a été exposé en 2008, lors de l’exposition « Victor Prouvé. Les années de l’École de Nancy », (cat.144)
(14) E. Gallé, « Mes envois au salon », in Revue des Arts décoratifs, 1898, pp. 144-148
(15) Le Temps, 13 décembre 1902.

Bibliographie :

B. Tillier, Emile Gallé, le verrier Dreyfusard, Paris, 2004
F. Parmantier, « Gallé le Dreyfusard », in Arts nouveaux, n°22, 2006, pp. 24-29.
Id. « Emile Gallé et Victor Prouvé, « ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front », in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Paris, 2015, pp .15-35.

Saint Nicolas, te voilà!

1 décembre 2015

Retrouvez votre âme d’enfant au musée de l’école de Nancy en fêtant la Saint Nicolas avec nous! Entrée du musée et animations gratuites!

Dans l'ordre: les trois enfants, l'ange, le boucher, St Nicolas, l'âne,  et le père Fouettard§ Illustration Schlep

Dans l’ordre: les trois enfants, l’ange, le boucher, St Nicolas, l’âne, et le père Fouettard§ Illustration Schlep

Samedi 5 et dimanche 6 à 10h30 et 14h30
Visite en famille 20 000 lieues sous les mers
A partir de 6 ans
Gratuit, sur réservation

Et tout le week end :

Le p’tit train de la Saint Nicolas vous emmène au musée depuis la place Stanislas (surprises et humour compris)
Départs à 10h et 14h, dans la limite des places disponibles

Le p’tit thé de la Saint Nicolas vous attend au musée entre 10h et 12h et 14h et 17h, avec dégustation de thé de Noël et de gourmandises!

(Bon plan: l’entrée de la villa Majorelle est gratuite aussi!! N’oubliez pas de réserver!)

Bravo et merci bon Saint Nicolas!!

Réservez vite:

Service des publics
tél (le matin): 03.83.17.86.77

courriel: servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr

Henriette Gallé-Grimm, de l’ombre à la lumière….

27 novembre 2015
Anonyme, photographie d’Émile Gallé, avec Henriette Gallé à l'arrière plan, vers 1900. MEN (c) MEN

Anonyme, photographie d’Émile Gallé, avec Henriette Gallé à l’arrière plan, vers 1900. MEN (c) MEN

On nous pardonnera cette accroche facile… Pourtant il faut reconnaître qu’Henriette Gallé, l’épouse d’Émile Gallé, n’avait pas, jusqu’à présent, fait l’objet d’une étude attentive, en particulier au regard de son influence sur l’œuvre de son mari. Avec la publication de la correspondance des époux Gallé par la Bibliothèque des Arts en 2014, et l’exposition actuellement présentée au musée des Beaux-Arts, on mesure mieux son rôle majeur, en particulier dans l’engagement dreyfusard.

Nous tirons l’essentiel des informations de l’article de son arrière-petite-fille, Jacqueline Amphoux, paru dans le catalogue de l’exposition et retraçant la vie d’une femme au tempérament ardent.

Barco Nancy  photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

Barco Nancy photographe, Henriette Gallé. Collection particulière. (c) MEN

Henriette Grimm est née près de Strasbourg, à Bischwiller, où son père était pasteur. Elle est la seconde de quatre filles : Lina (1846-1954), Henriette (1848-1914), Marguerite (1850-1934) et Elise (1852-1928). Autour des filles Grimm, on trouve « les cousins de Mulhouse », dont Charles Keller (voir article précédent…), ou encore l’amie d’enfance, Mathilde Roederer (1850-1936), fille d’un médecin de Strasbourg qui possédait une maison à Bischwiller. Keller a sans doute une influence importante sur les jeunes filles, et sur leur pensée politique. On sait, par exemple, qu’Élise Grimm entre en relation épistolaire avec la romancière anarchiste André Léo, à partir de 1869, avant d’adhérer à L’Internationale en 1872. Mathilde Roederer rejoint en 1871 Charles Keller en Suisse, où elle adhère avec lui à la Fédération jurassienne de Bakounine. Ils se marient en 1876, après avoir pris quelques peu leurs distances vis-à-vis du mouvement.

"Les galettes! ", trois des filles d'EMil et Henriette Gallé. MEN (c) MEN

“Les galettes! “, trois des filles d’Émile et Henriette Gallé. MEN (c) MEN

Entre 1869 et 1871, Henriette est préceptrice près de Londres. Elle vit à distance le drame de la guerre puis de l’Annexion. La jeune fille exprime alors sa colère et son indignation dans ses courriers (1): « où est le droit, et la justice, entre laisser l’Alsace et la Lorraine sous le joug prussien ou pardonner comme des sots ? » (7 mars 1871). La Commune de Paris met en évidence ses convictions politiques : « les rouges, comme d’habitude, vont trop loin dans leurs demandes (…). Je crains ces gens qui ainsi gâtent ce qu’il y a de vrai dans leurs idées » (31 mars 1871). Elle défend une république modérée, sociale, qui place l’instruction et l’éducation au cœur de son action. « Le parti ouvrier français a pour lui l’avenir, c’est pourquoi il faut l’instruire » (18 mai 1871). Henriette manifeste d’ailleurs son désir d’ouvrir un cours primaire où elle inculquerait aux enfants les principes de justice et de morale pour en faire de bons citoyens.

En septembre 1872, Henriette opte pour la nationalité française. En février 1875, la proposition de mariage du jeune nancéien, et protestant, Émile Gallé est acceptée. « Elle [la parole du Pasteur Grimm, ndlr] ouvre pour moi les portes d’un monde nouveau, où tout est printemps, jeunesse et espérance. » (Lettre d’Émile Gallé au Pasteur Grimm, 16 février 1875). Le mariage est arrangé, mais bien vite les fiancés ressentent une profonde affection mutuelle, et expriment une confiance et une compréhension réciproques. Henriette confie très vite ses doutes religieux : « « J’ai un aveu à vous faire dont je tiens à vous parler avant tout. C’est à mes convictions religieuses que je fais allusion (…). Il y a quelques années, moi, mes sœurs, mes amies, tout notre cercle enfin a pendant un moment été entrainé dans un courant de discussions, de lectures de tout genre. Mes convictions religieuses en ont été ébranlées, et ce qui pour d’autres est une certitude n’est plus pour moi qu’une espérance. » (24 février 1875)

Quatre filles naissent de ce mariage, et Henriette se charge elle-même de leur éducation. Les séjours fréquents de Gallé à Paris ou ailleurs, conduisent Henriette à suivre de près les affaires de l’entreprise. Ses lettres disent fréquemment ses soucis au sujet d’une commande, ou des difficultés de son mari pour faire aboutir ses projets : « Thérèse me raconte les complications de la semaine mais je devine que tu en as bien d’autres. Que deviennent le vase Greffuhle et le Prouvé ? » (Lettre du 31 juillet 1896). Les succès de l’Exposition universelle de 1889 ont ouvert les portes du Tout Paris à Gallé, qui fréquente les salons à la mode et rencontre des personnalités en vue. Ces rencontres sont fructueuses en commandes et en renommée. L’activité de Gallé se déploie, mais elle reste compliquée, notamment, en raison de la délocalisation de la fabrication des verreries à Meisenthal jusqu’en 1894. Une fois ouvert le four verrier à Nancy, Gallé peut laisser s’exprimer dans toute sa plénitude sa créativité. De nouveaux soucis surgissent, comme par exemple la copie, dont Gallé se plaint souvent : « (…) Meys, Legras, Walléryst. imitent en horrible camelote à l’acide nos plus baux vases à orchidées roses en relief. » (Lettre du 5 juin 1897).

La famille Gallé, vers 1902. MEN (c) MEN

La famille Gallé, vers 1902. MEN (c) MEN

Henriette connaît bien la situation de la manufacture, parfois si tendue qu’elle lui fait écrire : « j’ai bien l’impression que le bonheur et l’avenir de nos filles dépendent un peu de la situation économique; elles ne seront jamais bien riches, mais au moins qu’elles aient l’indépendance ;(…) Mais ce qui est pire que de se savoir sans fortune, c’est d’être forcé de faire un mariage d’affaires » (Lettre du 2 octobre 1895).

Ces années qui précèdent l’affaire Dreyfus sont celles des premiers engagements politiques manifestes dans l’œuvre de Gallé. La table Le Rhin en 1889, puis le vase Dragon et Pélican offert à l’indépendantiste irlandais W. O’Brien en 1890 (voir article précédent) annoncent une tournure nouvelle dans son œuvre, où sont associées iconographie symbolique et citations. Le patriotisme, étendu à la dénonciation des souffrances d’autres peuples opprimés à l’image des Alsaciens –Mosellans, y domine. La révélation de la possible innocence de Dreyfus, évoquée dès 1897, pousse alors Gallé à faire évoluer son discours artistique en une arme de lutte contre le mensonge, l’injustice et l’obscurantisme.

Le 17 janvier 1898, en signant la pétition publiée dans L’Aurore, Gallé affiche publiquement sa position en faveur du « maintien de la légalité contre tout arbitraire ». Le 27 mars de la même année, c’est le nom d’Henriette Gallé qui apparaît dans le journal Le Siècle parmi les signataires de l’appel aux femmes de France pour obtenir pour Julie Dreyfus l’autorisation de rendre visite à son mari. « Après avoir cru à la culpabilité du cap. Dreyfus, les récents événements m’ont poussée à m’informer auprès de ceux qui auraient le plus à cœur de la défendre. J’achetais tous les jours La Libre Parole. Sa lecture eut pour résultat de me faire croire peu à peu à l’innocence de D. » (2)

Emile Gallé, bureau la Forêt lorraine, 1899. Collection particulière (c) MEN. Photo M. Bourguet

Emile Gallé, bureau la Forêt lorraine, 1899. Collection particulière (c) MEN. Photo M. Bourguet

Henriette connaît avec précision les détails de l’affaire depuis novembre 1897. Son beau-frère, Gustave Christ, banquier à Mulhouse, est en relation avec Mathieu Dreyfus. Henriette prend contact avec certains des acteurs de premier plan de l’affaire, tels le Major Picquart ou Joseph Reinach. Elle écrit à ce dernier pour le féliciter de son article paru dans Le Siècle, dans lequel il s’étonne du « silence des Poètes » : « Je suis heureuse de cette occasion pour vous offrir au nom de mon mari comme au mien le témoignage de l’admiration et la vraie sympathie avec laquelle nous avons suivi votre belle campagne (…) Enfin nous touchons au but, à celui que vous poursuiviez, le triomphe de la vérité et de la justice » (16 novembre 1898). Gallé rend hommage à l’énergie épistolaire déployée par son épouse pendant ces années en lui offrant un bureau assorti de cette dédicace : « A ma brave femme Henriette Gallé, en mémoire des luttes patriotiques pour les principes d’humanité, de justice et de liberté. Mars 1899. Emile Gallé, trésorier de la Ligue française pour la défense des Droits de l’Homme et du Citoyen ».

Panneau du bureau la Forêt Lorraine, dédicacé par Gallé à sa femme Henriette, 1899. Collection particulière (c) MEN. photo M. Bourguet

Panneau du bureau la Forêt Lorraine, dédicacé par Gallé à sa femme Henriette, 1899. Collection particulière (c) MEN. photo M. Bourguet

La section nancéienne de la Ligue est crée à Nancy le 2 janvier 1899 et dans la foulée, l’Université populaire. Henriette assiste aux conférences et s’aventure même à en donner une elle-même en 1903. Elle reprend le rôle de trésorier de la Ligue après la mort de son mari en 1904. Cet investissement dans ces deux organes dreyfusards, souligne le tempérament audacieux d’Henriette, qui ne se contente pas d’être le soutien discret de son mari. Même si elle reconnaît souvent dans ses lettres à son mari qu’elle est « depuis longtemps habituée à subordonner [ses] impressions aux [siennes] » (29 juin 1900), Henriette déroge totalement aux conventions. L’inscription des deux plus jeunes filles Gallé au Lycée Jeanne D’Arc en 1900, est un geste politique sans doute, mais aussi la volonté manifeste d’encourager l’éducation rationnelle et libérale des jeunes filles, et par là leur émancipation. (3)

L’affaire Dreyfus a pour conséquence plusieurs ruptures dans le cercle des relations des Gallé, mais, dans le cas d’Henriette, nul regret n’est exprimé. « J’ai supporté et je supporte encore allègrement l’hostilité que nous a valu l’Affaire » écrit-elle le 30 juillet 1900, mais l’on sent aussi dans sa lettre l’inquiétude face aux difficultés financières engendrées par les frais de la préparation de l’Exposition Universelle. Gallé en a fait une véritable tribune dreyfusarde, dans un climat général que la grâce de Dreyfus en septembre 1899 n’a pas apaisé. Les rancunes sont tenaces et la clientèle qui s’est détournée de Gallé n’est pas prête à revenir si vite. « Je continue d’espérer que les frais énormes que nous y avons faits seront à peu près ou même tout à fait compensés, et nous n’aurons plus aucune raison d’amour propre pour ne pas faire les choses raisonnablement ». En Août 1901, Henriette est optimiste : « Avec ton nom, ton excellente organisation, ta clientèle assurée, il est impossible qu’on ne puisse établir un équilibre entre les ventes et les dépenses. », Gallé vient de renvoyer des ouvriers et de renoncer à un développement industriel : «(…) s’appliquer à faire produire le plus possible à un outil modeste comme grandeur, mais supérieur comme qualité : voilà mon rêve. » En septembre, elle évoque même l’idée de céder l’affaire : « (…) nous pourrions en retirer de quoi vivre à l’aise. Il faut y penser, chéri, n’est-ce pas. Ce sera peut-être le moyen de réaliser ton rêve : céder ton affaire à un gendre.» (2 septembre 1901). Depuis la préparation de l’Exposition universelle, Émile Gallé est épuisé et s’absente à plusieurs reprises pour des cures. Henriette occupe une place toujours plus importante dans la gestion des affaires de la manufacture. Avec la maladie puis le décès de son mari, Henriette se transforme en femme d’affaire. Elle avait alors déjà amplement démontré ses compétences, sa clairvoyance et son sang-froid…
(1) Extraits de la Correspondance (1875-1904) d’Émile et Henriette Gallé, publiée par la Bibliothèque des Arts, 2014.
(2) Brouillon ( ?) de lettre cité par J. Amphoux, « Henriette Gallé-Grimm, une femme engagée », in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, 2015, p. 42 . La Libre parole était un journal anti juif auquel collaborait le véritable espion, Esterhazy. H. Gallé écrit cette lettre pour dénoncer l’énormité des mensonges publiés dans le journal : « Comment ! D. aurait d’avance combiné de faire tomber les soupçons sur un autre en décalquant l’écriture de cet autre (…) J’ai lu entre vos lignes haineuses la certitude que vous aviez vous-même de l’innocence de D. »
(3) voir à ce sujet : M. Sylvestre, « la création du lycée Jeanne d’Arc à Nancy », in Arts nouveaux, n°22, septembre 2006, pp. 30-37

Espoir

19 novembre 2015
V. Prouvé, Espoir, Nancy, MEN. Détail. (c) M. Bourguet

V. Prouvé, Espoir, Nancy, MEN. Détail. (c) M. Bourguet

En 1898, la Ville de Paris confie à Victor Prouvé la décoration de la salle des Fêtes de la mairie du XIème arrondissement. Prouvé conçoit quatre panneaux intitulés: Espoir, Amour, Bonheur ou Joie et Méditation. l’ensemble n’est achevé et visible qu’en 1907, après une longue phase de gestation, de réalisation, et d’installation (1).

Pour Prouvé, l’ensemble est fastidieux, en particulier en raison des conditions de finition sur place, dans une salle dont il critique la configuration et l’état général. Il essuie aussi, tandis qu’il est au travail, les remarques et critiques des passants.

Prouvé décrit lui-même son programme décoratif:

“Le sujet est comme vous le savez “Séjour de paix et de joie”. Ceux qui ont peiné, les déshérités, viennent de la ville (au coin dans le 1er panneau) et arrivant par bateaux, ils se dispersent dans le séjour de Paix et de Joie, où ils se régénèrent, deviennent meilleurs, forment une nouvelle famille. La nouvelle jeunesse en gaie farandole devant les aïeux qui assis sous le grand arbre contemplent leurs ébats… puis ils méditent. “(Lettre de Victor Prouvé à Ralph Brown, 7 octobre 1907).

V. Prouvé, Méditation, Nancy, MEN. (c) M. Bourguet

V. Prouvé, Méditation, Nancy, MEN. (c) M. Bourguet

Les tableaux présentés dans l’exposition “L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps“, sont des répliques réalisées par Prouvé avec Charles Wittmann, certainement pour le compte d’Eugène Corbin.

Entre les débuts de la commande et son aboutissement complet, s’est déroulée tout entière l’affaire Dreyfus. On a déjà évoqué à quel point celle-ci a influencé l’œuvre et la vie de Gallé, l’ami fidèle de Victor Prouvé.

V. Prouvé, le Bonheur, Nancy, MEN. (c) M. Bourguet

V. Prouvé, le Bonheur, Nancy, MEN. (c) M. Bourguet

Le programme, pourtant, n’a pas évolué, même si l’on peut, sans trop douter, affirmer que la vision idéale de la cité future et de la République fraternelle de Prouvé, telle qu’il l’imagine en 1898, s’est assombrie pendant l’affaire. Il écrit ces mots à Gallé qui lui demande son aide pour la création du vase Hommes noirs : “Cette recherche d’êtres louches, misérables fantômes, contraste singulièrement avec ma frise [pour la mairie du XIème arrondissement, NDLR], qui est une sorte de bonheur pour ceux qui ont peiné et souffert. très enveloppé par ce sujet, je n’ai que plus de mal de trouver des noirceurs. Elles existent cependant autour de nous!” (Lettre datée du 10 octobre 1899)

V. Prouvé, La Joie, Nancy, MEN (c) M. Bourguet

V. Prouvé, La Joie, Nancy, MEN (c) M. Bourguet

Prouvé ne revendique jamais ouvertement ce que d’autres vont qualifier “d’œuvre socialiste” (2). Au contraire, il met même Gallé en garde dans un courrier de 1902: “La politique que vous mêlez un peu trop à tout pour le moment est affreusement nuisible…” (14 mai 1902). Prouvé parle ici précisément des conséquences pour l’Alliance provinciale des industries d’art, fondée l’année précédente. La dépendance de Prouvé à la commande publique explique en partie cette volonté de conserver une forme d’autonomie artistique. Les deux figures récurrentes de l’ouvrier et du chemineau rappellent pourtant ses aspirations révolutionnaires, mais à l’image du forgeron, sculpté sur le fronton de la Maison du Peuple, financée par son ami Charles Keller, elles n’appellent pas à l’acte, mais plutôt à “faire fructifier l’héritage révolutionnaire”(3). Ainsi Prouvé fait-il disparaître la violence potentielle contenue dans l’appel à la Grève générale ou à l’Action directe de Keller/Turbin, en transformant le mouvement ouvrier en une joyeuse farandole fleurie, en un acte pacifique et fraternel. (voir ici)

V. Prouvé, étude pour L'Ile heureuse, 1902, Nancy, MEN (c) M. Bourguet

V. Prouvé, étude pour L’Ile heureuse, 1902, Nancy, MEN (c) M. Bourguet

Malgré ses réticences vis à vis de la politique, Prouvé se présente aux élections municipales de 1912, sur une liste d’entente républicaine. Il est élu largement et commente son élection ainsi: “Si j’estime que l’artiste doit être attentif à tous les évènements, à tous les actes, c’est parce que, s’il est l’observateur, s’il est le traducteur, s’il est l’évocateur, s’il doit être celui qui aime et s’émeut…, il a le devoir d’être aussi celui qui combat”.(4)

V. Prouvé, Jaurès à la tribune de l'Eldorado, 1913, Nancy, MEN, album Poiré (c) MEN

V. Prouvé, Jaurès à la tribune de l’Eldorado, 1913, Nancy, MEN, album Poiré (c) MEN

Ce nouvel enthousiasme pour l’engagement politique de l’artiste sera de courte durée… L’assassinat de Jaurès, dont Prouvé semble avoir partagé les idées, en juillet 14, puis les horreurs de la Première Guerre mondiale (voir ici), le poussent à faire cet amer constat: “Je croyais que, malgré bien des défauts, des travers encore, l’humanité allait vers le bien et le bon.”(5)

 

(1) Sur l’ensemble des commandes publiques de Victor Prouvé, voir les articles de Blandine Otter, parus dans Arts nouveaux, revue des Amis du musée de l’École de Nancy, n. 29 (2013, pp.24-33), 30 (2014, pp. 20-29), et 31 (2015, pp. 18-27).

(2)Voir F. Parmantier, “Émile Gallé et Victor Prouvé. Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front”, in L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, 2015, p. 26.

(3) J.Lalouette, “La libre pensée et la symbolique iconographique révolutionnaire. Troisième République”, Archives de sciences sociales des religions, n°66, 1988, cité par F. Parmantier, op cit., p. 28.

(4) Id. p. 35

(5) Madeleine Prouvé, Victor Prouvé, Paris, 1958, cité par F. Parmantier, op cit. p. 29.

Émile Gallé et le Club de l’Art Social

11 novembre 2015

COnférence

Vendredi 20 novembre, à 18h30, Bertrand TILLIER, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université de Bourgogne et directeur du Centre Georges Chevrier (UMR CNRS 7366), proposera une conférence intitulée:

Aux origines d’un engagement: Émile Gallé et le Club de l’Art social

Cet éphémère club de réflexion et de discussion fut créé et animé par le critique d’art et militant anarchiste Adolphe Tarabant (1863-1950) entre  1889 et 1890. Fréquenté par des intellectuels, des personnalités de la vie politique et des artistes, il s’était donné pour mission de polémiquer, sous forme de manifeste surtout, autour de trois motivations:  développer diverses activités dans les milieux populaires pour mettre l’art à la portée de tous, promouvoir des pratiques artistiques au sein même de la classe ouvrière et valoriser des formes de créations artistiques populaires.

Les sources confirment la participation d’Émile Gallé à ce club, dans lequel il put s’initier à quelques unes des idées qu’il défendit avec force au cours de la décennie suivante.

En attendant la conférence, pour en savoir plus sur le Club de l’Art Social, suivez ce lien: http://inha.revues.org/5637

 

La conférence a lieu à l’auditorium du musée des Beaux-Arts , entrée rue Gustave Simon. Entrée libre, sans réservation et dans la limite des places disponibles.

Une conférence organisée par le musée de l’École de Nancy et l’Association des Amis du musée de l’École de Nancy.

Le saviez-vous? Charles Keller, alias Jacques Turbin

10 novembre 2015
Victor Prouvé, portrait de Jacques Turbin (Charles Keller), Lunéville, musée du château des Lumières (c) Musée du château des Lumières. Photo T. Frantz, CG 54.

Victor Prouvé, portrait de Jacques Turbin (Charles Keller), Lunéville, musée du château des Lumières (c) Musée du château des Lumières. Photo T. Frantz, CG 54.

 

Dans la galerie des portraits des acteurs de la vie culturelle et politique nancéienne à la fin du parcours de l’exposition L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, celui de Jacques Turbin – Charles Keller, retient tout particulièrement l’attention. Outre sa carrure large et sa posture décontractée, Charles Keller y est figuré accompagné d’attributs se référant à ses idées révolutionnaires: L’Ennemi des lois de Maurice Barrès, dont le héros est condamné à la prison pour propagande anarchiste, et une feuille de papier sur laquelle on distingue en rouge un scorpion stylisé avec ses deux morsures et une main, que l’on pourrait interpréter comme des symboles anarchistes.

Détail

Détail

Né à Mulhouse, ville alsacienne très industrielle, Charles Keller est tout d’abord ingénieur civil. Congédié en raison de son militantisme, il quitte l’Alsace pour Paris où il entre dans l’Association internationale des Travailleurs (AIT), la Première Internationale fondée par Marx en 1864. Il rencontre Elisée et Elie Reclus ainsi qu’Aristide Rey, militants pacifistes de la mouvance anarchiste au sein de l’AIT. En 1870, Keller écrit son premier poème insurrectionnel, La Jurassienne, mis en musique en 1874 par James Guillaume :

Ouvrier, la faim te tord les entrailles
Et te fait le regard creux,
Toi qui, sans repos ni trêve, travailles
Pour le ventre des heureux.
Ta femme s’échine, et tes enfants maigres
Sont des vieillards à douze ans ;
Ton sort est plus dur que celui des nègres
Sous les fouets abrutissants.

Nègre de l’usine,
Forçat de la mine,
Ilote du champ,
Lève-toi, peuple puissant !
Ouvrier prend la machine,
Prends la terre, paysan !
(Écouter la Jurassienne)

Ce choix du chant poétique populaire s’inscrit dans la tradition révolutionnaire française : La Marseillaise, bien sûr, mais aussi Le Temps des cerises ou les chansons de Béranger (1).

Keller devient franc-tireur dans l’armée française en 1870, et rejoint Paris à la fin des combats. Il s’y trouve lors de la « Semaine sanglante » qui met fin au soulèvement de la Commune de Paris (mars-mai 1871). Blessé sur une barricade, il parvient à s’enfuir, échappant ainsi à la violente répression versaillaise et à l’exil. Réfugié en Suisse, il adhère à la Fédération jurassienne crée par Bakounine et Elisée Reclus. En 1880, l’amnistie des communards est prononcée, Keller peut rentrer en France. Il s’installe à Nancy où vit sa cousine, Henriette Gallé-Grimm.

Marié depuis 1876 à Mathilde Roederer, amie d’enfance d’Henriette, Keller aurait pu alors mener la vie rangée de notable, que lui offre l’aisance financière apportée par son mariage. Mais il ne renonce pas à ses idéaux et cherche sa propre voie de revendication.

” Il n’était d’aucune école et ne suivait aucune loi, écrivait sa femme à J. Guillaume ; comme tempérament, il était d’ailleurs plus près des anarchistes, mais sans se ranger sous aucune bannière. Il avait horreur de l’esprit fermé des coteries. “(2)

Keller poursuit l’écriture de chants révolutionnaires et les met lui-même en musique. En 1890, il compose le poème qui accompagne le vase de Gallé, Dragon et Pélican, offert à l’irlandais William O’Brien. Les deux hommes sont proches et partagent les mêmes convictions républicaines. En 1899, on les trouve réunis au sein de la section nancéienne de la Ligue de défense des droits de l’Homme puis lors de la création de l’Université populaire, en 1900.

Keller compose sous le pseudonyme de Jacques Turbin, clin d’œil à la jacquerie et au travail… Pour lui l’émancipation du travailleur, l’amélioration de sa condition doivent venir de lui-même. « L’acte seul fait du révolté/ l’invincible maître de l’heure/(…) Prolétaires du monde entier/délivrez-vous de vous-même » (La Prolétarienne, 1903). Keller appelle à la Grève générale (1906) et à l’Action directe (1907)!

Prouve, la Greve generale, Nancy, musee Lorrain (c) musee Lorrain

V. Prouvé, couverture de la partition La Grève générale de Jacques Turbin, Nancy, musée Lorrain (c) Musée Lorrain

Debout les gars de tout métier,
De tout pays, du monde entier !
Faisons partout, d’un libre accord,
Au même instant le même effort :
Mettons nous tous en grève !
(Écouter La Grève générale)

Victor Prouvé, illustration pour la partition L'Action directe de Jacques Turbin. Nancy, musée Lorrain (c) musée Lorrain

Victor Prouvé, illustration pour la partition L’Action directe de Jacques Turbin. Nancy, musée Lorrain (c) musée Lorrain

Serfs mornes de la plèbe,
Serfs tristes des cités,
Nous qui formons la plèbe,
La plèbe,
Debout, les Révoltés !
(Écouter L’Action directe)

Victor Prouvé, autre ami proche, illustre ces chansons de Keller, dans une iconographie qui efface la violence de l’appel lancé par Keller. L’ouvrier conduisant la « Grève générale » semble entrainer la foule dans une joyeuse farandole fleurie plutôt que dans une révolte revendicatrice. Fidèle à l’idéal républicain de paix et d’harmonie qu’on retrouve dans ses compositions de décors publics, Prouvé entraine ici la chanson révolutionnaire de Keller vers des idées plus pacifiques et optimistes.

L’Université populaire participe pleinement à cette nécessité, révélée par l’affaire Dreyfus, de trouver les moyens de protéger le peuple de la démagogie antisémite et nationaliste. Charles Keller finance pour l’Université populaire la construction d’un bâtiment rue Drouin, la Maison du Peuple, inaugurée en janvier 1902. L’anarchiste est devenu mécène… Pourtant le programme décoratif, confié à Prouvé, réaffirme une fois encore son attachement sans faille à la défense de l’ouvrier. Le Travail et la Pensée Libre contribuent ensemble au progrès de la société.

La Maison du Peuple, rue Drouin. Architecte: Paul Charbonnier; décor: Victor Prouvé et Eugène Vallin. (c) MEN, cliché D. Boyer

La Maison du Peuple, rue Drouin. Architecte: Paul Charbonnier; décor: Victor Prouvé et Eugène Vallin. (c) MEN, cliché D. Boyer

Le déclin progressif du succès de l’Université populaire auprès du monde ouvrier, lié au développement de l’influence syndicale et à la radicalisation du mouvement ouvrier, conduit Keller a choisir de mettre les locaux de la Maison du Peuple à la disposition de la Fédération des syndicats.

175 Maison du peuple Nancy

Affiche de la Maison du Peuple, 1901 (c) CEDIAS-Musée social / Levillain Kovalsy

 

Charles Keller meurt en 1913. Prouvé lui rend hommage par ces mots : « Ma reconnaissance est grande pour cet homme qui a hautement, largement, contribué à parfaire mon éducation d’homme »

Si vous vous promenez en Bretagne, du côté de Carnac, vous rencontrerez peut-être la pointe Keller, au Ty Bihan. Loin de son Alsace natale, Keller a participé aux fouilles archéologiques du Tumulus Saint Michel avec l’archéologue Zacharie Le Rouzic, lui apportant son soutien moral et financier. Il fait construire une villa près de Carnac où ses amis nancéiens viennent en vacances. Un curieux objet en verre de Gallé rappelle l’un de ces séjours, en septembre 1898, et cette amicale réunion d’hommes de conviction autour du poulpe de Lufang…

 

E. Gallé, bloc de verre ou presse-papier portant l'inscription "Prouvé Gallé le Poulpe de Lufang/ Lufang 24 septembre 1898 Ch. Keller" Nancy, musée de l’École de Nancy. (c) MEN. Photo M. Bourguet

E. Gallé, bloc de verre ou presse-papier portant l’inscription “Prouvé Gallé le Poulpe de Lufang/ Lufang 24 septembre 1898 Ch. Keller”
Nancy, musée de l’École de Nancy. (c) MEN. Photo M. Bourguet

Ô Justice ! nous, les athées,
Les résignés du noir Néant,
Dans nos prunelles dilatées,
Par delà le tombeau béant,
A travers le temps et l’Espace
Nous verrons tes soleils levants,
Et nous contemplerons ta face,
Avec l’âme de nos enfants.

Notre foi

(1) Pierre –Jean de Béranger (1780-1857), pamphlétaire et auteur de chansons anticléricales, cité par Gallé, sur le vase Hommes noirs (1900, musée de l’Ecole de Nancy).

(2) Lettre de Mathilde Keller à James Guillaume, citée dans Maitron-en-ligne.

Bibliographie :

F ; Parmantier, « Emile Gallé et Victor Prouvé, « ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front » ; Jacqueline Amphoux, « Henriette Gallé-Grimm, une femme engagée », Didier Francfort « Musique et politique à Nancy à la Belle époque : autour de Charles Keller », Françoise Birck « L’Université populaire et l’Ecole de Nancy », in L’Ecole de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, Somogy, 2015.

Maitron, dictionnaire biographique:

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/

A ne pas manquer pour en savoir plus:

- Mercredi 18 novembre à 16h: visite “Musique et chants engagés au temps de l’École de Nancy”, au musée des Beaux-Arts, avec la participation des élèves du Conservatoire régional de musique du Grand Nancy, qui interprèteront les chants de Charles Keller dans les salles d’exposition (sur réservation : 03.83.17.86.77 – servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr)- 4 € + billet

- Visites guidées de la Maison du Peuple:
samedi 14 novembre, 12 décembre et 16 janvier à 10h30
Sur réservation à la caisse du musée des Beaux-Arts -3 €