Habitués du musée, vous avez sans doute rencontré, lors d’une visite, la brigade des jardiniers bichonnant le jardin du musée… Quelque soit le temps et la saison, l’équipe d’Yves Barthelémy, du service des Parcs et Jardins de la Ville de Nancy, sous la conduite de Valérie Walck, responsable Entretien et fleurissement, est aux petits soins pour cet espace vert un peu à part…
Off est allé à leur rencontre, par un après midi ensoleillé d’avril, un soleil bienvenu après des mois de grisaille!
Off: Cet hiver interminable, c’est un souci pour vous dans l’entretien du jardin?
Yves Barthelémy: Non, pas vraiment, on est plutôt en retard sur le rythme habituel, mais l’hiver n’a pas été particulièrement rude pour les plantes.
Valérie Walck: Contrairement à l’hiver 2012, où les très fortes gelées sont intervenues alors que les plantes étaient déjà montées en sève, cet hiver, malgré la neige, a été bien moins destructeur… Maintenant que les grosses gelées sont finies, on peut commencer la taille de printemps…
YB : Pour les hortensias, par exemple, c’est mieux de laisser la fleur déssèchée qui protège les nouveaux bourgeons.
Off : mais c’est radical comme taille ! il ne reste presque plus rien !
YB : les hortensias aiment ça, on enlève les vieilles branches. On laisse les tiges les plus vigoureuses…

Ratissage des feuilles mortes et taille des hortensias
O : Justement, quand le jardin est sous la neige, que faites-vous ? Vous vous occupez des serres ?
YB : non ! Les serres municipales ne sont pas de notre ressort! Et bien quand il y a de la neige, nous venons par exemple déneiger les abords du musée !

Un jardin sous la neige…
O: Ce jardin n’est pas comme n’importe quel autre espace vert. Avez-vous une approche particulière? Différente?
VW: Le jardin du musée, comme celui de la villa Majorelle, fait partie de ce que nous appelons la « zone 1 », cela correspond au niveau d’exigence le plus haut pour son entretien. On est ici dans un espace vert traité en priorité et à un niveau horticole. Mais, comme pour l’ensemble des espaces verts de la ville, il est entretenu dans une démarche durable, sans emploi de produits chimiques, privilégiant la valorisation des déchets. Nous compostons, nous réutilisons par exemple les sapins de Noël récupérés pour fabriquer du paillis pour les plantes de terre acide…
YB : Par exemple pour la pelouse, on a décidé depuis quelques années de ne plus employer d’antimousse ou de désherbant chimique. On tond un peu moins souvent, on scarifie, on désherbe à la main et surtout on n’arrose plus, car on considère qu’une pelouse un peu jaunie par la sécheresse estivale est moins gênante que le gaspillage de l’eau nécessaire à un arrosage vraiment efficace. Alors, les pâquerettes qui poussent, finalement, c’est joli et quand il y a vraiment trop de mousses, et bien, comme cette année, on programme la réfection entière.
VW : et là encore, cela se passe dans cette même démarche de recyclage, puisqu’il est prévu de réutiliser la pelouse en rouleau du jardin du Livre Sur la Place.
YB : Par exemple pour les massifs, nous privilégions aussi maintenant les vivaces au détriment des annuelles.

Le plan paysager du jardin, redessiné en 1998 par Ph. Raguin
O : Justement, intéressons-nous à ce qu’il y a dans ce jardin… Entièrement redessiné et repensé en 1998 par le paysagiste Philippe Raguin, il est à la fois jardin historique, conservatoire des créations horticoles lorraines, jardin à l’ancienne et jardin public. Est-ce un jardin difficile à entretenir ?…
YB : Non, c’est justement un espace très préservé, avec la surveillance, les caméras, on n’a jamais de dégradations. Par contre, contrairement à des massifs de carrefours ou des jardinières de rue, ici notre intervention doit être invisible. C’est-à-dire qu’on va essayer de garder les formes naturelles, de ne pas trop tailler… Ce chèvrefeuille arbustif par exemple, on ne va pas nécessairement le tailler en une fois, mais on va supprimer une branche une année, puis l’année suivante, une autre, pour lui garder une forme satisfaisante, sans le stresser et sans modifier sa forme générale. Malgré tout, comme c’est un espace ouvert au public, nous devons toujours nous assurer qu’il n’y a pas de danger : par exemple les branches des rosiers grimpants qui dépassent, les baies toxiques accessibles ou alors, comme dans le cas des grandes Berces, très urticantes, on va prévenir les visiteurs du danger avec une pancarte bien visible ! Pour la première tonte, on doit aussi faire bien attention aux tritons et grenouilles qui habitent la mare..

On supprime juste les tiges gênantes des rosiers grimpants
VW : c’est un jardin de collection, avec beaucoup d’espèces et de variétés différentes, en particulier, les fleurs obtenues par les grands horticulteurs du début du XXème siècle, Félix Crousse et Victor Lemoine. C’est un des derniers endroits à Nancy, avec le jardin Godron ou le jardin Botanique – et même parfois en Europe !- où on peut les trouver. On a plusieurs variétés de pivoines, notamment, arbustives et herbacées : la pivoine x lemonei ’Flambeau’, la pivoine x lemonei ’Chromatella’, la pivoine x lemonei ’Satin Rouge’ et la pivoine x lemonei ‘ Mine d’or’.
YB : des fleurs capricieuses… mais aussi des anémones, des géraniums vivaces, des narcisses, des hellébores, des hortensias aussi, les clématites, les azalées, les rosiers anciens …

Les fameuses -et dangereuses – grandes berces du Caucase
O : C’est compliqué de trouver ces espèces en particulier ?
VW : oui et non. Par exemple pour les pivoines, il n’y a pas d’horticulteur qui les élève dans la région. L’idéal quand on recherche des variétés particulières, c’est d’aller sur un grand salon horticole, comme le Festival de Courson. Là on peut rencontrer des professionnels très spécialisés.
O : Y a –t il des héritiers des grands horticulteurs nancéiens en Lorraine ?
VW : non, malheureusement, il n’y a plus d’obtenteurs comme Crousse ou Lemoine. Et certaines de leurs obtentions ne se trouvent plus qu’aux Etats Unis !
O : A côté de cette partie conservatoire, vous avez aussi des zones « saisonnières » :
VW : outre les bisannuelles, comme en ce moment les pensées, les monnaies du pape, qu’on vient de planter dans les jardinières autour du musée, on a un massif que l’on programme chaque année, et éventuellement avec une thématique en rapport avec un évènement. Nous faisons cela avec le jardin éphémère de la place Stanislas, et cette année, avec Renaissance Nancy 2013, on aura, en collaboration avec le Grand Nancy, 4 jardins thématiques.
O : Revenons à l’entretien du jardin. Est-ce que la terre d’ici est riche ? Que faites-vous pour l’enrichir ?
YB : comme le jardin a été refait en 1998, la terre est encore bonne, c’est une terre argilo-calcaire. On apporte un amendement organique en fin d’hiver, on rajoute de la terre de bruyère et un paillis pour les plantes qui en ont besoin, etc…
O : et pour les maladies ?
YB : on n’a pas de maladies !!
O : voilà qui doit faire rager tous ceux qui luttent sans succès contre les attaques d’oïdium etc…!
VW : On a réussi à éradiquer les maladies, justement grâce à notre démarche durable. Alors les résultats sont peut-être plus lents et moins flagrants, mais au moins ils sont beaucoup plus efficaces sur la durée. Nous utilisons un protocole en trois temps : pour commencer on va stimuler les racines, puis on va traiter les feuilles, et enfin stimuler les défenses naturelles, tout ceci avec un traitement à base de macération de plantes. Si vous ne faites pas la préparation vous-même, on en trouve maintenant dans le commerce . Le résultat est progressif, mais, vous voyez, ça marche !
O : Et dans le cas de maladies récurrentes, comme la mineuse des marronniers ?
YB : Les marronniers sont attaqués par un insecte qui les stresse. C’est pour cela que les feuilles flétrissent dès le mois d’août. On a obtenu de bons résultats en utilisant un piège à phéromone. Malheureusement, il y a des marronniers non traités dans les jardins avoisinants , alors, les insectes sont revenus !
O : Il faut être patient au jardin !
YB : ah oui ! Quand vous installez une plante, ce n’est pas tellement l’effet immédiat qu’il faut prendre en compte, mais ce qu’on attend dans 2/3 ans… mais il faut aussi être endurant ! On est dehors toute l’année !
O : Justement, combien de temps vous prend l’entretien du jardin du musée ?
YB : Pour vous donner une idée, sur une équipe de 12 personnes plus 2 apprentis, sur les 6 derniers mois, on est intervenu 20 fois 25 heures…
O : Donc 1000 heures par an ! En plus, en ce moment, c’est le grand nettoyage de fin d’hiver !
YB : nettoyage, taille, amendement… oui il y a beaucoup à faire, mais ça c’est toute l’année !
O : Les visiteurs du jardin sont-ils sensibilisés ?
YB : oui, on a beaucoup de questions, de remarques… on sent les gens très intéressés !
O : À vous entendre on vous sent vraiment passionné ! Vous jardinez aussi pour vous-même, ou bien, une fois la semaine terminée, c’est fini ?
YB : non, je jardine, on jardine tous, je crois. On a quand même du plaisir ! Et on aime bien donner des conseils !
O : Oui, on en a tous besoin ! Je ferais bien un stage chez vous ! Vous avez beaucoup de demandes ?
VW : oui, c’est une profession qui a évolué. Autrefois, on considérait que ce métier était plutôt fait pour des jeunes sans formation, mais aujourd’hui ça n’a rien à voir. D’ailleurs officiellement, nous nous appelons « jardiniers – paysagistes »… Il y a beaucoup de choses à apprendre, et le métier, pour ceux qui le pratiquent depuis longtemps n’a plus rien à voir. Il faut s’adapter à une attitude et des pratiques plus responsables et plus soucieuses des conséquences.
O : c’est compliqué pour les « anciens » ?
YB : non, finalement, on réalise très vite que nos pratiques sont bien plus efficaces et même bien plus économiques.

On retourne la terre pour l’aérer, avant le début d’une nouvelle saison de fleurissement
O : Vous sentez-vous plutôt « paysagistes » ou plutôt « jardiniers » ?
YB & VW : Jardiniers ! et on en est fiers !
Pour compléter la visite du musée, n’oubliez pas de faire un tour au jardin. Chaque saison en offre une vision différente et permet de retrouver les espèces choisies par les artistes pour décorer leurs oeuvres.
Pour faire connaissance avec l’équipe des Parcs et Jardins, ne ratez pas le rendez-vous qu’ils vous donnent au Parc Sainte-Marie, les 4 et 5 mai de 10h à 19h pour l’opération Nature en fête ! Sur leur stand, nos jardiniers vous prodigueront leurs conseils, mais surtout ils vous aideront à préparer vos jardinières de saison en mettant à votre disposition gratuitement le terreau de rempotage. Cette fête est aussi l’occasion de rencontrer des horticulteurs et des pépiniéristes et, qui sait, de dénicher une rare pivoine Lemoine !

Nature en fête au Parc Sainte Marie
(CP Nature en Fête)
Un grand merci à Valérie Walck et Yves Barthelémy pour leur disponibilité et à Cyrille, Sylvain et Dominique pour avoir posé pour Off !
et pour en savoir plus, retrouvez les Parcs et jardins sur facebook et renseignez-vous sur le jardinage bio et naturel par exemple ici